‹ La premiére histoire en date de Jeanne d'ArcChapitre 65 sur 104 · DU PROGKS DR 1431, DU TRIBUNAL ET DES PRINCIPAUX ASSESSEURS · texte numérisé non relu

DU PROGKS DR 1431, DU TRIBUNAL ET DES PRINCIPAUX ASSESSEURS

Dans le procès de la Pucelle à Rouen (1431), il faut avoir soin de distinguer les juges et les membres du tribunal des assesseurs, principalement de ceux dont les juges firent leur conseil privé.

Ce procès étant un procès de l'Ordinaire en cause de foi, les deux juges lurent l'évêque de Beauvais, qui se disait V « Ordinaii-e de Jeanne, » raccusée ayant été prise dans les limites du diocèse de Beauvais, — et le représentant du grand inquisiteur de France,. Jean Lemaître, vice-inquisiteur du diocèse de lîouen.

Aux deux juges furent adjoints un promoteur, ayant charge de soutenir l'accusation au nom du tribunal, véritable ministère public ; — un examinateur des témoins ; — un exécuteur des commandements des juges ou huissier, — et trois notaires greffiers.

Les prêtres et religieux convoqués à titre d'assesseurs furent très nombreux. Mais les docteurs envoyés par l'Université de Paris et trois ou quatre autres composèrent seuls le Conseil privé desjuges, pour ne pas dire de Tévéque de Beauvais, qui en somme menait le procès. Ayant donné la biographie de ce personnage, nous nous occuperons des autres membres du tribunal.

De Jean Le Maître, vice-inquisiteur de Rouen et juge au procès.

Jean Le Maître qui siégea en qualité de juge avec lévêque de Beauvais au procès de la Pucelle, était vice-inquisiteur au diocèse de Rouen depuis l'année 1424-. Le grand inquisiteur de Paris, Jean Gravèrent, le chargea de le représenter et de siéger à sa place, au cours des débats {Procès, t. 1., p. 3")). On sait avec quelle répugnance il s'acquitta de ce mandat.

Après le supplice de Jeanne, il demeura à Rouen à titre de prieur

et de vice- inquisiteur. On le voit exercer ces deux fonctions, l'une en 1436, l'autre en 1441. En même temps, l'archevêque de Kouen et le Chapitre de la cathédrale le chargent de prêcher divers sermons ou l'y autorisent, preuve de l'estime dont il ne cessa de jouir comme orateur suivi et comme religieux. La dernière prédication que l'on connaisse de lui eut lieu le 25 janvier 1453.

Ici se pose la question : était-il encore vivant, lorsque, en mai de cette année 14'J2, le cardinal d'Estouteville fit procéder aux deux enquêtes de Rouen sur le cas de la Pucelle. Ch. de Beaurepaire pense qu'il était encore de ce monde, sans toutefois en donner la preuve. X son avis, en ne le citant pas, on voulut le ménager, ainsi qu'on avait fait pour l'archevêque Roussel, l'ancien trésorier du Chapitre en 1431 .

Les pères dominicains Relon et Balme {Jean Bréhal et la réhabilitation de Jeanne d'Arc, p. 67), ne se prononcent pas sur l'année 1452. Mais pour l'année de la réhabilitation (1455), ils sont d'avis que l'ancien juge de la Pucelle n'était plus de ce monde. Ils invoquent à cet effet les termes dans lesquels le rescrit apostolique de Calixte III s'exprime au sujet de Jean Le Maître. En rappelant l'objet de la supplique des parents de la Pucelle, Calixte III parle de « feu Jean Le Maître — nccnon quondam Joannis Magiatri. » En spécifiant les actes qui lui sont reprochés, le rescrit apostolique fait observer que Le Maître était alors plein de vie — ctiam tune in humanis agenti. {Procè<, t. II, p. 90.)

Jean Bréhal avait eu sous les veux le texte de la supplique de la famille d'Arc. D'autre part, il ne devait pas ignorer la mort de son subordonné. S'il a laissé insérer ces deux expressions opposées — quondam — etiam tuncin humanis agenti, — dans la supplique, c'est que le fait de la mort de Jean Le Maître n'était pas douteux.

Dtt promoteur Jean d Estivet

(Surnommé Bcnedicite [Procès, III, 190 .

