‹ La première consécration de missionaires protestants francais en 1829Chapitre 4 sur 7 · TS EN · texte numérisé non relu

TS EN

Or, dans l’été de la même année, Wilks, se trouvant à Londres, y rencontra le D' Philip, surintendant des Missions de Londres au sud de l’Afrique, revenu en Europe pour demander au gouvernement britannique d’affranchir, dans la colonie du Cap, les esclaves hottentots. Apprenant que la Société de Paris allait avoir de jeunes missionnaires prêts à partir, dl parla à Wilks de la situation misérable de ces esclaves noirs, et offrit de venir lui-même, à ses frais, à Paris pour plaider, devant notre Société naissante, la cause de leur évangélisation.

Il vint, en effet, en janvier 1829, fut reçu d’abord par la Commission des Stations missionnaires, puis, le 28, par le Comité en séance extraordinaire. Au nom de la Commission, Wilks présenta un rapport dont voici la partie principale :

Il existe, à 25 milles (soit une cinquantaine de kilomètres) de la ville du Cap, une vallée riante et fertile, habitée par les descendants d’anciens réfugiés français (des victimes de la Révocation), respectables par leur caractère et leur position sociale, attachés, en bons Français, au souvenir de la patrie et propriétaires de domaines assez considérables. Ils seraient disposés à accueillir avec joie des missionnaires français qui viendraient s'établir parmi eux pour instruire leurs esclaves hottentots. Après avoir travaillé quelque temps dans ce district pour s’acclimater, ces missionnaires pourraient, de là, aller fonder des stations parmi les tribus sauvages de la région. Le D° Philip offre de leur donner ses conseils, de visiter avec eux les missions déjà existantes, de les aider plus tard à choisir le lieu le plus proche à un établissement et de les faire jouir des expériences qu’il a acquises par un séjour de dix années. Son départ est fixé au mois de mai prochain, et il se ferait un plaisir de les emmener avec lui.

Séance tenante, après en avoir délibéré, le Comité arrêta à l’unanimité |

1° D’envoyer au sud de l'Afrique trois missionnaires, Lemue, Bisseux et Rolland ; | |

2° De leur assigner pour premier champ de travail le district indiqué par le D' Philip, en se réservant de les envoyer plus tard, dès qu’ils seront suffisamment préparés, fonder des stations hors des limites .de la colonie anglaise ;

3° De les entretenir à ses propres frais, de diriger lui-

même leurs travaux, sans les placer au service d’aucune

Société étrangère ;

- 4° D’accepter avec reconnaissance les offres. du D’ Philip, de faire faire aux jeunes missionnaires le voyage dans sa société, en mai prochain, et de leur faire entreprendre, dès

JTE US

ce moment, quelques nouvelles études qui leur seront particulièrement nécessaires.

Sur la proposition de Frédéric Monod, le Comité fit alors

appeler les trois jeunes gens ; l’amiral Ver-Huell, président, leur fit part de la résolution qui venait d’être prise et leur demanda s'ils l’acceptaient avec joie. Les élèves témoignèrent qu’ils étaient prêts à se rendre aux vœux du Comité, dans lesquels ils reconnaissaient une vocation de Dieu. Le Comité, par l’organe du directeur GrandPierre, adressa à Dieu une prière d’action de grâce et de supplication, et chacun de ses membres, tous profondément émus, « donna le baïser fraternel aux frères Lemue, Bisseux et Rolland ».

Une question se posa aussitôt devant l'esprit du Comité. A ces nouveaux missionnaires, il fallait donner une consécration publique et solennelle, en vue du ministère qu’ils auraient à exercer en Afrique. Mais en avait-on le droit, et comment procéder à cette cérémonie ?

Dès le 4 février, huit jours après cette émouvante séance, le Comité en délibéra. Deux seulement des pasteurs de Paris en exercice, Jean et Frédéric Monod, sont présents ; on ajourne la question à la séance du 18. Ce jour-là, les membres présents furent « unanimes à penser que la consécration qui devra être donnée aux élèves partants est une consécration spéciale, pour la vocation de prédicateur de l’évangile parmi les païens, et non une consécration légale, qui puisse valoir auprès du gouvernement et des Eglises de France, consécration qu’il serait d’ailleurs impossible de leur conférer, puisqu'ils n’ont point fait d’études régulières dans les Facultés de théologie du royaume. »

A ce sujet, le directeur GrandPierre raconta comment procédait la Mission de Bâle. Les élèves missionnaires en état de passer les examens devant la Faculté de théologie de cette ville recevaient la même consécration que les pasteurs du canton ; ceux qui n’avaient été examinés que par le Comité directeur de l’Institut recevaient seulement la consécration du pasteur président du Comité, lequel la leur administrait en sa qualité de ministre de l'Evangile, et non point de pasteur de l'Eglise de Bâle.

