ALTERATIONS PRATIQUEES DANS LE TEXTE DU PROCÈS 44J
Déclaration du plus haut prix, car elle faisait de la rétractation de la jeune fille, quelle qu'elle fût, qu'elle en comprit quelque chose ou qu'elle n'en comprit rien, un acte purement conditionnel, exempt de toute culpabilité soit grave, soit légère, puisqu'il excluait tout ce qui pouvait être en opposition avec la volonté de Dieu. Une condition semblable, stipulée en présence du prédicateur Guillaume Krard, du prêtre Jean Massieu, huissier du procès, des trois notaires-greniers, et des assesseurs qui étaient proches de l'échaufaud dégageait Jeanne de toute responsabilité quant aux articles de la cédule qu'elle n'entendait pas. Sa prétendue rétractalion devenait l'acte du monde le plus inoffensif, et c'était se moquer des théologiens, des juristes et du public, que de venir après cela parler d'abjuration canonique et de relaps. D'autant plus que Jeanne n'avait rien avancé, ni pris aucun engagement sous la foi du serment. A Pierre Cauchon qui le lui reprochait, elle opposa une dénégation que les témoins de la revision et le texte du procès ne firent que confirmer.
Thomas de Courcelles ne se fit pas illusion sur cet ensemble de circonstances et sur la portée de ces mots : « Elle dit qu'elle dit en l'heure, etc., » et celle de la condition mise par la Pucelle à sa rétractation. Les mots gênants n'eurent pas Ihonneur d'être traduits. Il mit perfidement : « Item, dixit quod ipsa non intendebat aliquid revocare, nisi proviso quod hoc placeret Deo. Au fait sensible, attesté par des témoins oculaires, affirmé expressément par la jeune fille qui l'avait posé, il substitue une intention, phénomène purement psychologique, impossible à constater, et insuffisant par lui seul à dépouiller la rétractation de toute interprétation dangereuse et de toute culpabilité. C'est à un double faux que le docteur de Paris nhésite pas à recourir : à un faux par suppression, Jeanne ne pouvant plus bénéficier de sa protestation : « Et elle dit quelle dit en l'heure : » et à un faux par substitution, la traduction latine étant impuissante à remplacer le texte supprimé.
Que" fût-il advenu si la minute française de cet interrogatoire neùt pas été providentiellement retrouvée ? Il eût été malaisé aux historiens de répiandre sur ce point une lumière suffisante. En tout cas, il n'a pas tenu à l'évêque de Beauvais et à Thomas de Courcelles, que par leurs suppressions des textes et interpolations, ils n'aient rejeté la Libératrice du pays dans la foule des hérétiques opiniâtres, des aventuriers et des relaps.
pu PROCKS DE RECHUTE ET DE LA DERNIÈRE DÉLIBÉRATION
Le procès de rechute nécessaire à l'évéque de Beauvais pour livrer la Pucelle au bûcher est un procès qui pêche par la base, attendu que du côté de Jeanne il n'}' avait pas eu de chute : la chute n'existant pas, la rechute devenait impossible.
La chute ne s'était pas produite, car l'accusée ne s'était rendue coupable d'aucune hérésie, d'aucune pratique assimilée aux erreurs contre la foi, la preuve n'en avait pas été faite, et la cédule qu'elle avait souscrite le 24 mai était une cédule sans conséquence, n'ayant l'ien de commun avec une abjuration en matière de foi.
D'un autre côté, les faits qualifiés de rechute ne méritaient aucunement cette qualification. La reprise de Ihabit d'homme n'impliquait aucune erreur dans la foi. et Jeanne ne s'était pas engagée par serment à ne pas le reprendre. Elle n'avait pa» davantage renié ses révélations, ni juré de ne plus les soutenir. L'étude de la dernière délibération va confirmer ces observations et, de plus, elle va nous apprendre deux choses :
i° Que l'évéque de Beauvais refusa de faire lire à la Pucelle en présence des assesseurs le long formulaire du procès, de peur que sa fourberie et son iniquité ne fussent démasquées ;
"2° Qu'il est faux que « le lendemain du 28 mai, comme l'aflirment l'Histoire de France de M. Lavisse et bon nombre d'historiens, une assemblée de docteurs ait déclaré que Jeanne, hérétique relapse, devait être livrée au bras séculier. » {Op. cit., t. IV, p. 09 ; Paris, Hachette, 1902). Quarante-deux ecclésiastiques composaient cette assemblée, non compris les deux juges. De ces quarante-deux, plus de trente n'émirent qu'un vote conditionnel : la condition n'ayant pas été remplie, le vote demeura nul.
Mais voyons les choses de plus près.
Le mardi 29 mai, les juges de Jeanne assemblèrent dans la chapelle du palais archiépiscopal de Rouen dite « chapelle des Ordres »