‹ La Première Épître de l’Apôtre Pierre CommentaireChapitre 76 sur 123 · Bengel, Bleek, mettent au premier rang le témoignage · texte numérisé non relu

Bengel, Bleek, mettent au premier rang le témoignage

3. Einleituno in das N.T.; J. T. Beck, Comm. : « Freudigheit der Christen in den Leiden der Gegenwart» ; Holtzmann, Einleit., p. 312. « Ces exhortations ont trait aux souffrances des lecteurs. »

4. L'Anlechrist, p. 111. « ...la pièce personnelle de l'apôtre, son sermon, sa petite théologie en 8 ou 10 pages. Chaque apôtre eut son épitre où l’on crut garder la fine fleur de sa pensée ».

LECTEURS 255 T1, =—, Lécreurs

À quels lecteurs s’adresse l’épitre ? Sortent-ils du judaïsme ou du paganisme ? — Du judaïsme, répondait B. Weiss, pote une hypothèse déjà ancienne et qui a trouvé peu de faveur *. Il s’agirait de communautés fondées dans la dispersion juive d’Asie-Mineure avant l’évangélisation de Paul. Les convertis de la Pentecôte (Act. 2)seraient revenus dans leurs provinces de Bithynie, Pont, Asie, tout pleins de la bonne nouvelle. Pierre lui-même aurait pu se rendre en Âsie-Mineure entre les années 44 et $1 au moment où il est allé, disent les Actes, « en un autre lieu » (Act. 12, 17). Ainsi se serait formée toute une chrétienté. B. Weiss suppose que l'épitre est antérieure à celles de Paul et représente un degré de la littérature chrétienne que le grand apôtre imite en le dépassant2. Kühl a repris cette hypothèse contre laquelle on invoque des raisons absolument décisives : 1° ces communautés primitives n'apparaissent nulle part 3. Nous connaissons assez bien l’évangélisation de Paul en Galatie et à Éphèse4; on n’y découvre aucune trace de communautés antérieures. C'est bien l’œuvre d’avantgarde. On y rencontre encore moins des communautés judéochrétiennes qui subsisteraient à côté des églises de Paul.

2° D'autre part, il est impossible de supposer l’épitre de Pierre antérieure à celles de Paul. On verra plus loin qu'elle les imite certainement. En tous cas, les écrits de Paul sont de la plus incontestable originalité. C’est lui qui est le véritable créateur de la langue chrétienne. Sa pensée est unique. Sa doctrine traduit ses expériences. Son génie est essentiellement primesautier.

. Jérôme, Érasme, Calvin, Hug, Bertholät l'ont adoptée.

2. Lehrbegriff, p. 99; St. u. K., 1865, p. 621; 1873, p. 541.

3. Hatch (Encycl. Britann., art. Epistle of Peter) juge l’existence de pareilles communautés très improbable. Weizsaecker, Ap. Zeit., p. 221, la nie. Usteri (Comm.) n'ose pas être ainsi négatif; mais il n’en donne guëres de raisons.

Lenain de Tillemont, Mémoires…, t. 1, p. 546, «il est certain qu'il y avait des chrétiens en Asieet Galatie, longtemps avant que saint Paul y vinst ».

4. En Galatie (Act. 16, 6; 18,23; Gal. 4,13. 19). À Éphèse. (Act. 19, 6 et suiv.).

3° Dans l’épitre même, rien à proprement parler de judéo-chrétien. Nulle trace des controverses qui étaient brûlantes au moment où elle est censée avoir été écrite. Comment ne parle-t-elle pas de la loi? Commenttransporte-t-elle si aisément aux païens les privilèges d'Israël ? Plus tard, c’est tout simple; au début, c'était beaucoup moins facile. Certes les souvenirs, les citations, le langage del’A. T. et du judaïsme contemporain reviennent constamment; c'est la manière der écrivain, il ne peut sortir de soi; mais ce qu’il dit n’a plus rien de juif. Il s'adresse au peuple 1 la nouvelle alliance, qui, sans distinction “e origine, constitue l'Israël selon l'Esprit.

Nombreux sont les passages qui supposent d’anciens païens. L’épitre parle des convoitises qu'ils avaient au temps de leur ignorance (7, 14), de la vaine manière de vivre apprise des pères (1, 19). Autrefois ils vivaient dans les débordements et dans l’idolâtrie (4, 3). On trouve étrange que leur vie soit changée (4, 4). Autrefois, ils n’étaient pas le peuple de Dieu (CZ 10); ils se sont tournés vers Dieu (2, 25). Ils sont venus à la pierre vivante rejetée par les premiers appelés (2; 4-8; cf. Mat. 21, 42-44). Les femmes sont devenues filles de Sara (3, 6). D'autre part, tout ce qui semble au premier abord indiquer d’anciens juifs * s'explique de la façon la plus naturelle par l'unité des deux alliances et l’accomplissement des prophéties. L'auteur se met perpétuellement à ce point de vue. Apôtres, évangélistes, apportaient mêlés à la Bonne Nouvelle l’ensemble de leurs souvenirs et de leurs espérances , attachés également à l’Ancien Testament et aux faits qui constituaient le Nouveau. C'était l’enseignement chrétien intégral. On le prêchait sans tenir grandement compte des ignorances antérieures, et promptement il ne présentait plus rien que de naturel.

Il est probable, il est certain même que beaucoup de ces églises comptaient des juifs convertis grâce auxquels l'intelligence de

1. Ainsi Blom (Theol. Tijdschrift, 1876, p. 166) pense que l'adresse est judéochrétienne, tandis que la suite suppose des convertis du paganisme. Les choses s'expliquent plus simplement,

Page 1