‹ La Première Épître de l’Apôtre Pierre CommentaireChapitre 98 sur 123 · AD AN · texte numérisé non relu

AD AN

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reprise, fortement développée par Ewald, admise par Bleek, Sabatier, Usteri, exagérée par Senfert' et von Soden? qui veulent que Silvain ait composé sur le tard, de toutes pièces, cette épitre, et l’ait signée de Pierre pour lui faire honneur et se donner du crédit. Von Soden pense que les lecteurs savaient parfaitement bien qui leur écrivait. Mais alors, pourquoi cette fiction que Harnack appelle avec raison une « gemüthliche Täuschung » ?

Un troisième groupe est formé de ceux qui pensent que les objections énoncées sont décisives, et que le contenu de l’épitre suppose une époque décidément postérieure. C’est avant tout Baur et l’école de Tubingue : en particulier Schwegler, Zeller, K. Kôstlin, Hilgenfeld, Hausrath. Ce sont enfin Weizsaecker, Pfleiderer, Holtzmann.

D'autre part encore, des critiques aussi solides que de Wette et Reuss, suspendent leur jugement. Enfin nous avons cité précédemment l’hypothèse de Harnack. Frappé du caractère ancien de lépitre et de sa valeur religieuse, ne pouvant l’attribuer à Pierre et n’imaginant pas qu'un écrit aussi pieux puisse contenir des faussetés comme « Marc mon fils», et «je vous écris par Silas », ce critique éminent pense que nous avons affaire à une très ancienne homélie sur la patience dans la persécution, dont l’auteur serait un disciple de Paul, et tellement au courant de sa pensée qu’il s’y mouvait avec facilité. L’extérieur d’une lettre aurait été donné plus tard au moyen de formules épistolaires, peut-être par l’auteur même de la 2° ép. de Pierre.

Il y a en effet de très fortes raisons contre la composition par Pierre seul,

1881, p.621 : « On pourrait penser que Sylvanus n’a pas été seulement le porteur mais le rédacteur dela lettre ».

1. Z.f. w. Th., 188$, p. 350. On sait que Seufert identifie artificiellement Tite et Silvain. L'auteur serait Titus Siluunus. Voy. le commentaire sur $, 12.

2. H. C., p. 117. Silvain apôtre (1 Th. 2, 6), prophète (Act. 15, 32), aurait le droit de parler au nom de l’apôtre glorifié.

3. Baur, Paulus, 1845. Th. Jahrb., 1856, p. 219; Schwegler, Nachap. Zeit, t. 2, 1846, p. 4 et suiv.

4. Harnack, Chronologie der Altchristlichen Litteratur, 1897, p. 457 et suiv. 464. Cf. Jülicher, Einleitung, p. 132 et suiv.; Holtzmann, Eïnleitung, p. 316 et suiv.

C’est avant tout le manque d'originalité. L’épitre s'inspire des écrits de Paul. Elle les imite, et par endroits, de fort près. On ne peut restreindre la portée de ces ressemblances. Nul hasard, nulle influënce d’un milieu commun n’explique des rencontres qui vont jusqu'aux détails. À côté des imitations positives il y a Pesprit, l'empreinte des idées pauliniennes. On ne se représente pas Pierre avec son génie primitif, son origine galiléenne, ses souvenirs personnels, écrivant cette homélie édifiante et touchante où l’on retrouve bien la piété mais non la verdeur et la spontanéité qu’on attendrait de lui, la calquant sur les Éphésiens, y insérant des pensées de l’épitre aux Romains et de celle de Jacques ?

C’est le caractère composite des notions : ce mélange de christianisme palestinien primitif et de paulinisme postérieur qui, depuis Semler, a frappé les premiers critiques.

C’est le manque de souvenirs directs du ministère et de l’enseignement de J.-C. On l’explique en partie par le genre littéraire des épitres : elles transforment les souvenirs en doctrines, elles insistent sur les prophéties accomplies plutôt que sur le détail des faits. On n’en est pas moins surpris de la façon dont Pierre parlerait de J.-C. Il se dit témoin de ses souffrances. Il les dépeint, et il ne trouve que les termes les plus généraux, sans une circonstance particulière, sans une note personnelle. Il ne dit pas qu'il a été surtout le compagnon de la vie de son Maître, l’auditeur de ses discours, le dépositaire de ses promesses. Il parle de tout, il veut être complet et il ne dit rien de ce qu’on attendrait d’abord.

