‹ La première consécration de missionaires protestants francais en 1829Chapitre 5 sur 7 · RAD EE OURS · texte numérisé non relu

RAD EE OURS

que nous le représente le grand portrait à l’huile qui décore aussi le salon du boulevard Arago.

Tout le monde étant assis, le service religieux commence. Marron, le premier, monte dans la chaire pour prononcer la prière d'ouverture. Oh ! cette prière ! comme elle sent, non pas même l’époque où elle fut rédigée et récitée, mais ce XVIII siècle, où le vieux président du Consistoire avait été formé, sous l'influence de la philosophie et de la rhétorique du temps ! Dans la brochure où furent relatés tous les détails de cette cérémonie, elle occupe plus de deux grandes pages in-octavo. En voici Ie début :

C’est ici la Maison de Dieu ! Ce sont ici les portes des cieux ! O notre Dieu, puissions-nous, à l’unisson des sentiments du Saint Patriarche, être dignes de nous approprier ici ce langage ! Grâce à la conjoncture solennelle où nous nous rencontrons, nous nous félicitons d’être ici comnie dans ta demeure ; ici les portes des cieux s’ouvrent à nos regards, de ce royaume qui est celui de la vérité et de la vertu, de la miséricorde et de la paix. Ce royaume, tu l’as établi dans ce monde par lEvangile de ton Crhist, et, par ta grâce, il nous prépare à la gloire. Tous les autres royaumes ont successivement passé ; ils passeront successivement sur la terre comme une ombre fugitive : ton royaume, Ô mon Dieu ! le royaume des cieux a des fondements éternels, et il ne passera point. Le temps, donnant Ia main à l'éternité, introduira ton héritage dans une béatitude sans mesure et sans terme, dans l’économie de la perfection.

Ecoutez maintenant les dernières phrases de cette pièce oratoire :

.…. Que l’œuvre biblique, que l’œuvre des missions concourent au prochain accomplissement de ta Parole ! Bénis en particulier l’établissement qu’inspirée par une sainte rivalité cette Eglise a formé dans son sein. Bénis celui qui est chargé de sa direction ! fortifie son zèle, éclaire sa prudence ; il n’ambitionne que de servir à la fois de modèle et de guide à ceux qui sont confiés à ses soins. — Bénis tous ceux qui concourent à une paternelle administration ! qu’aucunes ‘difficultés, qu’aucunes contradictions ne ralentissent leurs pieux efforts ! Est-il une approbation au-dessus de celle de notre conscience ; de celle des partisans éclairés de tout ce qui est libéral et bon ; de la tienne, Ô mon Dieu ! qui doit si souvent consoler, venger l’homme de bien des injustices et des cavillations d’un monde vain et corrompu ? Exauce-nous, Seigneur ! exauce-nous pour l’amour de ton Christ ! Il te prie lui- -même avec nous et-en nous, et tu l exauces toujours. Amen !

BR à NE

Un chœur qui se trouvait réuni au sein de l’assemblée entonne ensuite les trois versets du cantique que vous

entendrez tout à l’heure, et qui était alors dans sa nou-»

veauté. Composé en 1823 par César Malan, à. Genève, paroles et musique, il figurait dans l’édition des Chants de Sion parue en 1828, donc un an avant la consécration (1). Après ce chant, le pasteur GrandPierre, chargé, comme directeur de la Maison des Missions, de la cérémonie de consécration, monte à son tour dans la chaire et y prononce

un discours entièrement adressé aux trois jeunes mission-

naires. Heureusement le style en est autrement simple, le ton autrement cordial et émouvant qué dans la prière ampoulée du pasteur Marron. ù

Elle a donc sonné, mes chers amis, cette heure solennelle, après laquelle vous avez si ardemment soupiré, cette heure sur laquelle nous nous plaisions à arrêter nos regards comme sur le prix et la couronne de votre préparation missionnaire, cette heure que nous avons si souvent ensemble supplié le Seigneur de nous faire voir, cette heure qui est pour vous comme la porte qui vous ouvre la carrière glorieuse d’ambassadeurs de Christ auprès des Gentils ; elle a sonné, et nos cœurs battent de joie. Singulier contraste ! Et cependant cette heure nous avertit que le moment de la séparation est venu, et que, dans quelques jours, aura cessé ce commerce intime de l’amitié chrétienne, qui nous a unis pendant le cours des études que nous avons faites ensemble. D’où vient donc que nous pouvons nous réjouir de ce qui laisse le monde inconsolable, d’une séparation?

À cette question, l’orateur répond : « C’est que nous avons subordonné notre affection réciproque à une grande, à une souveraine affection, à l’amour de celui qui nous a aimés quand nous étions ses ennemis ». Et, après avoir décrit l'embarras qu’il a éprouvé pour choisir un sujet dans une circonstance où tant de pensées se pressaient devant son esprit, il en vient à citer la parole de saint Paul qu’il prendra pour texte : « L’amour de Christ nous étreint » (2 Cor., v. 14). C’est donc de l’amour pour le Seigneur Jésus, qui doit être l’âme de leur vie missionnaire, qu’il va parler à ses trois jeunes amis. Jésus, en effet, avant de quilter ses apôtres, ne leur adresse, en la personne de saint Pierre,

(1) Ce cantique, qui débutait ainsi :

Saints messagers, hérauts de la justice, Haussez la voix, publiez le salut !.…

figurait encore dans le recueil des Psaumes et cantiques de 1859. Il n’a pas été conservé dans le recueil synodal actuel.

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