‹ La Première Épître de l’Apôtre Pierre CommentaireChapitre 49 sur 123 · Comme le voudraient de Wette, Huther, Wiesinger · texte numérisé non relu

Comme le voudraient de Wette, Huther, Wiesinger

3. Comme le précisent Quenstedt et Hollaz, Schott et Zezschwitz.

justes morts (12, 23). Elle appelle Dieu, le Père des esprits (12, 9). Les Actes 23, 8-9) distinguent l'ange (éyyekoc) de l’esprit des morts (rveiua, cf. Luc. 24, 37. 39) et résument ainsi le monde spirituel que les pharisiens opposaient à l’incrédulité sadducéenne (Luc. 24, 37). Dans 1 Cor. $, 5, Paul parle expressément du rvedpe qui est sauvé. Auparavant, les additions grecques au livre de Daniel, disent, parlant des justes (Dan. LXX et Théod. 3, 86) qui vivent : edhoyetre, mveüpara nat duyat dixxlwv rdv xbprov; et les fragments grecs du livre de Hénoch, parlant des morts, rà rveipara Tüv duyüv rov &robavévruwv (Hén. 9, 10; cf. 9,3 rù nvebpara xat ai Quyat Tv av0pwrwy). Aïlleurs Hénoch parle couramment des morts comme d’esprits. Au chapitre 22, 3 on voit revenir cette expression caractéristique : «les esprits des âmes des morts », qui alterne avec «les âmes des enfants des hommes (3), et « les esprits des enfants des hommes » (5). Il est question de « l’esprit qui sortit d’Abel quand son frère Caïn le tua(7), et des séparations faites entre les esprits (9). Au ch. 103 il est question des esprits des justes (3. 4.) et des méchants (8). Cf. 108, 3. 6. 11'.— La Peschito confirme cette interprétation en traduisant « les âmes qui étaient renfermées dans le Scheôl ». Enfin le v. 20 met fin à toute hésitation en disant de quels morts il s’agit, et le v. 21 confirme cette interprétation par une nuance significative. Il appelle âmes (guyaf), les 8 personnes sauvées vivantes du déluge, et esprits (xvsüata) ceux qui ont succombé — Pfleiderer (Paulinismus, p. 426) discerne dans ce terme d’esprits une influence alexandrine. C’était probablement une expression courante.

Plus d’un critique (Baur, Renan) a cru reconnaître dans les «esprits en prison », les anges déchus?. Le terme de rvsipact, à lui seul, n’y est pas contraire, et on a voulu en trouver l’indica-

1. Charles, The Book of Enoch, textes indiqués; F. Weber, System der Altsynagogalen Palaestinischen Theologie, 1880, p. 323, cite Schabbath 1514 « rends à Dieu un esprit pur... »; et (p. 324) « … les esprits des justes, des pieux et des convertis ».

2. Spitta voit dans ces esprits les géants, fils des anges, mais c’est par une pure supposition qu'il peut retrouver dans 3,19 les légendes juives sur le déluge, châtiment des géants.

— Il, 19 — 177

tion dans le parallèle qu’on est tenté d’établir avec 2 P. 2,4 et 5. Voici ce texte :

, \ L 14 3 &)\ 4. el vyap à Osds ayyilwy duaprnoavruy oùx épeloato, aAd& ss œt! L 1 LA Z getpois Copou Taprapuoxs Tapédwxey etc xplow Tpouévous, LJ +

S- at apyxiou néomou oùx Épeioato, 4ANX Bydoov Nüe Dixxtosivns Lhpuxa ÉgURASEY, xaTaxAvOUDV xOOUE Qosbdv ÉtÉEas…

On voit que les sujets traités n’ont qu’un rapport superficiel. La 2° épitre de Pierre dépeint le châtiment du monde ancien : les anges enchainés, les méchants submergés, Noé avec les siens échappant seuls au déluge. La 1'° épitre parle de la prédication adressée par le Christ à ceux que le déluge avait engloutis. De part et d'autre des expressions reviennent, des analogies s’établissent; on parlait de ces choses en termes stéréotypés ; mais ce sont des phases différentes du drame, et la 2° épitre paraît relever autant de Hénoch que de la r'° de Pierre *. Il n’est nullement prouvé qu’elle prétende expliquer 1 P. 3, 19.— Quoi qu'il en soit, si ce dernier texte est obscur, ilest écrit avec soin : l’auteur s’est appliqué à y mettre tout ce qu'il jugeait nécessaire, et n’a rien laissé au hasard. On ne peut intercaler dans ce développement si serré et précis, aucune idée étrangère. On ne peut encore moins linterpréter par à peu près.

