‹ La premiére histoire en date de Jeanne d'ArcChapitre 22 sur 104 · Procès, t. IV, p · texte numérisé non relu

Procès, t. IV, p

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qui attendaient avec confiance raccoinplissement de cette pai'tie de sa mission. Mais ils étaient plus nombreux les indifférents qui s'en désintéressaient, et les ennemis du royaume qui plus que jamais qualifiaient de mensongères celles de ces vaticinations que les événements n'avaient pas encore justifiées.

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11 n'y a pas apparence que durant les cinq ou six années qui suivirent le drame de Houen, le roi Charles ait gardé bien vivante sa foi en la mission de survie de la Pucelle, et qu'il en ait attendu avec une confiance inébranlable l'accomplissement.

On en peut juger d'après les faits que voici :

En avril 1431, Home envoie à titre de légat a latcre le cardinal de Sainte-Croix, avec mission de travaillera rétablir la paix entre ces deux puissants princes chrétiens, les souverains de France et d'Angleterre. C'est au lendemain de la mort de Jeanne. N'était-ce pas le cas de parler de son procès et d'ébaucher des ouvertures de paix ? On a cherché dans la correspondance du cardinal si jamais, au cours de sa mission, le nom de Jeanne a été prononcé, la question dé son intervention dans les affaires du royaume traitée ; les recherches ont été vaines et, si le cardinal s'est trouvé dans ce cas, il n'en a jamais dit un mot dans sa correspondance diplomatique, il en a gardé le secrets

Quelques semaines avant le supplice de Jeanne d'Arc, le pape Eugène IV avait été promu au souverain pontificat. Notification fut faite au roi Charles Vil du choix du nouveau chef de l'Eglise. En réponse à cette notification, le roi députa une ambassade spéciale, à la tête de laquelle fut placé le futur archevêque de Reims, Jean Juvénal des Ursins-. Mais pas plus que le cardinal de Sainte- Croix, l'envoyé du roi de France ne fit allusion au procès de Jeanne : aucun document ne le donne à entendre, et il est plus que probable qu'on évita de s'aventurer sur ce terrain brûlant.

Il n'y a pas à se faire illusion: à Rome quelques personnages officiels eussent peut-être par curiosité mis volontiers le sujet de la conversation sur le cas de la Pucelle : à Paris on ne l'entendait pas ainsi. Jean Juvénal des Ursins se souvint deux ans plus tard, en 1433, des instructions qu'il avait rerues en mai 1431. Il était

\. Cf. notre Etude, Jeanne d'Arc et l'Eglise, p. 543. In-8», Paris, 1908. 2. Voir DE Beaujourt, Histoire de Charles VU. t. [I, p. 46'J. et Noël Valois, Pragmatique sanction, p. LVII.

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alors évéque de Beauvais. Les Etats du royaume s'élant réunis à Blois. l'ancien ambassadeur leur adressa une longue épître dans laquelle il parlait du « faict douloureux et très piteux du royaume de France », et après avoir décrit les fléaux qui le ravageaient, il proposait les mesures qui, à son avis, devaient y porter remède.

Charles VII n'y est pas oublié. ^Dieu l'aime; il l'a montré par la protection qu'il lui a accordé; il le montrera de nouveau en lui continuant cette protection. « Quelles merveilles, en effet, remarque le prélat, le Ciel n'a-t-il point opérées en sa faveur? Sauvé des mains de ses ennemis à Paris, Charles a vu la victoire voler a la suite de ses troupes, à Beaugé, à Orléans, à Compiègne et le conduire à Reims où il a reçu l'onction royale. Ce n'est ni a la valeur des chevaliers, ni aux prières des gens d'Eglise que sont dus ces succès prodigieux, mais uniquement à la faveur de Dieu qui aime le roi et qui a donné courage à petite compagnie de vaillants hommes. »

En lisant ces lignes, impossible de ne pas penser à la Pucelle et de ne pas chercher son nom. L'orateur nomme Orléans qu'elle a délivré, Reims où elle a mené et fait sacrer Charles Vil, et il ne nomme pas celle à qui l'honneur en revient. Pourquoi cela? jManifestement, parce que ce témoignage public rendu à sa bienfaitrice eût déplu à Charles Vil.

Depuis son ambassade àRome, Juvénal des Ursins savait à quoi s'en tenir sur les sentiments du roi à ce sujet. Ces sentiments n'avaient pas changé. Charles affectait d'ignorer Jeanne. Désireux après sa mort de reconnaître le dévouement des Orléanais pendant le siège, il leur écrit des lettres leur accordant certains privilèges. Mais en ces lettres il se garde bien de nommer la Pucelle. Ce malheureux prince la mettait, sinon hors la loi, du moins hors l'opinion. 11 faut arrivera l'année 1436 pour l'entendre parler de la jeune fille qui a combattu et souffert pour lui. « Pucelle m'amye, dit-il à la Dame des Armoises, quand elle tenta de le surprendre, soyez la très bien venue, au nom de Dieu qui sait le secret qui est entre vous et moi^. » C'est donc chose très probable que, avant de prendre la route de Rouen en mai ou juin 1431, Juvénal des Ursins reçut du chancelier Regnault de Chartres des instructions catégoriques. Il n'y a pas de témérité à penser que l'une des principales fut celle-ci : « Surtout ne parlez pas de la Pucelle-. )>

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