ÉLOGES TIREZ DES MÉDECINS
S. Camperius.
Symphorianus Camperius, libro de genealogia regum Franciœ et in tractalu tertio trophxi Gallorum, et in parailelia heroum Gallice, hœc scribit :
« Afïlictis Caroli VII rébus, exoppido Valcolore Puella circiter annorum viginti, cœlesti voce monita, Ilegem adiit, armisque virilibus instructa, militis obivit munus. Ejus auspiciis et ductu, Aurelianensis urbs ab Anglorum obsidione eximitur et aliquibus in locis prospère pugnatum est. In Gallia quoque Belgica pleraeque civitates et in iis prœcipua Rhemensis ubi Carolus more majorum unctus oleo sacro regium capitis decus accepit. Intérim Puella dum Gallis obsessis apud Gompendium subsidio venisset, eruptioneque facta. in oppidum se reciperet, insidiis excepta venit in hostium potestatem, quam Joannes Luxemburgus Anglis ut ancillam vendidit. lUi Rhotomagum deductam ultimo supplicio aificiunt, adjecta causa quod mulier, oblita sui sexus, habitum viri sumpsisset. »
Cardan.
Hiérosme Cardan S livre huitiesme, chapitre quarante troisiesme, Dé rerum varietate :
1. Cardan Jérôme, né à Pavie 1501, mort à Rome 157G. Mathématicien remarquable, médecin habile, il obtint une pension du pape et une chaire de mathématiques à Milan.
« Major videtur de Joanna Gallica, quae supra sexum fortis, supra œtatem prudens, supra corporis habitum robusta, docuit Gallos vincere Britannos, victoriis alacres repulit ac demum Galliam servitute liberavit. Digna res qute perpetuis monumentis conservaretur, seu miraculi vice, seu sine miraculo admiratione majore digna fuerit. liane tamen, cum incidisset in hoslium manus, spatium paucorum mensiunm, mentita prœgnatione, constat impetrasse : inde cremata publico judicio. Ouae si divino numine adjuta fuit, cur capta? si non, quomodo tanta virgo peregit "? Denique, si magicis artibus supra vires humanas potuit, cur capta non evasit ? si absque..., cur damnala ? Quamobrem non omnino fabulosam Camillae historiam quis dicat. »
Au reste nous avons deux choses à remarquer en l'opinion de Cardan. La première qu'il escrit la Pucelle avoir feint d'estre grosse pour prolonger de quelques mois sa vie ; imposture inventée par les Anglois, rédigée en leur histoire par Polydore A'irgile qui escrivoit à leurs gages ; et est clairement confutée par les actes du procez qu'ils ont fait à cette fille, auquel il n'y apparoist rien, non pas mesme aucune ombre de soupçon de tout cela ni de chose qui en approche. Car en l'espace de sept jours, ils ont donné deux sentences contre la Pucelle, l'une par laquelle elle fut condamnée à se rétracter S l'autre par laquelle elle fut livrée au bras séculier et bruslée.
Or, l'autre point notable est que Cardan s'esbahit, si la Pucelle estoit envoyée de Dieu, pourquoy elle fut prise ? Si elle n'estoit pas envoyée de Dieu, comment se peut-il faire qu'estant vierge, elle aye exploitée tant de choses admirables '? Que si elle estoit magicienne, ainsi que les Anglois ont voulu persuader, comment a-t-elle pu faire choses surpassant les forces humaines, et pourquoy ne s'est-elle point pareillement sauvée de prison ? Et si elle n'estoit pas magicienne, pourquoy a-t-elle esté condamnée comme telle '? De vérité voilà des questions problématiques qui receoivent quelque difïî-
1. Inexactitude. La première sentence n'obligea point la Pucelle à se rétracter: elle se fonda seulement sur la prétendue rétractation qui lui avait été arrachée.
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culte entre ceux qui ne sont pas versez en la lecture des Escritures saintes, lesquelles nous apprennent que les prophètes, apostres et autres serviteurs de Dieu, envolez pour parfaire quelques grandes merveilles aux yeux du inonde, n'ont pu laisser pourtant d'estre grandement affligez, voire persécutez jusques à la mort, ainsi que nous avons montré au premier livre de cette histoire : Dieu permettant cela pour exercer et contenir en debvoir ses serviteurs, et montrer aux meschants qu'on doibt attendre une autre récompense que cette vie mortelle.
Nicolas Vigner.
Nicolas Vigner^ estoit médecin de profession, mais grand, célèbre et judicieux historien, ainsi que plusieurs livres qu'il a escrit le démonstrent, et principalement la Bibliothèque historiale divisée en trois tomes, au dernier desquels il descrit véritablement l'histoire de la Pucelle. Et quand à ce que les Anglois et autres ont faulsement publié d'elle, il confute leurs calomnies par puissantes raisons convenables à l'histoire en cette manière,
« Quand, dit-il cette fille auroit esté telle que les Anglois l'ont voulu despeindre à sa mort, sçavoir comme sorcière, usant d'impostures, etc., si est-ce que c'est chose prodigieuse et non ouye en aucun siècle précédent, qu'une jeune pucelle nourrie seulement à garder les brebis, soit devenue en un instant adroite à manier les armes et chevaux, et à faire office non seulement de sage capitaine, mais aussi de vaillant combattant. Mais quant à ceux qui ont estimé qu'il y a eu en son fait plus de ruse, d'imposture et de superstition que de miracle ou de vérité, mesmement qu'aucuns d'eux, comme le seigneur
1. Vignier (Nicolas), né à Troyes en 1530. mort à Paris en 1596, était médecin du roi et historiographe de France. 11 a laissé une Histoire ecclésiastique, une Bibliothèque historiale à laquelle il travailla vingt-cinq ans, un Sommaire de l'Histoire de France, trois volumes de Chronologie, etc.