Exfovéev, prédication du salut par J.-C. Dans l'A. T. (LXX) on désigne ainsi les proclamations des hérauts, les déclarations solennelles des prophètes, presque toujours dans un sens favorable (Gen. 41, 43; Es. 61, 1). Même quand les châtiments sont annoncés, il y a l'intention de produire la repentance et de sauver (Os. s,8; Jon. 3,2). Dans la 1° langue chrétienne, xnpuosetv est devenu un terme technique qui désigne la prédication de l'Évangile, que l'Évangile soit nommé ou non (Mat. 11, 1). Nulle part dans le N. T., même dans l’Apocalyse ($, 2), il ne s’agit de châtiments. Chez les Pères, xipvës veut dire prédication, au sens propre (Clem. Alex. Sérom. 7, 9, 52). Il serait très difficile de voir ici autre chose que la prédication du salut en vue de la conversion.

1. Le v. 4 rappelle plutôt Hénoch (10, 4), le v. $ ressemble davantage à

Monniër. — La première épilre de Pierre. 12

— On ne voit pas comment un écrivain chrétien de ce temps imaginerait un ministère exercé par J.-C. sans portée rédemptrice. Enfin, si, 1 P. 4, 6 doit être associé à 3, 19, xnedsseuw serait, de par l’épitre même, synonyme de sbayy:Niaiv. — Il est vrai qu'il n’est guère parlé des résultats de cette prédication. Cramer y insiste (ouv. cit. p. 407) « pas un seul mot », dit-il. Est-ce exact ? il y a du moins le v. 22, drorayévrwy adr@, et 4, 6, ebnyyehloln.: Éüot, et le passage parallèle Eph. 4, 8 yuahwrevsev aiyuaæhwsiay qui montrent ce que pouvait penser l’auteur. — En tous cas, rien n'indique que J.-C. parle par la bouche d'un autre. Ni ce verset ni le suivant ne permettent de penser à une prédication de Noé. Cette supposition, qu'Augustin risquait en hésitant, n’a aucun appui dans le texte. Lorsque l’épitre parle des prophètes que le Christ préexistant inspire, elle le fait d’une manière explicite (7, 11). Ici elle dit catégoriquement qui a prêché, et dans quelles circonstances, et à qui. Il s’agit bien d’une prédication personnelle de J.-C. aux « esprits en prison ».

20. 21. Ces 2 versets rompent la suite logique des idées, qui va du v. 19 au v. 22. Cependant ils ne sont pas étrangers au développement. C’est comme une note, destinée à illustrer, à expliquer, à indiquer des idées nouvelles, et qui au lieu d’être au bas de la page, est insérée dans le texte même. Cette note a pour but, d’abord de préciser qui sont ces morts auxquels l’évangile est adressé dans le Scheôl. Elle les dépeint en traits précis, en images auxquelles on ne peut se tromper. On voit Noé qui bâtit l’arche pendant que la patience de Dieu attend. Les méchants ne veulent rien entendre. Le déluge vient qui les emporte tous. L’arche flotte sur les eaux, avec huit personnes qui ont cru. Et ce sont ces morts du déluge à qui maintenant le Seigneur prêche. Tout cela, d’un dessin naïf, d’une couleur vive, comme une miniature dans un manuscrit. — Ensuite, c’est sa doctrine du baptême que l’auteur introduit. Il juge utile de la mentionner dans un endroit où il parle du salut, et comme transition à cette idée nouvelle il mentionne l’arche. — Incidemment, le petit nombre des réchappés lui donne occasion d'encourager les chrétiens, qui, eux aussi, ne sont qu'une poignée. — Il est fort probable que le v. 20, note

explicative ajoutée à rveüuztz, n’introduit les morts du déluge, les choisissant entre tous les autres, que pour amener l’arche et le baptème. D'ailleurs ce choix n’est pas arbitraire. Le déluge est la figure de la Parousie, il est donc naturel d’y chercher des analogies pour le temps présent. Ces gens étaient, dans l’ancien monde, le type même de la rébellion; ils sont, dans la prédication d’outretombe, la preuve achevée de la grâce de J.-C. — Ces divers éléments, pris séparément, sont suffisamment clairs. C’est leur juxtaposition gauche, à la façon d’une mosaïque mal assemblée, qui les rend obscurs. Ils ne l’étaient pas pour les lecteurs, à qui ces idées étaient familières, et qui associaient sans beaucoup de logique les idées et les symboles qu’ils connaissaient.

