‹ La premiére histoire en date de Jeanne d'ArcChapitre 25 sur 104 · IIJ · texte numérisé non relu

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Que, pendant le procès de la Pucellc, le Saint-Siège ait été tenu au courant de ce qui se tramait à Kouen on qu'il l'ait ignoré, aucun document ne renseignant sur ce point les historiens, la seule certitude qui demeure, c'est que le chef de l'Eglise ne l'a approuvé ni blâmé, et qu'il n'est pas sorti d'une réserve absolue.

Au lendemain du procès, son attitude n'a pas été différente. Il a gardé le silence, il a écouté, car cette fois on est venu à lui, il a attendu, et tant que la lumière ne s'est point faite, en particulier tant que la Normandie et sa capitale ne sont pas sorties des mains des Anglais, on n'a pas recueilli de sa bouche une parole permettant d'espérer que le jugement du tribunal de Rouen serait revisé. Cet espoir ne s'affirme que le jour où le cardinal d'Estouteville, légat de Nicolas V, ordonne et préside la première enquête canonique touchant la condamnation de la Pucelle.

Que sied-il de penser de cette conduite du chef de l'Église ? Faut-il y voir l'effet de l'indifférence ou celui de la politique ? N'est-elle pas plutôt la seule qu'il pût adopter, la seule que la nature de la cause à apprécier, les difficultés des temps, la sagesse et les traditions de la cour romaine lui commandaient d'observer ? Pour se former une opinion, qu'on ne prenne pas au sérieux des affirmations sans preuves comme celle-ci : « l'Église a condamné Jeanne vivante, durant la puissance anglaise ; elle l'a réhabilitée morte après les victoires des Français. » (A. France, Jeanne d'Arc, préface, p. 20.) A ne pas sortir du vrai, l'historien académicien aurait dû écrire : « Des gens d'Église ont condamné Jeanne vivante; mais l'Église l'a réhabilitée, dès que cet acte de haute justice a été possible ; il ne l'a été qu'au bout de vingt-cinq ans. »

Un premier fait public, bien propre à montrer combien il était nécessaire que le Saint-Siège se défiât et n'arrêtât de résolution qu'à bon escient, c'est l'impudeur avec laquelle, un mois après le supplice de Jeanne, le roi d'Angleterre et l'Université de Paris, «sa fille ajmée », s'efforcent de surprendre la bonne foi du pape régnant et de le tromper. Et ils espéraient d'autant plus y réussir, que l'Angleterre et l'Université de Paris étaient des puissances avec lesquelles Rome devait compter.

Un second fait, tout aussi grave, c'est que ces lettres apologétiques du procès de la Pucelle ne provoquent aucune réponse, aucune protestation. Personne, au royaume de France, ne songe à mettre le Saint-Siège en garde contre les mensonges et les calom-

nies dont ces lettres sont remplies. Charles VII s'en tient au silence dont il ne s'est pas départi durant le procès, les prélats et docteurs de la Commission de Poitiers suivent son exemple.

Ainsi, tandis que la voix des bourreaux de la martyre retentit dans le monde chrétien et dans Rome même, flétrissant l'héroïque jeune fille et réclamant une admiration spéciale pour le tribunal qui l'a fait mourir, aucune voix vraiment française ne s'élève pour donner au jugement rendu par ce tribunal le seul nom qu'il mérite et que l'impartiale histoire lui infligera, celui d' « assassinat judiciaire '».

Chose non non moins triste à constater : la haine des ennemis de la Pucelle ne désarmera pas ; seuls ses amis n'oseront prendre en main sa défense. Au concile de Bàle, les docteurs qui représentent l'Université de Paris, et dont quelques-uns avaient été les conseillers intimes de l'Évêque de Beauvais, font parmi les pères assemblés, de la propagande en faveur des juges de Rouen et soutiennent opiniâtrement l'indignité de leur victime. Edmond Richer, qui rapporte le fait dans son histoire manuscrite de Jeanne, ajoute que cette propagande n'eut pas tout le succès auquel on s'attendait. U n'y eut pas lieu davantage de relever le succès d'une propagande tendant à réhabiliter la Pucelle, non à Bâle, mais seulement en France, au cours des années qui suivirent sa mort. Comment, en ces vingt années, ne s'est-il pas produit un seul mémoire justificatif de ses faits et gestes ? C'est en l'année 1450 seulement que Guillaume Bouille, doyen de Noyon, rédigea celui qu'il remit plus tard aux juges de la revision.

Quel accueil le pape Eugène IV lît-il aux letti-es de l'Univei'sité de Paris ? Aucun document ne nous l'apprend. La seule chose à inférer de ce silence, c'est que le pape et ses conseillers n'exprimèrent aucune opinion. S'ils eussent prononcé une parole tant soit peu favorable, l'Université n'eût pas manqué de s'en prévaloir. D'où cette première conséquence, peu discutable, que le Souverain Pontife n'a pas jugé bon de répondre à la démarche de VAlma mater, et qu'il n'a prononcé aucune parole, produit aucun acte dans lesquels on puisse voir une ombre d'appi'obation du procès et de la sentence de Rouen.

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