TROISIÈME OBSERVATION
« La déposition de (1. Manchon en 1456 ne contient plus certaines choses ([u'il avait avouées en 1450. » Même explication que tout à l'heure.
On n'a rien supprimé, on a simplement évité les redites. Expli-
cation non moins raisonnable : Manchon n'a peut-être pas jugé utile de revenir en 1456 sur un point qu'il avait sulfisamment édairci dans une enquête dont le texte avait été conservé.
(jUATRliîME OBSEIIVATIOX
« Quant au formulaire d'après lequel eurent lieu les interrogatoires, tant à Orléans quà Paris et à Rouen, il manque au procès.
L'assertion de .1. Quicherat fut-elle exacte, en quoi le défaut de formulaire prouverait-il que 73 dépositions sur 144 ont subi des retranchements ?
Mais il n'est pas vrai que ce formulaire ait manqué. L'éditeur du procès de réhabilitation devait le savoir mieux que personne.
Vi'aisemblablement, il a revu les épreuves du tome II. Alors à la page 229, il a eu sous les jeux la décision des juges de la revision arrêtant que, aux enquêtes tle Paris, Orléans et Rouen, « les trente-trois premiers articles des cent un présentés par les avocats de la famille de Jeanne, serviraient de questionnaire ».
Ce qui résulte de cette brève mais décisive discussion, c'est que non seulement le chef de la nouvelle école n'apporte pas la preuve des retranchements qu'il prétend avoir été pratiqués dans 73 dépositions, mais il n'en produit pas un seul.
11 est plus facile d'affirmer que de prouver.
Une chose que J. Quicherat se refuse k comprendre, c'est qu'il n'y ait eu que cent quarante-quatre dépositions recueillies : il en voudrait cent quarante-cinq au moins.
Il garde rigueur en particulier aux juges de n'avoir pas convoqué le dominicain et inquisiteur, Pierre Turelure, qui avait pris part à l'examen de Poitiers.
Pourquoi Pierre Turelure plutôt qu'un autre ? Il ne nous le dit pas ; mais ce refus d'entendre frère Turelure, tout comme celui de n'avoir pas fait enquêter dans un plus grand nombre de localités, à « Compiègne, Senlis, Lagny » par exemple, constitue aux yeux de notre critique une raison suffisante pour frapper de suspicion les dépositions recueillies.
J. Quicherat oublie qu'il y a des bornes à tout. Cent quarantequatre dépositions, c'est un nombre très honnête. Cinq ou six de plus, même celle de frère Turelure, n'eussent pas modifié l'impression qui se dégageait de l'ensemble.
Pour remplir la mission dont ils étaient investis, il fallait aux juges la plus grande liberté d'action.
Jusqu'à preuve du contraire, on doit supposer qu'ils ont l'ait de leur mieux.
Les érudits, les historiens, les esprits qui ne se paient pas de mots laisseront au chef de la nouvelle école la responsabilité de ses accusations sans preuves contre les trois évêques français qui, au nom de la France et de l'Eglise, ont réhabilité la Bienheureuse servante de Dieu, Jeanne d'Arc.
La postérité retiendra le premier mot tombé de la plume de J. Quicherat sur leur compte : les juges de la réhabilitation resteront pour elle, sans atténuation et sans réserves, « la probité même ».
3° M. G. Monod, M. A. France et les enquêtes de la réhabilitation.
Les représentants actuels de l'école antitraditionnelie n'ont pas repris en sous-œuvre l'argumentation de l'auteur des Aperçus nouveaux : ils ont préféré engager la discussion sur d'autres points que celui des mutilations pratiquées dans les dépositions de 1456 ; à devoir fournir la preuve exigible, difficilement ils eussent réussi là où J. Quicherat avait échoué.