DERNIER MOT DE CETTE HISTOIRE : JEANNE ENVOYÉE DE DIEU
A la fin du premier livre de son Histoire de la Pucelle Edmond Uicher a jugé bon de dire au lecteur ce qu'il pensait de la jeune fille dont il venait dexposer la vie extraordinaire. Laissant la plume de l'historien, il s'est souvenu qu'il était docteur de Sorbonne et il sest appliqué à montrer, dans une dissertation purement théologique, qu'aucun argument ne s'opposait à ce qu'on reconnût à la Pucelle la dignité d' « Envoyée de Dieu », et à l'œuvre qu'elle avait accomplie, une portée dépassant celle des œuvres purement naturelles.
Laissant au docteur de Sorbonne tout le mérite de cette dissertation, il nous semble qu'il ne serait pas indifférent d'en examiner la conséquence à la simple clarté des paroles et des actes de Jeanne elle-même.
La déclaration que la jeune fille ne cessa de faire entendre depuis Vaucouleurs jusqu'à Rouen, c'est quelle était « venue de par Dieu pour être en aide au royaume et au roi. »
Cette déclaration la-t-elle justifiée ? Et l'histoire aujourd'hui ne s'empresse-t-elle pas de le reconnaître ?
En disant à Charles Vil, aux seigneurs de la cour et aux chefs de guerre qu'elle venait « de par Dieu » combattre les Anglais, les défaire et relever le royaume, la Pucelle n'a pas demandé qu'on la crût sur parole; raisonnable avant tout, elle a offert d'en faire la la preuve. Comme il s'agissait d'une mission divine, cette preuve devait être d'ordre divin également. Aussi a-t-elle consisté dans l'annonce d'un certain nombre de faits réputés alors impossibles, lesquels ne pouvaient être connus d elle que par révélation, et exécutés par elle qu'avec l'assistance de Dieu.
La preuve offerte dans ces conditions avait une double portée : une portée prophétique, puisqu'il s'agissait d'un avenir inconnu, insoupçonné de Charles Vil, de ses conseillers et de ses capitaines;
et une poi-lée véri fiable, puisque les faits compris dans cet avenir étaient spécifiés, à brève échéance et devaient, au cas où les vaticinationsde la Voyante ne seraient pas accomplies, la déconsidérer à jamais, car elle eût été convaincue, au regard de la France et de la chrétienté tout entière, de démence ou dimposture.
Tel n'est pas le jugement que Français et Anglais au quinzième siècle, que l'Eglise et l'Histoire au vingtième ont porté sur Jeanne d'Arc. La « Fille de Dieu » a fourni la preuve offerte Cette preuve a été examinée sous tous les aspects, et elle a paru pleinement satisfaisante. Pour s'en convaincre, il suffit de rappeler les prédictions énoncées par l'héroïne, et de noter la réponse que leur ont faite les événements.
Mais ces prédictions quelles sont-elles ?
Pour en juger, présentons-les d'ensemble dans l'ordre chronologique où elles se sont produites. Toutes sans doute n'ont pas la même importance : mais toutes concourent à metti'e en pleine évidence la « surhumanité » de l'histoire de Jeanne d'Arc et la vérité de sa mission de par Dieu.
Prédictions et faits extraordinaires divers.
A Domremy eL Vaucouleurs.
1" Durant quatre ans, ses « frères du paradis redisent à Jeanne qu'il lui faudra guerroyer pour recouvi*er le royaume de France » {Procès, H, 437, 438) ;
2'^ Au cours de l'année 1428, la jeune fille annonce à l'un de ses compagnons de jeunesse qu'elle fera sacrer le Dauphin à Reims ;
3'^ A un autre, elle dit qu'elle relèvra le sang royal, et elle y revient plusieurs fois ;
4° A Durant Laxart elle déclare qu'elle est «. la Pucelle des Marches de Lorraine qui doit sauver le i-oyaume qu'une femme a perdu » ,:
0" A Catherine Le Royer, elle fait la même déclaration;
6» Au même Laxart, elle assure qu'on a beau vouloir l'empêcher, elle ira jusqu'au Dauphin et le fera couronner (11, 444) ;
Faits que la Voyante certifie à Robert de Baudricourt :
~'^ Le Dauphin aura secours avant la mi-carême ;
8' Il régnera malgré ses ennemis les Anglais ;
9'^ Une bataille est perdue à Rouvray ;
DERNIER MOT DE CETTE HISTOIRE : JEANiNE ENVOYÉE DE DIEU 479
10° Il n'y a secours que de Jeanne d'Arc pour recouvrer le royaume de France * ;
1 i°-i2'' Aux deux gentilshommes qui l'accompagnent sur la route de Chinon, elle garantit deux choses :
Qu'ils échapperont à tous les périls, qu'ils arriveront sans encombre à Chinon ;
Que le jeune roi leur fera un accueil favorable (435, 454).