C’est la langue dont il fait usage. Il est fort probable, il est vrai, que Pierre savait le grec’. Le coin de la Galilée où il vivait avant son apostolat en rendait l’usage presque indispensable. Tibériade était une ville tout hellénisée. A Capernaüm on coudoyait à chaque instant les païens. La « Galilée des Gentils » rendait leur fréquentation inévitable. Le frère même de Pierre porte un nom grec. Dans le cercle des apôtres on trouve encore le nom de Philippe. Jésus ne semble pas avoir eu de difhculté ni pour lui ni

1. B. Weiss (St. u. K, 1873, p. 545) : « Pierre écrivait en araméen, et faisait

traduire ».

pour ses apôtres à rencontrer des Grecs, à se rendre en terre païenne. Ensuite, la facilité avec laquelle Pierre voyage, remplit son apostolat dans une ville comme Antioche, visite les contrées où l’Église se fonde, le rôle prépondérant du grec dans le christianisme primitif et dans sa littérature : tout rend fort invraisemblable que l’apôtre n’ait pas su le grec.

Il y a pourtant un texte qui semble l’établir. C’est la tradition bien connue qu’Eusèbe a conservée : le mot de Papias sur Marc devenu l’épwnveurhs de Pierre’. Maïs que signifie au juste cette indication? Que Marc était, au sens propre, l'interprète de Pierre, afin de le traduire soit en grec soit en latin? Qu'il était son secrétaire, ou bien encore celui qui mettait par écrit ses souvenirs ? En fait, d’après Papias, Marc a été Eounveuris en écrivant les récits de son maître. Il est fort possible, d’après ce texte même, qu'il lait fait après la mort de l’apôtre. Rien ne prouve donc que. Pierre ait ignoré le grec; mais on peut supposer qu'il ne le savait pas assez pour l'écrire d’une façon à peu près littéraire.

En tous cas, la langue de l’épitre ne peut guère être la sienne. Sans être en aucune façon élégante, c’est pourtant du grec hellénistique courant, tel que Pierre, l’ancien pêcheur du lac, aurait eu peine à l'écrire. On y trouve des traces de la langue littéraire. On note beaucoup de mots, 60 environ, qui ne reviennent pas ailleurs dans le N. T., ni en général dans la Bible grecque. Ce style, d’ailleurs, n’a rien de personnel ni de spontané. Il est à la fois aisé et appliqué. On ne voit guère l’ardent Galiléen équilibrant ses phrases, s'appliquant à enchaîner

1. Eus. H. E., II, 39, 15 épunveurhs [léteov yevduevos.… Éypadey (Gebh. et Harnack, PP. Apost., 2e éd. t. 1, p. 92 et suiv.). Pour le sens d’ « interprète », voy. Schleiermacher, S£. u. K., 1832, p. 759; Grimm., St. w. K., 1872, p. 685- 688; Usteri, Comment., p. 339; Jülicher, Einleit., p. 133. 196; Bleek, Einkeit. 4° éd. Pour le sens de « secrétaire », voy. déjà Jérôme. Pour le sens de « rédacteur », voy. Zahn. N. T. Kanon, t. 1,p. 878-882; Holtzmann, Eïnkeit., p. 382. Link, die Dolmetscher des Petrus, St. u. K., 1896, p. 405-436 ; Harnack, Chronologie, p. 652; Godet, Introduction au N. T., 11e partie, 1899, p. 331. 332 : « Ce sens paraît en effet résulter naturellement de la relation entre le participe yevouevos et le verbe Éypabs ». (Pour la bibliographie, voir Link, art. cit.)

exactement ses propositions. On y reconnaît enfin une intimité complète avec les LXX qui sont la seule Bible de l’auteur, et l'on ne comprendrait pas que Pierre fût étranger au texte hébreu de A. T.

