TL TOR
Compagnon de Pierre, il comprend facilement ce christianisme galiléen, fervent, fait d'amour enthousiaste pour J.-C., d’adoration pour Celui qui a souffert et qui est entré dans la gloire. Et quand il écrit au nom de l’apôtre aux églises d’Asie-Mineure, c'est une œuvre à la fois une et composite qu’il leur adresse, mêlant, dans un alliage exquis, le meilleur de lui-même avec ce que Pierre a de plus excellent.
Parmi les explications que l’on a essayées de l’origine de l’épître, c’est, nous semble-t-il, la plus probable, celle qui répond le mieux aux données du problème.
Les diverses dates proposées s’échelonnent sur une période de cent ans environ, de 43 à 140. Les partisans de l’authenticité absolue viennent les premiers et placent l’épitre à des moments très divers de la vie publique de Pierre. Ceux qui admettent l’authenticité partielle (Pierre par Silas) hésitent entre les temps qui ont précédé et ceux qui ont suivi la persécution de Néron. Les adversaires de lauthenticité choisissent l’une des années suivantes.
La plupart des anciens auteurs catholiques, insensibles aux difficultés critiques, supposent une date très ancienne : l'écrit de Pierre devance les autres, comme il appartient au Prince des apôtres. Baronius et Corneille de la Pierre le placent « avant toutes les épitres de Paul »; Foggini en 43, la Bible de Vence de 45 à 50, Allioli en 50.
B. Weiss et Kühl le placent en $4, avant la grande activité de Paul en Asie-Mineure, avant les grandes luttes relatives à la loi. Küh] imagine un voyage fait par Pierre dans la Diaspora babylonienne avant le séjour de Paul à Éphèse. Mais, en général, c’est entre les années 62 et 66 que les partisans de l'authenticité, absolue ou limitée, hésitent. Ils avancent plus ou moins la date, suivant qu'ils cherchent à la faire cadrer avec les relations présumées de Pierre et de Paul, suivant qu'ils trouvent dans l’épitre l'indice
que la persécution de Néron est imminente ou qu’elle a éclaté, et suivant la date qu’ils assignent à la mort de lapôtre, date qui flotte entre 64 et 68. Steiger, Wieseler, Guericke, Bleek, Keil font tomber l’épitre dans la captivité romaine de Paul, avant la persécution de Néron, en 62; Burger en 63; Lamy, pendant que Paul serait en Espagne; Thiersch, qui a un sens si juste des divers moments du siècle apostolique, vers 63 ou 64; Salmon, Renan, Lightfoot, peu avant la persécution de Néron. L'auteur tracerait le code de la persécution au moment où on pressent qu’elle va être rude. Nulle époque, selon Renan, ne cadre aussi bien avec tous les détails.
D'autres, et dans le nombre beaucoup d’auteurs catholiques !, croient trouver dans l’épitre la trace des vives souffrances amenées par la persécution, et la placent dans les temps qui ont immédiatement suivi, qu’elle soit écrite de Babylone (Neander, Meyer, de Wette, Grimm, Huther) ou de Rome (Schott, Wiesinger, Ewald, Sieffert’). Bovon la place entre 64 et 66: « Il m'est impossible, dit-il, de voir quoi que ce soit dans la première épitre de Pierre qui oblige décidément à descendre plus bas que le règne de Néron3. » Hatch+ estime que « l’époque de la persécution de Néron est la première qui puisse satisfaire aux conditions requises ». Il insiste sur la concordance entre Tacite (Ann. XV, 44) et les données de l’épitre. Mais, dans cette hypothèse, il faudrait admettre, que Pierre n’est pas mort dans les scènes tragiques de l’an 64.
Viennent ensuite les adversaires de l'authenticité. Ceux qui sont sensibles au caractère chrétien très pur, très primitif de l’épître, la placent le plus près possible des derniers temps de l’apôtre : Harnack*, « vraisemblablement dans les années 83-93, mais peut-être déjà 10 ou 20 ans plus tôt ». C’est se rapprocher
1. Hug, Glaire, Drach, Batiffol : « La première des deux épitres est sûrement contemporaine de la persécution néronienne, et a été écrite de Rome (abbé Batiflol, Anciennes littératures chréliennes, 1897, p. 5).
2NRUE-RATE NP CIrUS:
DECO ANNEE 2; 1p 8443.