A Chinon.
13° Un soudard insulte Jeanne et blasphème au moment où elle franchit le seuil du château. La Pucelle lui apprend la mort qui dans une heure va le frapper ;
14° Avertie par ses Voix, elle reconnaît, au milieu des seigneurs de la cour, le Dauphin qu'elle n'avait jamais vu ;
15° Elle lui révèle un secret connu de lui seul et de Dieu ;
16° A la suite de cette révélation, elle lui certifie qu'il est fils légitime et héritier de Charles VI ;
17° Elle prédit que le siège d'Orléans sera levé ;
18° Qu'elle y sera blessée ;
19° Que la blessure cependant ne sera pas mortelle ;
20° Elle parle des révélations dont Charles Vil a été favorisé, avant qu'il la mît à l'œuvre ;
21° Elle affirme qu'il serait couronné et sacré à Reims;
22° Et que le sacre aurait lieu dans le courant de l'été prochain.
Devant la Commission de Poitiers.
La Pucelle prédit et assure :
23° Que le siège d'Orléans serait levé ;
24° Que les Anglais seraient battus ;
25° Que Charles VU serait sacré à Reims ;
26° Que la ville de Paris rentrerait en son obéissance ;
27° Que le duc d'Orléans reviendrait de sa captivité d'Angleterre ;
28° Renouvellement des prédictions ci-dessus au jeune roi et au duc d'Alençon.
29° Elle durera un an, guère plus.
30° Le corps de secours entrera dans Orléans sans que les Anglais puissent l'empêcher ;
1. Pour les références, trop nombreuses à donner, voir notre Étude critique, Les Visions et les Voix, l" partie, chap. vu. vers la fin
31" Avertie par ses Voix, Jeanne fait prendre h Fierbois l'épée qui y était ensevelie ;
32*' Confirmation, dans la Lettre aux Anglais, de la soumission future de Paris à son roi légitime ;
33^ Annonce de la recouvrance totale du rovaume ;
34" Kt de l'expulsion des Anglais hors de toute France.
A Orléans (l^'-S mai 142'J).
35" Jeanne, devant la ville, annonce le changement du vent ;
36^- Elle annonce aussi la crue du fleuve et sa parole se vérifie;
37'' Vision au château de Reuilly, près Chécy ;
38'' Jeanne garantit à son héraut qu'il reviendra sain et sauf de la bastille anglaise ;
39° Vision de saint Louis et de saint Charlemagne ;
40" La Pucelle et le docteur Jean de Mascon : elle combat ses doutes et l'assure qu'Orléans sera délivré ;
41° Affaire de Saint-Loup. La jeune guerrière est réveillée par ses Voix ;
42° Prédiction du jour précis de la levée du siège ;
43° Prédiction de la mort du capitaine anglais Glasdale ;
44° Prédiction, avec des précisions nouvelles, de la blessure que la jeune guerrière devait recevoir :
4o° Annonce du retour dans la ville par le pont;
46° Prédiction de la prise de la bastille des Tourelles ;
47° Vision dans un champ, après sa blessure :
48° Rentrée, le soir, dans Orléans parle pont.
D'Orléans à Compiègne.
49° Jeanne et la duchesse d'Alençon : elle lui ramènera son mari sain et sauf; 50° A Jargeau, elle sauve la vie au jeune duc ; 51"^ Assurance de la victoire de Patay ; 52° Assurance du succès de la campagne de Reims ; 53° Assurance de la soumission de Troyes ; 54° Assurance de la prise de Saint-Pierre-le-Moulier.
Jeanne à Rouen devant ses juges. — Prédictions et révélations.
55° Révélation au sujet de sa prise à Compiègne ; 56° Sa délivrance « par grande victoire » ;