On sera moins touché d’une raison sur laquelle Holtzmann insiste : que l’épitre donnerait de la personne et de la pensée de Pierre une idée tout autre que celle qui ressort des écrits de Paul. Dans ces écrits, Pierre se sépare de Paul qui lui reproche son « hypocrisie » (Gal. 2, 11), et dans l’épitre il serait son élève, reproduisant ce qu’il dit de linspiration (x, 10-12), de l’activité du Christ dans le monde des morts (3, 19.20), du baptême G; 21), de la régénération (1, 23; 2, 1.2: 24). Mais on a: beaucoup exagéré l'opposition de Pierre et de Paul. En réalité, ils étaient unis de principes et de cœur; même ce qu’on appelle la dispute d’Antioche établit leur parfaite entente sur le fond des choses. Si Pierre est accusé d’hypocrisie quand il pactise avec les judaïsants, c’est qu’il n’a réellement rien de commun avec eux. Ce qui est extraordinaire, ce n’est donc pas que son épitre soit paulinienne, c’est la façon dont elle l’est.

Il est difhcile pourtant de ne pas rattacher l’épitre de Pierre à cet apôtre, ne serait-ce qu'à cause de l'adresse et des salutations. Voilà donc, en plein âge apostolique, un écrit des plus remarquables par la sève religieuse, par l'attachement passionné pour J.-C. Nulle part on ne trouve un sentiment plus exalté de la perfection, un idéal plus pur, une sainteté plus scrupuleuse. L'auteur insiste précisément sur la franchise, en disciple du Maître sans fraude. Et il inventerait qu'il est Pierre, que Marc est son fils, que Silvain est son envoyé! Et dans quel but? Il ne prescrit rien de particulier. Il n'apporte aucune doctrine spéciale. La prédication aux morts n'intervient que par allusion et en expliquant un texte de Paul. Il ne s’agit que d’édifier, que d’affermir la foi. On ne saurait invoquer ici l’analogie des pseudépigraphes. Hénoch, Esdras, Baruch sont des auteurs supposés ; mais de quels écrits! les rêveries de l’apocalyptique juive comportent des noms fictifs. Mais en tête d’une épitre toute de vérité, un faux titre ne se conçoit point. Alors se présentent deux hypothèses qui sauve-

gardent la sincérité de l'écrit. Celle de Harnack' d’abord qui voit dans les formules du début et de la fin des additions postérieures :

« Si l’épitre, dit-il, n’est pas de Pierre; si cependant sous sa forme actuelle, d’après les expressions du début et de la fin, elle prétend être de cet auteur ; mais si cette attribution ne se manifeste pas dans le corps de l'écrit, et si enfin on n'arrive pas à comprendre comment l’auteur en est venu à attribuer l’épitre à Pierre, il ne reste qu’une issue, c’est que le début et la fin soient une addition postérieure. Cette solution se recommandera surtout: 1° si ces phrases se laissent facilement détacher de l'écrit; 2° si, à l'examen, elles soulèvent des difficultés qui ne s’expliquent que par une addition postérieure; 3° s’il se trouve un motif rendant compte de l'addition; 4° enfin si la tradition même est favorable à la supposition faite. »

En réalité, la tradition est muette sur ces additions faites à une homélie primitive. Si c’est une homélie, le sujet en est bien large : c’est l'exposé même de l'Évangile apostolique. Les formules de la salutation, comme le remarque Jülicher, ont le caractère paulinisant du reste de l'écrit, les afhrmations religieuses qu’elles contiennent sont unies au corps de l’épitre non seulement par des analogies, mais par leur signification profonde. Les détails de la fin prêtent à des difhcultés, mais non insurmontables. L’hypothèse, en somme, n’est pas confirmée.

Vient enfin la composition par Silvain. On suppose que Silvain, compagnon de Paul et de Pierre, a écrit l’épitre au nom de Pierre, et revêt naturellement les pensées qu’il a mission d’exprimer, d’une forme paulinienne. Il n’est pas impossible de voir dans les mots à Zrhovavoÿ... Eypabx (5,12) une indication favorable à cette hypothèse.

On sait peu de chose de Silvain. C’est bien le même personnage que le Silas des Actes.

I était citoyen romain (Act. 16, 37). C'était un juif considéré

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