Jean dEstivet, chanoine de Beauvais et de Baveux, était un des intimes de lévêque P. Cauchon. Comme il avait été procureur du diocèse de Beauvais, P. Cauchon fit de lui le promoteur du procès de Jeanne D'Estivet apporta dans l'exercice de ses fonctions une passion qui ne recula pas devant les procédés les plus injurieux. [Procès, III, 49, 52, 162). A l'exemple de Loiseleur, il n'hésita pas

à se déguiser pour pénétrer dans la prison de la l'ucelle et abuser de sa ronfiance. «■ C'était un mauvais homme, acharné après les notaires de la cause et tous ceux qui avaient souci de la justice. » {Ibid., t62). Au témoignage de G, Manchon, il remit à ce dernier des honoraires intérieurs à ceux qui étaient convenus. Dl'^stivet rédigea mais ne lut pas en séance le réquisitoire. Ce n"est un chefd'œuvre ni de littérature, ni de vérité.

Après le drame de Saint-Oiien, Jeanne s'attendait à être conduite dans les prisons de l'Église : le promoteur donna l'ordre de la ramener au château.

Si le notaire Bois (iuillaume a dit vrai, la fin de ce personnage fut digne du rôle qu'il avait joué : « on le trouva mort dans un égoiit hors des portfs de Kouen » {ibid., 162). U'apres Ch. de Beaurepaire, au contraire, dans les années qui suivirent 1431. D'Kslivet aurait résidé à Bajeux et ne serait mort que postérieurement à l'année 1437. Sa responsabilité n'en serait pas attfnuén pour cela, et il ne sera ja(nais proposé aux juges, soit laïques soit ecclésiastiques, comme un modèle à imiter. (Ch. de Beaurepaire, Recherches sur le procès de eondamnaiion de Jeanne d'Arc, p. 122. In-S-", Rouen, 1869).

De l'examinateur des témoins, de 1 huissier et des notaires.

.lean de la Fontaine, maître es arts, licencié en droit canon, fut nommé « commissaire de l'évêque-juge, conseiller et examinateur des témoins à produire dans la cause de la part du promoteur, » avec charge de rédiger ou de faire rédiger par écrit leurs dépositions, etc. {Proi-ès. l. 26). Il s'intéressa à la Pucelle et chercha à l'éclairer. Blâmé véhémentement par lévêque de Beauvais et redoutant sa vengeance, il disparut le 27 mars et on ne sut ce qu'il était devenu.

Jean Massieu, d ijen de chrétienté ou doyen rural, l'ut nommé parl'évéque de B.;auvais « exécuteur des mandats des juges et des convocations qu il leiu" conviendrait d'ordonner ». Kn vertu de ses fonctions, c'est lui qui amenait Jeanne devant le tribunal et la ramenait en sa prison. H était avec elle sur la charrette qui la porta au cimetière de Saint Ouen et au Vieux-Marché. Du reste, il ne cessa de la traiter avec beaucoup d'égards : ce qui lui valut des observations assez aigres de l'évêque de Beauvais. Il a déposé aux enquêtes de 1450, 1452 et 1450.

Les notaires-greffiers furent au nombre de trois : deux clioisis par lévêque de Beauvais, le troisième par le vice-inquisiteur Jean Lemaîlre.

Guillaume Manchon, notaire d"Eglise, accepta malgré lui les fonctions de notaire-greffier au procès (Procès, II, 340). Il était chargé principalement des écritures. Il protesta contre les faux greffiers apostés aux audiences. Ses dépositions au procès de revision mettent en lumière et l'honnêteté de sa conduite et bien des incidents du procès. Il était en 1455 curé de Saint-Nicolas-le-Painteur de Rouen. Quand il instrumenta au procès de 1431, il avait environ trente ans.

Guillaume Colles, dit Hois-Guillaume, fut successivement curé de Notre-Dame-la- Konde de Kouen, et de Lacouture de Bernay au diocèse de Lisieux. Il était notaire de l'officialité de Houen, quand il fut adjoint à Manchon. C'est celui-ci qui le désigna. 11 parut dans la prison de Jeanne pour constater la reprise de l'habit d'homme. Lui et Manchon paraphèrent les grosses du procès.

A ces deux notaires, le 13 mars, on adjoignit, sur la demande du vice-in'|uisiteur, à titre de notaire lui aussi, Nicolas Taquel, prêtre de Rouen. Il n'écrivait pas. mais écoutait. Il déposa aux enquêtes de 1452 et 1456. Il était curé de Bacqueville-le-Martel.