III, 20. dmelnouoiy note dre dmefedéyero n vToù Aeoi uaxoouuix Èv NuEpaic Nôe XATATHEUACOMEV NS xL6WTOÙ, els a > 7 EEE) € \ } / ? ON I hv dAtyor ToùT Éoriv bxTo Quyai, diecwbnany à Üôatos”.

autrefois rebelles, au temps de Noé, tandis que la patience de Dieu attendait pendant la construction de l'arche, dans laquelle peu de gens, huit personnes furent sauvées au travers de l’eau.

Ce verset va dire, avec des détails précis, qui sont les « esprits en prison ».

areuféozor. Ce sont des gens qui, à un moment donné, ont refusé d’obéir, et, d’après le langage de l’épitre, de croire. Mis en face d’un message, ils l’ont repoussé (1 P.2, 7.8; 3,1;4, 17). Dansles LXX, dans le N. T., et spécialement dans les Actes, les Hébreux et chez Paul ce terme exprime la désobéissance, l’incrédulité. Ce n’est pas, comme pense Usteri, une expression adoucie, c’est le mot qui désigne le peuple d'Israël en révolte contre Dieu, sourd à ses

1. Var. : Quelques Mnn. (2.29. 31.33. 47. 59) ont anaë eôeyero, d’où la conjecture d’Erasme araë ebedeyero. — N* et quelques Mss. de la Vg. (harl. et le texte de Bède) appuient +nv paxpobvutay; mais d’autres (am. fu. demid. tol.)

patientia. — CKLP, Syrr Oec. Theoph. ont oktya (contre N AB Ve.)

appels (Nomb. 11,20; Es. 65,2; Act. 19,9; Rom. 11, 30; Héb, 4, 6). — Parce qu’ils ont deco pets J.-C. leur prêche, dé Weiss. Quoiqu’ils aient désobéi, dit Wiesinger.

Hofmann met une virgule après àre0oamv et rattache ére à ExpovËev. Le texte dirait ainsi que Christ a prèché autrefois, aux jours de Noë. Mais cette construction est arbitraire et forcée, et ne donne que d’une manière vague le sens attendu.

Grotius, Limborch mettent, sans fondement, &s au commencement du verset : Christ prêche par ses apôtres à des âmes semblables aux contemporains de Noé.

mére indique le moment où ces esprits se sont révoltés, etrmet une distance entre la rébellion ancienne et la prédication actuelle « il prêcha à ceux qui jadis... ». Ceci donne à axeuñsaa le sens du plus-que-parfait.

uaxoobvuix, longue patience. Elle s’exerce à l’égard de créatures qui sont l’objet de l’amour de Dieu, dont le rejet n’est pas définitif, qui peuvent se convertir. Ceci désigne donc, en tous cas, des hommes et non pas des êtres fantastiques. areësdéyero (sens intransitif) attendre patiemment (Rom. 8, 25; cf. Héb. 10,13 éxèéyecba).

raracrevalousvns xéwtod, délai accordé : le temps où larche se construit. Ce temps de répit permet à chacun de se convertir. — ëv quéoats Nos « les jours de Noé », c'était une expression toute faite. Ces jours s’imposaient aux imaginations comme un symbole des temps prochains. La Parousie, comme le déluge, devait surprendre les hommes (Mat. 24, 36-37; Luc 17, 26.27). C'était un des thèmes de la prédication primitive. L’épitre tire ses matériaux de la tradition ambiante. Elle s'inspire des notions, en nombre restreint, qui ont cours. Les lecteurs sont aisément instruits par leurs pensées coutumières.

Ce qui est dit ici de Noé n'indique en aucune façon qu’il ait été le porte-parole (cf. v. 19) du Christ préexistant. Il n’est pas parlé d'une prédication quelconque du patriarche. De même dans Héb. 11,7, passage analogue, sinon connu de l’auteur, il est dit seulement que Noé construisit l'arche par laquelle il jugea le monde. Plus tard, dans la 2° épitre de Pierre (2, $), Noé est appelé prédi-

Page 1