Du Bellay, en son livre de Vart militaire, a osé dire que ce fut un vaillant capitaine ainsi attitré par le Conseil du Roy pour faire revenir le courage failli au P'rançois, d'autres que ce fut la garce du Bastard d'Orléans ou du sieur de Baudricour mareschal de France, qui l'avoient instruite deux ou trois mois devant la délivrance d'Orléans de tout ce qu'elle debvoit respondre aux demandes qui lui seroient faites, quand on l'amènerait devant le Roy; je suis, par trop d'argumens et de tesmoignages, contraint de reporter l'une et l'autre de ces opinions. Entre lesquels tesmoignages on en peut proposer trois assez suffisans pour convaincre le plus opiniastre du monde qui ne seroit totalement privé de jugement naturel, l'un pris de la mort d'icelle qui a pu faire cognoistre aux Anglois s'ils ont fait brusler un homme pour une fille : d'autant mesmement que c'étoit leur intention de faire perdre l'opinion que les François avoient que Dieu les vouloit miraculeusement délivrer Les deux autres tesmoignages sont pris du procez que les juges lui firent à Rouen, procez qui se voit encore entre les mains de plusieurs, et de l'épitre que le duc de Bethford fit publier, où il déclare les cas et crimes pour lesquels elle fut trouvée digne de la mort qu'on lui avoit fait endurer, selon qu'Enguerran de Monstrelet l'a insérée dans son histoire. Lesquels tesmoignages semblent la justifier assez évidemment de cette macule d'impudicité qu'on lui a imposée, ne déclarans point qu'elle aye esté trouvée atteinte ni taschée : au contraire, on sçait qu'elle fut diligemment visitée et trouvée vierge. Ce qui eust autant servi à leur cause et qu'ils eussent pu aussi facilement extorquer de sa bouche, que d'autres crimes beaucoup plus griefs qu'ils lui firent, à leur dire, confesser par la question et torture. Joint que l'apologue du chat transmué en fille, qui est
en Esope, nous déclare qu'il est imposible qu'une p eust
pu si longtemps jouer le personnage que Jeanne joua devant un Roy et aux yeux de toute sa cour, de tant d'armées, de tant de peuples sans se faire cognoistre, ni se montrer si adroite et courageuse aux assauts, alarmes, rencontres, escarmouches, et à tous exploits, exercices et pratiques de guerre, comme tous les historiens de ce temps qui ont eu occasion
de parler d'elle, tant amis qu'ennemis ou estrangers, ont unanimement confessé qu'elle fit, sans que la blessure qu'elle receut à l'alarme qu'elle donna à la ville de Paris ; et sa prise par les Bourguignons à Compiègne déclare clairement que ce n'estoit ni phantosme, ni ruse, ni imposture que d'elle. Par quoy, comme je n'estime pas vice de crédulité ni de niaiserie de croire que miracles et merveilles extraordinaires se peuvent vrayment faire tant en vraye qu'en fausse religion : comme ainsi soit que Dieu par ses conseils incompréhensibles baille vertu souvente fois au-diable mesme de faire ses miracles avec efficace d'erreur, aussi je n'auroi point de honte de tenir pour histoire ce que tant de bons historiens ont escrit de cette pucelle Jeanne, jusques à ce que ceux qui en voudront faire un miracle aposté ou attitré, nous ayent rendu plus grande preuve de leur dire par argumens, raisons ettesmoignages qu'ils n'ont fait jusques icy. Tous les exploits que nous venons de réciter, avec le siège d'Orléans, sont amplement descrits en un traité qui en fut lors fait, qui s'est trouvé en la maison de ville d'Orléans, par homme qui estoit audit siège et raconte par le menu tout ce qui s'y fit. »
La raison de Vigner est puissante en matière d'histoire laquelle doibt rendre fidèle tesmoignage des temps. Et comme ainsi ce seroit un argument d'un esprit mal fait lequel après tant d'historiens qui nous ont descrit l'histoire de Pompée et de César, pour exemple, voudroit néantmoins la contredire et l'accuser de faulseté; semblablement, c'est une grande témérité et impertinence de contredire et oppugner la vérité des faits de nostre Pucelle après tant de tesmoins et historiens irréprochables, et de feindre des fables et contes faits à plaisir d'elle sans aucun fondement, apparence de raison ni tesmoignage quelconque. Et à propos de ces gens qui font des contes à plaisir de nostre Pucelle, M. Estienne Pasquier en a composé un bel épigramme qui se voit au sixiesme livre de ses épigrammes que nous enchâsserons en son livre.
Jana vocor, Gallo numen, Medaea Britannis, His meretrix, aliis fabula cauta Numae;
ÉLOGES TIRÉS DE DIVERS AUTEURS 3o3
Viva ego quae laceri stabilivi mœnia i-egni Hei, mihi ! pro meritis mortua nunc laceror.
Le mesme Vïgner a pareillement fait mention de la^Pucelle au Chroniconldiim renim Burgundionum et en son Histoire des Roy s de France.