L'ancien pasteur Soulier, membre du Comité, lut ensuite les articles de la discipline des Eglises de France relatifs à la consécration des ministres. Il en tira ces conclusions :

1° Que tout pasteur a le droit d'imposer les mains ;

ne, ne

RE RS de

Pr NE

2° Qu'il n’y a pas d'âge minimum pour recevoir cette

imposition (Bisseux n’avait que 20 ans et demi) ;

3° Que lintervention d’un Consistoire n’est pas nécessaire, et que la cérémonie peut se faire ailleurs que dans un temple ;

4° Que les examinateurs des candidats peuvent être plus ou moins nombreux, et qu'il suffit, à la rigueur, de trois pasteurs pour consacrer au saint ministère. :

Le Comité, ne croyant pas devoir, séance tenante, prendre une décision aussi grave, chargea une Commission composée de tous ses membres pasteurs et du directeur, de lui faire, le 11 mars suivant, un rapport sur l’ensemble de la question.

Nous avons le texte de ce TARDE, En voici le résumé :

1° Les pasteurs des Eglises réformée et luthérienne de Paris peuvent-ils donner l'imposition des mains à des jeunes gens qui n’ont pas fait des études régulières dans une des facultés de théologie du royaume ? MM. Monod père et fils et Juillerat sont d'accord pour penser qu’en leur qualité de pasteurs d’une Eglise de France, ils ne pourraient peut-être pas, sans se com-. promettre devant le gouvernement, imposer les mains aux élèves de la Maison des Missions, ceux-ci ne pouvant pas aspirer à desservir une Eglise dans leur patrie ; mais, d’autre part, ils se croient en droit, comme ministres de la Parole de Dieu, de leur conférer une imposition des mains spéciale, qui leur donne la faculté de prêcher l'Evangile et d’administrer les sacrements parmi les païens. Ils s appuient, à cet égard, sur ce qui se fait à Bâle et à Londres.

Quant aux pasteurs luthériens Goepp et Jaeglé, soumis à une hiérarchie ecclésiastique et dépendant du Directoire de Strasbourg, ils déclarent qu’ils ne pourraient prendre une part active à cette cérémonie de consécration qu’autant qu’ils auraient obtenu l'autorisation de leurs supérieurs ecclésiastiques. Mais ils offrent d’y porter, par leur présence, la plus vive part.

En conclusion, la Commission propose de faire donner aux trois candidats une consécration spéciale, qui leur serait conférée par les pasteurs de l'Eglise réformée de Paris qui voudront bien s’y prêter et par ceux des départements qui se trouveront à Paris à l’époque de l’Assemblée générale de la Société. On remettra à chaque élève un acte de consécration signé par tous les pasteurs consacrants.

2° La Commission a dressé, dans tous ses détails, l’ordre du jour de la cérémonie (j’y reviendrai en la racontant).

3° Les pasteurs réformés, ne prévoyant pas que le Consistoire consente à céder le-temple de l’Oratoire, proposent de célébrer

la consécration à la Maison des Missions, le samedi 2 mai, vers les midi, tous les autres jours de cette semaine, à partir du mercredi, étant pris par les séances des diverses Sociétés religieuses

TS

el philanthropiques de la capitale. Aucun autre jour d’ailleurs ne paraît plus propre que le samedi pour une cérémonie qui sera une belle clôture de ces assemblées.

élèves seront examinés par une ‘Commission spéciale, en présence du Comité. Des propositions sont faites pour le programme de cet examen, D'ici là, le directeur hâtera le départ des trois candidats pour la visite d'adieu qu ils doivent faire à leurs parents. |

Dans sa séance du 11 mars, le Comité s’appropria les trois premières de ces conclusions. Il modifia seulement ce qui concernait l'examen des élèves et l'emploi de leur temps jusqu’au départ. Voici comment il régla les choses.