Lorsque le procès fut traduit en latin, les trois notaires assistèrent Thomas de Courcelles en cette besogne délicate. [Procès, il, 156.)

Des assesseurs appelés au procès, et particulièrement des six docteurs de Paris.

Pour donner aux débats et à la sentence contre la Pucelle la plus grande solennité possible, l'évêque de Beauvais eut soin d'inviter un nombre considérable de consulteurs ou assesseurs. Ordinairement, dans un procès en matière de foi, trois ou quatre chanoines désignés par les chapitres, et trois ou quatre avocats ecclésiastiques suivaient avec l'évêque et 1 inquisiteur le cours des débats. Pour le procès de Jeanne, on a noté la présence de plus de cent ecclésiastiques: docteiu-s, licenciés, bacheliers ou avocats en cours d'Église. Si l'on prend les noms dans l'ordre où ils sont cités au procès, on trouve « cent treize personnages, dont quatre-vingt au moins et quatre-vingt-six au plus étaient ou avaient été suppôts

de rUniversilé de l^aris ». Il est vrai que trente et un ne parurent qu'une fois ; mais cinquante-six donnèrent leur avis dans le procès pour cause de chute, et quarante-deux dans le procès pour cause de rechute. Soixante-et-onze ecclésiastiques en tout, soixante-quatorze en ■comptant les juges et le promoteur, intervinrent dans les sentences de l'un et de l'autre procès.

Les assesseurs qui remplirent au procès le rôle le plus considérable furent les docteurs que lévèque de Beauvais pria l'Université de Paris de lui envoyer. D'après Jean Massicu, on les appelait ses six clercs. Ils avaient nom Jean Beaupère, Nicolas Midj, Gérard Feuillet, Jacques de Touraine, Pierre Maurice et Thomas de Courcelles. Pierre Cauchon fit d'eux ses conseillers intimes. C'est avec eux qu'il arrêta secrètement les mesures les plus importantes, celle des douze articles par exemple et de l'abjuration à imposer à la Pucelle. Les docteurs de l*aris firent le voyage de Uouen sous la protection et en la compagnie des Anglais qui en firent les frais et dont l'un était Jean de Bincl, le secrétaire même du roi d'Angleterre. Un mot sur chacun de ces docteurs.

i'-' Jean Beaupère.

Jean Beaupère [Palchri-Patris), chanoine de Rouen J430) et de Besançon (1431), fut chargé par l'évêquc de Beauvais de diriger les six interrogatoires publics du procès d'office : mais il n'assista pas au prononcé du jugement sur la place du Vieux-Marché. Il était originaire de Nevcrs et docteur en théologie. Uecteur de l'Université de Paris en 1412 et 1413, il exerça les fonctions de chancelier en l'absence de Gerson. Député au concile de Bàle comme représentant de la nation de Normandie (1431) par l'Université de Paris, les pères du Uoncile le chargèrent d'aller soumettre au pape Eugène IV' et aux Cardinaux la supplique qu'ils lui adressaient.

En 143''), il retourna à Bâio pour y représenter le chapitre de Besançon et le Concile l'envoya à titre d'Ambassadeur auprès du roi d'Angleterre. Le 23 avril 1437, il prenait part, en qualité de chanoine à l'élection d'un nouvel archevêque de Besançon. En 1444, on l'accusa d'avoir adhéré à la déposition du pape : il protesta de son orthodoxie et soutint qu'il se trouvait alors, non à Bàle, mais à Besançon. En 14^0, il eut encore à défendre son canonicat de Uouen et à faire la preuve de ses sentiments de bon français. Mandé par maître Guillaume Bouille à l'enquête que venait d'ordonner Charles Vil, il fit la déposition qu'on lit au tome II de l'ouvrage de J. Ouicheral. Après avoir vécu comblé de bénéfices, grâce à une

dispense du pape Martin V, il mourut probablement à Besançon en 1462 ou 1463 à un âge fort avancé, puisque à l'enquête de 1450 il est désigné comme « ayant soixante-dix ans ou environ » {Procès, l. II. p. 20).

2° Nicolas Midij .

