‹ La premiére histoire en date de Jeanne d'ArcChapitre 67 sur 104 · ALTÉRATIONS PRATIQUEES DANS LE TEXTE DU PROCÈS · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS PRATIQUEES DANS LE TEXTE DU PROCÈS

prolester et, par ses protestations, mettre au grand jour la scélératesse de son juge.

DU DERiMEU INTERROGATOIRE ET DES ALTERATIONS QUE LE TRA- DUCTEUR A PRATIQUÉES DANS LA MINUTE FRANÇAISE

C'est un fait avéré que l'original du procès de 1431 était en français et qu'il fut traduit en latin par Thomas de Courcelles assez longtemps après la mort de la Pucellc.

C'est un fait non moins certain que le manuscrit de DUrfé nous a conservé une partie delà minute française, et spécialement celle de l'interrogatoire du 28 mai.

C'est un fait dont nous allons donner la preuve que Thomas de Courcelles n'a point hésité à pratiquer cinq altérations graves dans la traduction latine, afin que le lecteur demeurât persuadé que la Pucelle avait abjuré canoniquement et renié ses révélations, le tout sous la foi du serment en présence du tribunal et du peuple.

Ces altérations avaient échappé aux historiens, aux critiques et aux paléographes. Nos recherches sur la question nous ayant amené à confronter phrase par phrase, ligne par ligne, le français de la minute originale et la traduction latine correspondante, nous nous trouvâmes en présence des altérations que nous soumettons au lecteur. Elles ne portent pas sans doute sur des pages entières ; il ne s'agit que de mots et de membres de phrase. Mais dans un tel sujet, il ne faut pas oublier que les mots ont une importance capitale. Ils expriment des réalités desquelles dépendent la vie ou la mort, l'honneur ou l'infamie d'une jeune fille, d'une Française. Ne sortons pas de ce point de vue, si nous tenons à raisonner sainement en cette matière.

Première altération de la minute française

C'est une altération par suppression d'un membre de phrase.

Minute française. — « Interrogée si elle avait abjuré, et mesmement de celui habit non reprendre, répond qu'elle aimait mieux mourir que d'estre aux fers. Mais que si on veut la laisser aller à la messe, et oster hors des fers, et mettre en prison gracieuse, et qu'elle eust une femme, elle sera bonne et fera ce que l'Eglise voudra. » [Procès, t. I, 4-55-458.)

Thomas de Courcelles a supprimé dans sa traduction les mots

soulignés : et qu'elle eust une femme. Pourquoi cette suppression ? Parce que les mots supprimés mentionnaient une chose qui lui avait été promise, aussi bien que les trois autres dont il est question. Telle était l'importance de cette promesse que. si les juges ne l'eussent pas violée, Jeanne n'eût pas été mise par ses geôliers dans la nécessité de reprendre l'habit d'homme, et le fait matériel du prétendu relaps n'eut pas été posé. Henri Martin ne s'est pas mépris en ce point. « 11 n'y a rien, dit-il, de plus terrible contre Courcelles. » [Histoire de France, t. VI, 291, note 3, Paris 1857.)

Deuxième altération de la minute française

Celle-ci consiste dans une interpolation de trois lignes ajoutées à la traduction latine .

La minute française est d'une ligne et demie.

« Interrogée si, depuis jeudi, elle na point eu ses Voix, respond que oui. »

Sur cette ligne et demie, Courcelles improvise une traduction de cinq lignes. ''

« Item, quia ab aliquibus, nos judices, audieramus, quod illusionibus suarum revelationum prœtensarum, quibus ante renunliaverat, adhuc inhxrebat, interrogavimus an, depost diem Jovis, ipsa audiverat voces sanctarum Katharinae et Margaretœ. Respondit quod sic. » [Op. et loc. ait).

Latin dont voici le sens : « Item, parce que nous juges avions oui dire à quelques personnes que ladite Jeanne persistait encore à rester attachée aux illusions de ses révélations prétendues, auxquelles elle avait récemment renoncé, nous lui avons demandé si, depuis jeudi elle avait entendu les voix des saintes Catherine et Marguerite. Elle a répondu que oui. »

Pas besoin d'être grand clerc pour saisir le but de celte interpolation de trois lignes. Elle donne comme acquis aux débats trois faits d'ailleurs absolument faux :

1° Que les révélations de la prisonnière n'étaient, même pour elle, que des illusions coupables ;

2*^' Qu'elle l'avait reconnu et qu'elle avait renoncé avec serment à le soutenir au jour de son abjuration ;

3'^ Qu'elle violait son serment en y revenant de nouveau, posant ainsi le cas du relaps ;

Qui pourrait méconnaître l'importance capitale de ce faux de

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