‹ La première consécration de missionaires protestants francais en 1829Chapitre 3 sur 7 · ARR · texte numérisé non relu

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le deuxième à Lemé, le 8 septembre 1808, ils étaient l’un et Pautre les élèves, les catéchumènes, les fils spirituels du pasteur Colani, de Lemé, un des amis les plus ardents de notre œuvre naissante.

Antoine, Colani (1), personnalité extraordinaire, dont il est regrettable que l’histoire n’ait jamais été écrite. Originaire du canton des Grisons, il s’était senti, de bonne heure, une irrésistible vocation pastorale, Mais sa famille était pauvre ; à l’âge de 15 ans, il vit sa maison paternelle ruinée

Isaac Bisseux

par ‘un incendie ; il dut se résoudre à aller apprendre, à Vienne, le métier de pâtissier, et c’est comme pâtissier qu’il vint d’abord en France et s’établit à Saint-Amand-les- Eaux. Bientôt cependant il eut amassé quelques économies; il revendit son fonds avec bénéfice, s’intéressa activement aux protestants disséminés du Nord et de l'Aisne, épousa

(1) Il écrivait son nom Colany ; mais la véritable orthographe de la famille, en Suisse, restituée par son fils, le théologien de Strasbourg, était Colani. Né le 3 mai 1783 à Campovasto (Grisons), il épousa, Île 16 janvier 1810, à Châtillon-sur-Loire, où son beau-frère Frédéric Née était alors pasteur, Françoise-Louise-Victoire Née, fille du pasteur de Dieppe. Mort à Lemé, le 3 juin 1844.

la fille du pasteur de Dieppe, Louise Née, fit ses études. théologiques à Lausanne — tandis que naissait à Marsau-

ceux, chez le frère de sa femme, pasteur comme son père,

la première de ses huit filles (il eut aussi trois garcons), —

reçut la consécration à Lausanne, en décembre 1811, et fut appelé comme pasteur à Lemé.

Sa paroisse comprenait tout l’arrondissement de Vervins. et une partie de celui de Laon. Il avait comme annexes

Esquehéries, Landouzy-la-Ville, Parfondeval, et célébrait le culte dans plusieurs autres villages ou hameaux. Il parcourait à pied ce vaste territoire, jusqu’au jour où la fatigue de son cœur l’obligea à louer, puis à acheter un cheval. Bientôt il dut passer de longues semaïînes au lit : alors c'était sa vaillante compagne qui écrivait sa correspondance, et, pour visiter les paroissiens disséminés, montait le grand cheval blanc, aussi populaire dans toute la région que son propriétaire. Il sut inspirer à la jeunesse de son Eglise un tel zèle pour l’évangélisation des païens que cinq ou six de ses catéchumènes, jeunes paysans huguenots, voulurent être missionnaires. Lemue et Bisseux le devinrent en effet ; mais d’autres encore, Louis-Joseph Morcellet, Frédéric Beuzart, Elie Charlier (1) passèrent un temps plus où moins long à la Maison des Missions. Morcellet mourut phtisique après quelques mois d’études, Beuzart après deux ans et trois mois ; Elie Charlier fut pasteur, et excellent pasteur en France.

En 1833, Colani laissa une de ses filles, Eléonore, partir avec Casalis, Arbousset et Gossellin, pour aller épouser Lemue au sud de l’Afrique. Plus tard, il en donna une autre, Eliza, au missionnaire Daumas. Je dirai tout à l'heure quel autre service il rendit, à l’automne de 1826, à la Maïson des Missions. Je ne crois pas que les Missions aient jamais eu parmi les pasteurs de France, depuis un siècle, un ami plus chaud, plus entièrement dévoué que cet Antoine Colani, venu de l’Engadine, et dont le 8° enfant, Timothée, devait être le théologien de Strasbourg et le publiciste bien connu.

(1) C’est d’abord son frère, Jacob, Paîné des 9 enfants de Jacob:

Charlier, d’Esquehéries, qui avait été admis par le Comité ; mais, au moment de son départ, sa mère manifesta une telle douleur que le jeune homme ajourna son entrée à la Maison des Missions. Peu

après, sa santé l’obligea à renoncer à son désir. À la demande de

Colani, il fut remplacé par son cadet, Elie, qui était déjà marié, père de deux enfants, et étudiant à l’école d’évangélistes de Gosport. Elie Charlier, mort en 1871, a été PASTEUT successivement à Valdrôme, Landouzy-la-Ville et Valence.

