‹ La premiére histoire en date de Jeanne d'ArcChapitre 68 sur 104 · ALTÉRATIONS PRATIQUÉES DANS LE TEXTE DU PROCÈS · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS PRATIQUÉES DANS LE TEXTE DU PROCÈS

trois lignes ? l'évêque de Beauvais a trouvé la moyen d'y faire entrer sa thèse tout entière.

Troisième altération encore par interpolation

A la page 456 de Quicherat, Procès, t. 1, on lit dans la minute française : « liem, dit (Jeanne) que de peur du feu elle a dit ce qu'elle a dit. »

Réponse prudente, de laquelle on ne peut rien inférer contre la jeune fille.

Cette prudence n'est pas du goût de Courcelles : il préfère une réponse compromettante et la rend telle, moyennant l'altération que voici :

« De même, elle dit que tout ce quelle a dit et rétracté, le jour du jeudi, elle l'a fait uniquement et dit par peur du feu. — Item, dixit quod quœcumque dixit et revocavit, 4psa die jovis, hoc soUun fecit et dixit prx timoré ignis. »

Jeanne n'a point parlé de « rétractation ». Le docteur de Paris le lui fait dire le contraire ; et, pour qu'il n'y ait pas de méprise possible, il lui fait préciser le jour où la rétractation a eu lieu, « le jour du jeudi ».

Jeanne ne parle que de « ce qu'elle a dit », sans spécifier quoi que ce soit. Courcelles la fait parler « de ce qu'elle a dit et fait ». Ce quelle a fait, d'après ce qu'il veut qu'on entende, c'est l'abjuration, la rétractation du jeudi précédent exprimée dans le formulaire de cinquante lignes.

N'est-ce pas chose souverainement inique, chose indigne moralement, que de prêter à une accusée de faux aveux dont on usera comme s'ils étaient vrais "?

Quatrième interpolation de la minute française.

Même page 456 du procès, tout au bas, la minute française s'exprime ainsi : « Et quant à ce qui lui fut dit, que en l'eschaffault avoit dit que mensongneusement elle s'estoit vantée que c'estoient saintes Catherine et Marguerite : Respond qu'elle ne l'entendoit point ainsi faire ou dire. »

Voulant dire par là qu elle n'entendait ni mentir ni se vanter de ses révélations, mais en affirmer simplement la vérité. En outre,

le mot « abjuration » n'esl pas même prononcé, et il n'y a pas une ombre d'allusion au drame de Saint-Ouen.

Ce texte de la minute IVanraise, Thomas de (lourcelles dans sa traduction latine le déforme ainsi :

« Tune fuit ei dictuni quod ipsa dixeral in scafuldo seu ambone, coram nobis judicibus, et aliis, et coram populo, quando fecit abjurationem, quod mendose se jactaverat quod illaft voces erant sanctse Catliarina et Margarota. Kespondit quod ipsa non intelligebat sic facere vel dicere. »

Traduction de ce latin : « Alors on lui représenta qu'elle avait dit sur son échafaud ou ambon, devant nous les juges, et les autres, et devant le peuple, quand elle fit son abjuration, qu'elle s'était vantée mensongèrement que ses voix étaient saintes Catherine et Marguerite. »

Mots ajoutés à la minute française : « ...devant nous les juges, et les autres, et devant le peuple, quand elle fit son abjuration... »

La voilà donc toujours mentionnée faussement cette abjuration à laquelle l'évêque P. Cauchon el son confident Thomas de Courcelles ont absolument besoin que les assesseurs de la cause et le bon public croient. Grâce à ces interpolations, le lecteur non averti estimera que les choses se sont passées comme le rapporte la traduction latine, et que l'abjuration dont on y parle est une chose audessus detoute discussion. Il en a été ainsi quelque temps. Mais ici-bas toutes choses, même l'iniquité, même l'imposture ont une fin.

Cinquième altération de la minute française.

La gravité de cette cinquième altération est exceptionnelle. Le texte qu'elle concerne est tout à la fin de l'interrogatoire (p. 458).

Les questions posées à la prisonnière des Anglais lui fournissent l'occasion de revenir sur la fausse accusation des juges concernant le reniement de ses apparitions et révélations.

« Jeanne répète qu'elle n'a point entendu révoquer ses apparitions, et que ce fussent sainte Catherine et Marguerite.

« Elle ne fit jamais chose contre Dieu et contre la foi, quelque chose qu'on lui ait prescrit de révoquer. »

Mettant sa pensée dans un plus grand jour, elle ajoute « quelle dit en Vheure, c'est-à-dire au moment même de la rétractation qu'on lui arrachait, qu'elle n'entendait révoquer quoi que ce fût, sinon pourvu que cela plût à Dieu. » [Procès, I, 456.)

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