Procès, t. IV, p
2. Voir sur cette question, l'étude de l'abbé Péchenard, Jean Juvénal des Ursins, p. 156-162. In-8«, Paris, 1876.
LE PROCKS DE REVISION. AVANT-PROPOS d47
Un autre sujet qui mérite réflexion, c'est la réserve absolue dans laquelle Charles Vil et ses conseillers ecclésiastiques ou laïques se tinrent lorsque le gouvernement anglais, après la mort de son ennemie, s'empressa d'informer par lettres authentiques, les princes de la chrétienté, l'empereur et Home même, du procès qui venait de se juger. 11 voulait sans perdre un instant prévenir et fausser l'opinion. 11 voulait que l'on apprit, non pas comment les choses s'étaient passées, mais de quelle manière on désirait qu'elles fussent envisagées.
Les auteurs de cette propagande du mensonge furent le roi d'Angleterre, pour ne pas dire l'évéque de Beauvais, et sa « fille aimée », l'Université de Paris.
Le roi d'Angleterre signa deux lettres adressées, l'une aux princes chrétiens, l'autre aux prélats et seigneurs ses sujets. L'Université de Paris écrivit deux autres lettres, l'une au pape, l'autre au collège des cardinaux.
Ces lettres avaient ceci de commun qu'elles présentaient la condamnation delà Pucelle sous un jour absolument favorable. Son procès, disait-on. était en soi un chef-d'œuvrede justice et d'équité. Les juges de la cause avaient rendu à l'Eglise et à l'Etat le plus grand des services en livrant cette fille au bûcher. Ils les avaient débarrassés d'une aventurière qui ruinait par ses dogmatisations et ses erreurs la foi des princes et des fidèles^.
Il y avait pour le roi de France, dans la publication de ceslettres, une belle occasion de protester contre les affirmations mensongères qui y étaient contenues, d'opposer la vérité à la calomnie et d'éclairer les hauts personnages, en particulier le chef de l'Eglise, qu'on s'attachait à tromper. Ni Charles VU, ni ses ministres, ni aucun des admirateurs de la Pucelle n'eurent le courage de formuler cette appréciation.
On a écrit qu'il y eût eu imprudence à le faire. En ce qui regarde le roi, « il craignait sans doute d'assumer sur sa tête, au préjudice de sa souveraineté renaissante mais encore mal établie, cette suspicion d'hérésie que les Anglais n'oublièrent pas d'exploiter contre lui, alors même qu'il ne faisait rien pour la Pucelle, et qu'il semblait par son silence respecter l'autorité de l'Eglise dans la personne des juges qui étaienthostiles à son parti. Peut-être dou-
1. Voir ceslettres dans J. Quicherat, Procès, l. I, tout à la fin.
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ta-l-il lui-même de la réalilo d'une inspiralion «jiii causait un tel scandale '. »
Nous n'irons pas jusqu'à penser que Charles \ll ait pu revenir sur le passé et révoquer en doute l'inspiration de la jeune fille qui l'avait mené sacrer à Keims. Non, il n'a pas douté de sa t mission de vie w ; mais il a pu sa demander si, Jeanne livrée aux flammes, tout n'était pas fini et si, pour l'avenir, il ne luilallait pas renoncer aux espérances dont la présence de l'envovée de Dieu semblait être la garantie.
Quelle sera donc l'attitude du jeune roi pendant les cinq à six années qui suivirent le drame de Houen ?
Ce sera 1 attitude .d'un prince qui a fait un trop beau rêve pour désespérer. Surpris par la brutalité des événements, il sera comme écrasé, comme anéanti. Mais l'histoire n'a pas dit son dernier mol : cinq ans ne s'écouleront pas sans que la martjre et celui qu'elle appelle son roi se rencontrent de nouveau. Ce sera d'abord à l'occasion de la paix d'Arras ; puis lorsque Paris redeviendra français. Et ce ne sera pas fini. A partir de "ce moment, la revision du procès de liouen apparaît à Charles Vil comme chose possible. Bientôt, elle lui apparaîtra comme chose probable. Elle le deviendra de plus en plus à mesure que Jeanne accomplira sa mission d'outre-tombe. La délivrance du sol français en serale tei'me; sa propre réhabilitation en sera le couronnement.
Ainsi, le temps du désarroi moral, d'une sorte de désespérance aura été de cinq années pour Charles \U, de 1431 à 1435. A cette date, la lumière commence à briller, elle va croissant et elle finit par dissiper les ténèbres. Il y eut un premier rajon à la paix d'Arras, un second à la soumission de la capitale, un troisième à la mise en forme du procès de condamnation, un quatrième au retour du duc d'Orléans de sa captivité d'Angleterre, un cinquième à la prospérité continue des affaires du royaume, un sixième à la capitulation de Rouen, un septième à la victoire de Formigny et à la recouvrance de la Normandie, un huitième à la conquête de la Guyenne et à la prise de possession de Bordeaux, un neuvième et dernier à la victoire de Castillon et à l'expulsion définitive des Anglais.
i. Cil. DH Beaihepaiue, liecherclies sur le procès de condamnation, p. 94. in-8», f\ouen, ISG'J.
LK PROCRS DK UKVISION. — AVANT- l'HOPOS 149
A chacun de ces événements les personnages, princes, seignenrs, prélats, membres des commissions royales qui se souviennent, le roi le premier, voient sortir un peu plus de l'ombre la physionomie de l'envoyée de Dieu qu'a été Jeanne d'Arc, el à chacun d'eux s'affirme avec une clarté persuasive l'accomplissement progressif de sa mission de survie. Lorsque Uouen lui eut ouvert ses portes en 1449, Charles VHne douta plus et n'hésita plus. L'heuredc la réparation était sonnée, il fallait mettre la main à l'œuvre. Ce que commencerait la France, Rome l'achèverait. El c'est ainsi que par ordre du roi il fut procédé dansla capitale de la Normandie àl'enquèle qui fut comme l'annonce ol le prélude du procès canonique de la réhabilitation.