SANS FER Prosper Lemue, admis à l’essai à la Maison des Missions dès le 8 décembre 1824, arriva à Paris au début de 1825. Isaac Bisseux fut admis, dans les mêmes conditions, en même temps que Morcellet et Jacob Charlier, le 2 mars 1825, et tous les quatre furent solennellement reçus par le Comité, le 30 du même mois. La première Maison des Missions, où se déroula cette cérémonie intime, avait été ouverte, en septembre 1823, essentiellement pour servir de séminaire aux futurs missionnaires de la Société de Paris

Samuel Rolland

quand il s’en présenterait, mais tout d’abord pour hospitaliser, pendant le séjour qu’ils pourraient faire à Paris, les ouvriers ou futurs ouvriers des diverses Sociétés étrangères de missions, Elle était située sur le boulevard Montparnasse, alors encore très peu habité et presque à langle de la rue du Montparnasse. De jeunes candidats allemands, suisses ou anglais y avaient été aussitôt reçus pour quelques mois, et le Comité y avait appelé comme directeur, en juillet 1824, un Genevois, Antoine Galland, auparavant pasteur suffragant de l'Eglise française de Berne.

“ En octobre 1825, Lemue, étant dans sa 21° année, dut participer au tirage au sort. Il tira, comme on disait alors, un mauvais numéro, ce qui l’obligeait à faire son service

ÉISAPET DD PES

militaire. Il en aurait été dispensé, de droit, s’il avait été étudiant en théologie dans l’une des Facultés de l'Etat. Mais la Maison des Missions n'avait aucun caractère officiel ; elle n’était pas reconnue comme préparant des ministres pour le culte protestant. Lemue dut partir pour Metz, comme conscrit. Il y fut d’ailleurs traité avec les plus srands égards par l’autorité militaire, mais il s’y sentait comme en exil. Il écrivait, le 17 août 1826 :

Pour ici, les missionnaires catholiques sont généralement détestés, et l’idée que ce nom réveille fait aussi naître des préjugés contre nous ; du moins on est très indifférent à notre égard, et ce n’est pas d’ici qu’il nous faut attendre des secours. Cependant ceux qui savent penser sont obligés de convenir, quand on leur expose ce qu'ont fait les missionnaires évangéliques, que tout cela est bien.

Malgré d’actives démarches et de puissantes interventions, Lemue n’obtint pas d’être libéré. Il dut se payer un remplaçant qui lui coûta 1.500 francs et 1l put alors rejoindre à Paris ses camarades d’études.

Quant à Samuel Rolland, le troisième des jeunes gens qui devaient être consacrés ici le 2 mai 1829, il était originaire du pays de Montbéliard. Né à Pierrefontaine, le 13 mai 1801, il fut l’un des premiers élèves de l’Institut de Glay. Il y avait achevé sa préparation à la carrière d’instituteur, et y participait déjà à l’enseignement, lorsque, dans les premiers mois de 1825, la pensée de la Mission s’imposa fortement à lui. Son excellent et pieux directeur, le pasteur Jaquet, exigea qu’il mürit d’abord cette vocation, mais dut reconnaitre, l’année suivante, qu’elle était profonde et déci-

sive. Le 25 mai 1826, sur le conseil d’un ami, et avec l’ap-.

probation de Jaquet, Rolland en fit la confidence à Colani, sachant, lui disait-il, « que vous prenez un vif intérêt à tout ce qui a pour but l’avancement du règne de Celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière. »

Un peu plus tard, le 13 juillet, il écrivit à Galland luimême pour demander son admission. Elle fut prononcée par le Comité, toujours à l’essai et sous la réserve d’une enquête préalable, le 18 octobre (1).

À cette date, à ces trois élèves cinq autres s'étaient joints : Morcellet, Beuzart et Elie Charlier (en remplacement de son frère aîné Jacob), déjà mentionnés et deux

(1) Sur le missionnaire Samuel Rolland, dire Frantz Balfet : « Un pionnier de la Mission du Lessouto, Samuel Rolland, 1801-1873 », Maison des Missions, 1914, 1 vol. gr. in-8° de 210 pages avec 2 portraits et une carte.

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autres, dont je n’ai pas à parler ici : Ferdinand Tendil, de Vallon et Jules Mourque, de Ganges, Tendil devait, comme Morcellet et Beuzart, mourir en cours d’études ; Mourgue fut pasteur, mais non missionnaire.