L'examen aura lieu le lundi 16 mars, dans cinq jours. à midi, en présence du Comité. Les élèves partiront ensuite pour trois semaines, afin de prendre congé de leurs parents. L'examen, dirigé par le directeur de la Maison, roulera sur l’hébreu, le grec du Nouveau Testament et la théologie (entendez : la dogmatique). Les élèves seront appelés à improviser quelques réflexions sur un chapitre ou une portion de chapitre de l'Evangile qui leur sera prescrit pendant la séance. Ils devront, en outre, lire un sermon qu’ils auront composé en trois jours sur un texte qui est immédiatement indiqué, pour chacun d’eux, par l’un ou l’autre des pasteurs présents.

Les choses se passèrent comme ïil avait été convenu. L'examen se déroula, au jour dit, devant neuf membres du Comité, le directeur et quatre autres pasteurs : Boissard, de lEglise luthérienne de Paris ; Duchemin, de Niort ; Vionnet et Geisendorf, ministres du Saint Evangile. Mais je vous épargne le procès-verbal de cette séance, qui dura cinq heures moins cinq minutes, et j’en viens immédiatement à la cérémonie de la consécration.

On avait décidé d’abord, vous lo entendu, qu’elle se ferait à la Maïson des Missions, et c’est sans doute avec celle préoccupation que, dans sa séance du 22 avril, le Comité, sur une suggestion du zélé et très soigneux Wilks, autorisa GrandPierre à faire mettre, dans le salon, non encore meublé, de la maison, « des rideaux de calicot ». Mais voici que de 28, veille de l’Assemblée générale, l’ordre du jour étant épuisé, Frédéric Monod demanda la parole.

M. Monod fils a dit que, s’étant entretenu avec MM. ses Collègues et quelques membres du Consistoire de l'Eglise réformée

4° Dans la semaine qui précédera leur consécration, les ‘

iT' 2

le Paris, sur le désir, généralement senti, que la consécration des trois missionnaires se fit à Sainte-Marie, et non pas à la Mai-

son des Missions, il a la joie de pouvoir annoncer au Comité

que, ces Messieurs ne voyant aucun empêchement à ce que cette cérémonie eût lieu dans le temple ci-dessus indiqué, il propose, en conséquence, que le (Comité profite de cette offre. qui lui est faite, et qu’il arrête que la cérémonie se célèbrera à Sainte- Marie. Adopté. Elle commencera à 2 heures, samedi 2 mai, et sera annoncée par un petit bulletin dont M. Monod se charge, et qui sera distribué à la sortie des Assemblées générales biblique et des Missions.

Déjà, c’est à Sainte-Marie que s'était tenue la 5° Assemblée générale, le 25 avril 1828. C’est dans le même temple que devait se réunir la sixième, le 28 avril 1829. D'autre part, c’est également à Sainte-Marie que seront consacrés, le 16 avril 1831, le missionnaire Pellissier ; le 18 octobre 1832, les missionnaires Arbousset et Casalis; le 2 avril 1835, le missionnaire Daumas : le 1° mai 1838, l’élève Pédézert, que les circonstances retinrent en France, d’abord comme sous-directeur de la Maison des Missions et plus tard comme profésseur à la Faculté de Montauban ; enfin, le 29 avril 1839, le missionnaire Pfrimmer. C’est seulement le 25 mai 1842 que la consécration des missionnaires Martin, Schrumpf et Lebrun aura lieu à l’Oratoire, parce que, disent nos registres, « le temple de Saïnte-Marie n’eût pas suffi pour contenir l’assemblée, qui devient plus nombreuse à chaque solennité de la même nature ». Ainsi, pendant onze ans, c’est ici, c’est sous cette coupole vénérable qu'avant de partir pour l'Afrique, les élèves de notre Maison des Missions ont reçu l’imposition des mains.

Représentez-vous maintenant ce temple rempli, bien avant l’heure, par une foule de fidèles avides d'assister à une cérémonie nouvelle pour les protestants de France, et que rendaient plus solennelle la perspective, alors si loin-, taine, de l’Afrique Australe, la pensée des nègres à évangéliser, et le départ imminent de ces trois jeunes Français pour un pays d’où ils ne devaient jamais revenir.