Nicolas Midy (ou Midi), docteur en théologie, était en 1418 recteur de l'Université de Paris. A Rouen il se montra un des assesseurs les plus hostiles à la Pucelle. C'est lui qui rédigea les fameux douze articles. Avec maître Beaupère, Jacques de Touraine et (iérard Feuillet, il les porta en avril à l'Université de Paris pour les faire qualifier. Ce zèle à poursuivre et à perdre l'ennemie des Anglais lui valut d'être choisi pour prononcer le sermon du jour du supplice, et d'être nommé par le roi d'Angleterre chanoine de Rouen : il fut installé le 19 mai, onze jours avint le drame du Vieux- Marché.

Du reste il ne demeura pas à Rouen. On le trouve en 1432 à Bàle, à Amiens en 1436, à Paris en 1437. Soupçonné de s'être rallié au parti français en 1437, le roi d'Angleterre donna son canonicat au propre neveu de Pierre Cauchon, Jean Bidault, maître es arts.

L'auteur de l Histoire de i Université de Paris, Du Boulai, représente Midy comme chargé par les facultés assemblées de haranguer Charles Vil à, son entrée dans Paris recouvré.

Le père Denifle conteste le fait. « L'examen de tous les documents, dit-il, ne permet pas de l'admettre. » [Mémoires de la société de l'Histoire de Paris, t. .VXIV, p. 18-19.)

Le notaire du procès, Guillaume Colles, termine sa déposition à l'enquête de 1456 en disant que c peu de jours après la mort de Jeanne, Nicolas Midy fut frappé de la lèpre. » {Procès, III, 165.) Il ne dit pas qu'il en mourut aussitôt, mais seulement qu'il en fut frappé, lepra percussus est. La lèpre était une maladie assez commune à Rouen au XV siècle. Le prédicateur du Vieux-Marché a pu traîner son mal jusqu'en 1438, année où il est signalé encore comme absent au chapitre de Rouen, et mourir après.

3" Jacques de Touraine.

On sait peu de chose de Jacques de Touraine, dit aussi Jacques Tenier. Il était frère mineur. En 1426, il prêche à Notre-Dame un « moult pileux sermon ». Au témoignage de Guillaume Manchon, maître Beaupère, Midy et Jacques de Touraine étaient les plus passionnés contre la Pucelle. [Procès, t. 111, p. 140.)

4" Tho7nas de Courcelles

Thomas de Courcelles élail né à Amiens en 1400. L'un des prolesseurs les plus renommés de l'Université de Paris, à trente ans il était chanoine d'Amiens et de Thérouanne. C'est sans doute en partie le désir de soutenir la réputation de savoir et d'austérité dont il jouissait qui inspira sa conduite au procès de la Pucelle. 11 était recteur de l'Université de Paris lorsqu'elle insistait auprès de Jean de Luxembourg, afin qu'il livrât sa captive aux Anglais. A Rouen, il prit part à dix-neuf séances, du procès, il donna son avis dans toutes les délibérations, il travailla au réqui.sitoire et en fit la lecture publique. Il fut un des trois assesseurs qui opinèrent pour que Jeanne fût mise à la torture. L'inl'ormatinn posthume le range au nombre des docteurs qui déposèrent contre elle après le supplice. Enfin, il mit le procès en forme, le traduisit en latin, et à la faveur de cette traduction altéra le texte du dernier interrogatoire. Nous en avons donné la preuve dans la troisième série de nos Etudes critiques (Paris. 19o8).

Courcelles fut envoyé en 1434 au concile de Bâle par l'Uni vex"sité de Paris et, en juillet 1439. il se joignit à ceux qui déclarèrent le pape relaps. Honoré de l'auiitié do Charles VU, il prononça son oraison lunèbre. Lui-même mourut peu après, en 1*69, dijen <iu chaftitre de Paris. On voudrait croire qu'il regretta la part qu'il prit au procès et à la condamnation de la Pucelle Malheureusement, le texte de sa déposition par devant h's délégués du Saint- Siège laisse le lecteur sous limpressiou opposée.

5" Gérard Feuillet.

Gérard Feuillet était frère miniMir. 11 lut reçu maître en théologie le 30 mars 1430.

6° Pierre Maurice.