Seulement, pendant ces mois d’été, un grave événement s'était produit. Galland avait donné sa démission de directeur et quitté Paris pour retourner en Suisse. Il ne se sentait pas à la hauteur de sa tâche, venait de perdre un jeune enfant, était rappelé dans son pays pour des raisons de famille, mais surtout cédait à toutes sortes de scrupules respectables et probablement exagérés. Il était parti en septembre, durant le court mois de vacances que le règlement de l’école accordait aux élèves comme unique congé de toute l’année.

Le Comité avait donc à chercher un nouveau directeur. Diverses candidatures furent mises en avant. Mais, en attendant, que faire des élèves ? Ce fut le fidèle et dévoué Colani qui offrit la solution. Envoyez-les tous à Lemé, écrivit-il. À cette date, il avait déjà huit enfants et le presbytère n’était pas grand. Qu'importe ? Pour faire place aux élèves, on logera les enfants chez des voisins. Quant à la pension des nouveaux venus, on se contentera d’une indemnité mensuelle de 60 francs. Mme Colani, déjà si occupée dans la paroisse, se chargera de l’entretien du linge et des habits. Ainsi fut fait, et c’est dans ces conditions que, pendant quatre mois, l’école missionnaïre fonctionna, comme elle put, dans le village de Lemé. Le dimanche, les élèves se dispersaient dans les annexes pour aider ou remplacer le pasteur valétudinaire. On comprend que les plus jeunes enfants Colani aient eu parfois le sentiment pénible d’être les victimes de la vocation pastorale de leurs parents et de leur passion pour les missions. “

Enfin, le 8 décembre, le Comité donna comme successeur à Galland un autre Suisse, le Neuchâtelois Jean-Henri GrandPierre, pasteur-suffragant de l'Eglise réformée française de Bâle, recommandé, entre autres, par Alexandre Vinet. Il vint s'installer au boulevard Montparnasse, et, à la fin de janvier, on rappela les élèves de Lemé à Paris.

Dès lors, l’école fonctionna régulièrement. Le règlement en était sévère et le programme très chargé. À ces jeunes payans, on demandait d'étudier : au point de vue littéraire et linguistique, le français, le latin, le grec, l’hébreu, l’anglais et certaines langues orientales ; comme sciences, la théologie, la géographie, un peu d’astronomie, les premiers éléments des mathématiques ; puis, dans une certaine

Ce

mesure, l’histoire générale, l’histoire naturelle, l’histoire de l'Eglise et l’histoire des Missions ; enfin les arts mécaniques : agriculture, arpentage, imprimerie et dessin, et les « arts relatifs à l’enseignement » : prédication, catéchisation, formation et conduite des écoles. Les journées, les semaines, les mois étaient bien remplis, sans arrêt du 1° octobre au 31 août. Les élèves subissaient un examen annuel, un examen trimestriel et même un examen hebdomadaire, chaque samedi soir. Le cycle d’études était terminé par un examen général, plus sévère, dont nous avons le

procès-verbal détaillé. Il était passé devant les membres du

Comité, les pasteurs de Paris et ceux des départements présents à la capitale.

Telle avait été, pendant trois ou quatre ans, la préparation scolaire de nos candidats. La préparation religieuse avait pas été suivie de moins près, mais je ne puis m'attarder à en donner des preuves.

Un jour vint où le Comité, comprenant que quelquesuns de ses élèves seraient bientôt en état de partir pour évangéliser les païens, se préoccupa de déterminer la contrée où ils seraient envoyés. La France, à cette époque, n’avait presque plus de colonies, et le peu qu’elle avait conservé de son ancien empire au delà des mers dépendait du ministère de la marine où les influences cléricales étaient prépondérantes.

Dans sa séance du 31 octobre 1827, le Comité nomma une Commission pour étudier la question. L’un de ses membres les plus dévoués et les plus influents, Mark Wilks, pasteur des protestants presbytériens ou congrégationalistes de langue anglaise en séjour à Paris, qui, dès juin 1825, avait proposé l'envoi d’un prédicateur de l'Evangile à la Nouvelle-Orléans, mentionna alors la demande d’un missionnaire pour le Canada. :

Le 24 mars 1828, le rapporteur de la Commission, Stapfer, exposa que « des raisons nombreuses font penser qu'une mission entreprise parmi les Arouaqus (?), Indiens de lAmérique du Sud, non loin des rives de l’Esséquébo (1), pourrait, par la grâce de Dieu, être couronnée de succès ». Le Comité engagea la Commission à poursuivre ses recherches,

() On écrit aujourd’hui Esséquibo. C’est un fleuve de da Guyane anglaise dont l'embouchure est près de Georgetown.

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