L'ancienne chapelle du couvent des Filles- Sainte-Marie de la Visitation avait déjà recu à cette époque la distribution intérieure que nous lui voyons aujourd’hui, sauf que l’orgue n'existait pas encore. Au dehors, on y accédait, non par l'escalier à double révolution dont vous avez tout à l'heure gravi les marches, mais par un escalier unique, dont toutes les marches étaient parallèles à la façade, et qui

Re 4 à NES

devait être un peu moins élevé, le niveau de la rue Saint- Antoine ayant été depuis lors abaïssé.

A deux heures, le cortège fait son entrée dans léglise.,, Une bible est ouverte sur une petite table, au pied de la chaire. Devant cette table se placent les trois missionnaires. Le programme de cette assemblée a donné la reproduction photographique de leurs portraits à l'huile, exécutés à cette époque, et qui ornent depuis un siècle le salon de la Maison des Missions. À leur droite et à leur gauche, formant un grand arc de cercle, 21 pasteurs, sans compter GrandPierre qui, tout à l’heure, prononcera le sermon. J’ignore s'ils étaient tous en robe, maïs cela n’est pas impossible. Voici leurs noms.

Le premier et le doyen d’âge est le pasteur Marron, descendant de Français réfugiés en Hollande (1). Venu luimême à Paris sous Louis XVI, avant l’édit de tolérance de 1787, comme aumônier de l’ambassade de Hollande, il est devenu, pendant la Révolution française, le pasteur des protestants de la capitale. Emprisonné sous la Terreur pour avoir béni un mariage — acte de superstition ! — il n’a échappé à la guillotine que par la chute de Robespierre.

Aussi s'est-il rallié avec enthousiasme au premier consul,

puis à l’empereur. Le voici président du Consistoire réfor-

mé et chevalier de la Légion d'honneur. Aujourd’hui en- z core, son grand portrait se dresse, dans la sacristie de l’Oratoire, au-dessus de la porte donnant sur l’intérieur du temple, et sa croix de légionnaire figure, — unique ornement, — dans la verrière de la tribune de lorgue. Alphonse Daudet, dans L’Evangéliste, décrit un service de communion à l’'Oratoire, et raconte que « cette croix énorme, au large ruban de pourpre, flamboïe au vitrail, irradiée avec orgueil sur tout le temple, rosant les murs, les tuyaux de l’orgue et les coupes de communion, au pied de la chaire. » O lJ’imagination des romanciers ! En réalité, je ne sais. par auelle anomalie, le ruban étroit auquel cette modeste croix “est attachée n’est nullement rouge, mais d’un bleu pâle. Sans compter que le soleil, dans le ciel de Paris, n’a jamais eu la fantaisie de passer au nord pour éclairer le temple à travers la fenêtre qui donne sur la rue Saint-Honoré.

Après Marron, voici trois pasteurs Monod. Le père d’abord, Jean Monod, le vénérable patriarche de tous les Monod de France, tribu qui comprend aujourd’hui plus de 400 membres vivants, pasteur titulaire de l'Eglise réformée

(1) Né à Leyde en 1754 (Fr. prot., 1'° éd, VII, p. 283).

De Rite

de Paris depuis 1818 (1). Puis son fils aîné, Frédéric Monod, 3). ans, pasteur adjoint de cette même Eglise, père luimême des pasteurs Jean, Théodore et Léopold Monod, grand-père des pasteurs Edgar, Paul et Wilfred Monod, ainsi que de Mme Paul Monod, et dont deux arrières-petitsfils seraient vraisemblablement, sans la guerre, l’un, Jean, pasteur en France, l’autre, Francis, missionnaire en Afrique. Frédéric Monod fut lun des principaux promoteurs du Réveil dans nos Eglises, l’un des fondateurs et des membres les plus dévoués, les plus laborieux de nos diverses Sociétés religieuses, en particulier de la Société des Missions. Enfin, son 5° fils, Guillaume Monod, 29 ans, alors pasteur à Saint-Quentin, plus tard à Rouen et à Paris, — le seul de ces 21 pasteurs consacrants que j’aie connu personnellement, car il n’est mort qu’en 1896, dans sa 96° année. Après un demi-siècle, je revois encore sa haute taille, alors voütée par l’âge, sa longue chevelure grise, son visage expressif, et j'entends sa voix, cette belle voix grave, pleine, profonde des vieux Monod dont on retrouve encore, chez beaucoup des jeunes Monod, les intonations plus ou moins atténuées.