Pierre IVlaurice, ou Morice, s'était rallié de bonne heure au parti anglais. Il avait été «-n 1428 reiteur de l'Université de Paris Le 5 juin 1430. les chanoines de Rouen le chargèrent de porter la parole en leur nom devant Henri VI, lors de son entrée solenn.die en la cathédrale de Rouen. Pierre Maurice mourut à Rouen en septembre l'f3ti. chanoine de Rouen et de Lisieux. Ce docteur paraît s'être intéressé à la Pucelle. du moins vers la fin du procès. H lenlendit en confession et lui servit de conseil. Dans l'exhortalion qu'il lui adressa avant la conclusion de la cause, on sent percer

cet intérêt et on lui en sait gré. Et quand il apprit qu'elle avait reprit l'habit d'homme, il en lémoigna une vive peine. [Fiocùs, III 164.)

7'^ Du prédicalcuv du cimetière de Saint-Ouen .

Guillaume Erart (il signait ainsi, et non Erard), était originaire du diocèse de Langres, chanoine de cette église ainsi que de celles de Laon et de Beauvais et membre de l'Université de Paris. C'est lui qui fut chargé de prêcher la l'ucelle au cimetière de Saint-Uuen. Il était docteur en théologie avant \'*^0. Il n'alla point au concile de Hàle. Nommé chapelain du roi d'Angleterre et doyen du chapitre de Koucn en 1438, il mourut en Angleterre en 1439. 11 était chanoine de Uouen depuis 14 i2.

8° De Nicolas de Venderès.

Nicolas de Venderès, licencié en droit canon, né en 1372, était chanoine de H<>uen depuis 1419, archidiacre d'Eu (1422) et chapelain de l'évêque de Beauvais. En 1423. il fut sur le point d'être nommé à l'archevêché de Rouen. 11 mourut à Rouen, !«■' août 1438. Pendant le procès de la Pucelle, il se montra préoccupé de plaire à l'évéque de Beauvais. C'est lui, au rapport de Th. de Courcelles, qui aurait rédigé le texte de l'abjuration qu'on lit au procès. [Procès, t. III, fil.) Courcelles aurait vu la pièce entre ses mains, pendant qu'on pressait .leanne de se soumettre. Cependant, Venderès fut d'avis que la prisonnière ne fût pas mise à la torture. [Ibid., 1. 4o3.)

9" De Nicolas Loiselcur.

Loiseleur (Nicolas-Aacujyis), maître ès-arts et bachelier en théologie, était né à Chartres en 1390. Chanoine de celte église, il le devint de l'église de Houen en 1421. Jus(]u fn 1430 il fut fort occupé des affaires du chapitre et chargé de diverses missions. Au procès de 1431. avec 1 assentiment de l'évêque de Beau\ais, il se fit lespion de la Pue* lie, s'introduisant dans sa prison sous un déguisement et lui donnant des coubcils en vue de la perdre. (Voir les dépositions du greffier Manchon.) Un a dit qu'il avait été banni de Rouen à l'occasion du supplice de sa victime, mais on n'en a pas la preuve ; on a plutôt la preuve du contraire. De même, il ne mourut pas subitement à Bàle.

Ami de Ni<olas Midy dimt il partageait l'acharnement contre la prisonnière, il prit possession en son nom (21 avi-il 1431) du canonicat auquel l'avait nommé le roi d'Angleterre.

Dès 1432, Loiseleur avait été député au concile de Bàle, avec N. Widy et J. Beaupère; mais il ne s'y rendit que vers 1435. Là il se rangea du côté des théologiens qui soutenaient la supériorité du concile sur le pape et lui reconnaissaient le pouvoir de le déposer. Mécontent de cette attitude, le chapitre de Rouen le rappela, mais Loiseleur n'en fit rien. Devenu évèque de Lisieux, Pierre Cauchon demeura en relation avec Loiseleur qu'il visitait souvent à Rouen et chez qui il logeait. Pourtant ce n'est pas à Rouen, mais à Bâle, croit-on, que mourut après la réhabilitation l'aflidé de lévéque de lîeauvais. 11 était mort certainement à la date de 1465.

DU PROCÈS DE RÉHABILITATION, DES JUGES ET DES PERSONNAGES QUI Y PRIRENT PARt]

Les juges que Calixte III choisit pour diriger les débats de la réhabilitation et prononcer la sentence furent l'archevêque de Reims Jean Juvénal ' des Ursins, lévêque de Paris Guillaume Chartier, et l'évéque de Coutances, Richard de Longueil. A ces prélats fut adjoint Jean Bréhal, en sa qualité de grand inquisiteur de Fi-ance.

Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims.

L'archevêque de Reims était l'aîné des onze entants de Jean Jouvenel qui fut prévôt des marchands sous Charles VI. Il naquit en 1388 et mourut en 1473 (et non en 1471, comme l'a écrit J. Quicherat. Procès, t. il, p. 73). Docteur en décret et en droit civil, il fut nommé maître des requêtes de l'hôtel du Dauphin Charles et conseiller du roi en 1416. Forcé de quitter la capitale (1418), il rejoignit son père à Poitiers où le Parlement avait été transféré. Le Dauphin le maintint dans sa charge de maître des requêtes et, en août 1425, il le nomma son avocat général au parlement.

Jean Juvénal occupait ses loisirs à écrire l'histoire de Charles VI : ses nouvelles fonctions ne l'empêchèrent pas de la poursuivre et de l'achever. Etait-il à Poitiers lorsque la Pucelle y fut examinée, et prit-il part à cet examen à titre de docteur in utroque, c'est assez probable. Peu de temps après il entra dans les ordres et fut nom-

1. Juvénal et non Jouvenel : «Telle est l'orthograplie adoptée par rarchevcque rnème de Reims dans quelques actes publics auxquels il apposa sa signature. Son père signait Jehan Jouvenel, ses frères Juvénal des Ursins. » (P. P. Belon et Balme, Jean Bréhal. p. 18, note 2, in-S, Paris 1893).

418 APPENDICE m

mé chapelain du roi. Kugène IV étant monté sur le trône pontifi cal, Charles Vil mit Jean Juvénal à la tête de lambassade chargée d'aller, au nom de la France, féliciter de son exaltation le nouveau chef de l'Église. L'ambassadeur s'acquitta de sa mission comme il convenait, et il était de retour en août 1431.

Nommé sur ces entrefaites au siège de Beauvais à la place de Pierre Cauchon, il fut sacré à Rouen en mars 1432 et, en novembre suivant, il fit son entrée solennelle dans sa ville épiscopale [Gallia christiana, t. IX, colonnes 758, 759). Le nouvel évéque occupa son siège jusqu'en 1444. De Beauvais, il fut transféré à Laon, et en 1449 de Laon promu à l'archevêché de Reims dont son frère, nommé patriarche d'Antioche. résigna le titre entre ses mains. Six ans après, en 1455, le pape Calixte lli lui confiait, avec pleins pouvoirs, la mission de reviser le procès de la Pucelle et, s'il j avait lieu, d'en casser les sentences et de l'éhabiliter l'héroïne.

« Légat-né du Saint-Siège », — titre qu'il fut le premier archevêque de Reims à se donner, Jean Juvénal justifia la confiance qu'on avait mise en lui. Quelque mérite qu'on reconnaisse aux actes de sa vie politique, à ses harangues littéraires, à son administration épiscopale, ce n'est pas à ces actes divers, mais à la manière dont il a mené le procès de réhabilitation qu'il doit d'occuper une place exceptionnelle dans l'histoire de la France et dans celle de l'Église.

On pourra consulter sur ce sujet les ouvrages suivants : Jean Juvénal des Ursins, par l'abbé Péchenard, in-8°, Paris, Ernest Thorin 1876; — J. Ouicherat, Procès, t. II, pp. 72, 73; — des RR. PP. Belon et Balme, Jean Bréhal, pp. 18, 70, 71, etc. ; — Gallia christiana, t. Vil, IX, XI.

Guillaume Chartier, évèque de Paris.

Guillaume Chartier, que l'on suppose frère d'Alain, secrétaire de Charles VII, et du chroniqueur Jean, religieux de Saint-Denis, était de Bayeux. Il suivit, aux frais du Dauphin, les leçons delà Faculté de droit de Paris où il fut i*eçu docteur en droit civil et en décret, cest-â-dire en droit canon. Fidèle à Charles VII, il alla professer le droit canon en 1432 à Poitiers. Les bénéfices et les dignités ne lui firent pas défaut. En 14'*7. le chapitre l'élut à l'unanimité évéque de Paris. Il résista vigoureusement aux abus et aux turbulences du corps universitaire et fut un des médiateurs dans la querelle

Page 1