Ensuite, voici le troisième pasteur titulaire de l’Eglise réformée de Paris, Juillerat-Chasseur, âme pieuse, esprit fin et cultivé.

Après cela, trois luthériens, Goepp, Boissard et Jaeglé, tous trois membres ou anciens membres du Comité des Missions, qui avaient sans doute obtenu l'autorisation de leur Directoire, car ils semblent avoir participé sans réserve aucune à la cérémonie.

À côté d’eux, venus de Normandie, les pasteurs Paumier, de Rouen, père des pasteurs Henry et Albert Paumier, et Alègre, du Havre, dont Paumier avait épousé une fille (une autre fut la grand’mère des deux docteurs Baumgartner), et dont le fils fut également pasteur à Rouen ; Réville, de Dieppe, père d’Albert et d'Henri Réville, grand-père de Jean Réville ; Montandon, de Luneray, appelé plus tard à Paris.

La Picardie était représentée par le pasteur Belot, d’Arras ; l’Ile-de-France par le pasteur Née, de Marsauceux, dont je devais être, 47 ans plus tard, le lointain successeur, avant de l’être à Rouen de Paumier, du fils Alègre, et même de Guillaume Monod. — Jean-Frédéric Née, dont mes pre-

(1) Dans la descendance de Jean Monod, il y a eu, jusqu’à ce jour, 26 pasteurs, dont 9 vivants, 3 étudiants en théologie, dont 2 vivants et 11 femmes de pasteurs, dont 4 vivantes : en tout 40 serviteurs ow servantes des Eglises de France.

RLINT Eee GPA miers paroissiens m'ont souvent parlé, était le beau-frère de Colani, de Lemé, et l’oncle de son successeur immédiat à Marsauceux, le pasteur Cailliatte. D

Dé Châtillon-sur-Loire était venu le pasteur Rossellety, plus tard à Orléans, dont la petite-fille, Gabrielle Mallet, devait épouser un jour le regretté président de la Société de l'Histoire du protestantisme français, Frank Puaux. Et d’Asnières-les-Bourges, où devait naître, cinq ans plus tard, François Coillard, le pasteur Duvivier. De Bordeaux, le pasteur Martin fils, et de Genève le pasteur Ramus.

Enfin cette longue liste se clôt sur les noms de trois hommes ayant reçu la consécration au saint ministère, mais dépourvus de toute charge paroissiale :

L'ancien pasteur Soulier, premier secrétaire de la Société des Missions, auteur d’un Annuaire protestant bien connu ;

L'ancien professeur de théologie Stapfer, venu de Berne à Paris, en 1800, comme ministre plénipotentiaire de la République helvétique, l’un des vice-présidents de la Société des Missions, grand-père du pasteur Edmond Stapfer,

Et Clottu, ministre du Saint-Evangile.

On peut s'étonner de cette affluence de pasteurs de la province à Paris, en un temps où les chemins de fer n’existaient pas encore. N'oublions pas que notre cérémonie était le couronnement de la semaine des Assemblées religieuses qui s'étaient réunies, le dimanche (Société protestante de Prévoyance et de Secours mutuelsÿ, le mardi (Fraités relisieux), le mercredi (Missions), le jeudi (Société Biblique) et le vendredi (Morale chrétienne), sous la présidence d'hommes éminents qui s’appelaient Laffon de Ladébat, Albert Stapfer, l’amiral-comte Ver-Huell, le baron Pelet de la Lozère, François Guizot. On peut se demander si, aujour- d’hui, notre Semaine protestante annuelle a le même éclat.

Au milieu de cet imposant demi-cercle pastoral, juste derrière les trois candidats, prit place le président de la Société des Missions, l’amiral comte Ver-Huell, âgé de 65 ans, l’ancien ami de l’empereur Napoléon I”, de son frère le roi de Hollande et de la reine Hortense, grand-croix de la Légion d'honneur, et, depuis 1819, Pair de France. Comment était-il vêtu ce jour-là ? L'histoire ne le dit pas. Les jours de communion, à l’Oratoire, il se présentait à la table sainte avec son uniforme et ses insignes, pour mieux témoigner son respect à son Sauveur. Mais, pour cette cérémonie, j'imagine qu’il était en redingote, ne se distinguant que par une croix suspendue à sa boutonnière par un ruban orné d'une rosette, et par une large plaque sur la poitrine, tel

Page 1