SUPPLEMENT AU LIVUE PREMIER DE L HISTOIRE D E. RICHER
céder en cette manière, et si un tel procédé ne contrevient point aux règles de la religion et de l'Eglise catholique.
Partant on doibt tenir pour indubitable qu'une personne ne pèche pas contre la loy et religion catholique, disant avoir des révélations, moyennant qu'au reste de sa vie elle ne fasse ou commette aucune chose contraire ou discordante aux articles de la loy. Bien sont dadvis les pères et docteurs spirituels qui traitent de règles et manière de faire preuve des esprits, que l'on ne croie pas de léger, que l'on prenne garde si telles personnes sont naturellement saines de corps et d'esprit, bien timbrées, humbles, non extravagantes en leui's discours, ni prévenues de quelque faveur, haine ou autre interest particulier qui les puisse induire à faire ou dire telles choses ; et d'abondant, après avoir bien espluché sur toutes ces circonstances, veulent qu'on les blasme comme téméraires, présomptueuses et suspectes, de penser et d'oser persuader que pour elles en particulier Dieu veuille ou doive bastir une ioy et les exempter de la commune, générale, articulée aux saintes Escritures et décrets de l'Eglise catholique pour le salut de tous les hommes qui ont esté, sont et seront à jamais ; qu'on leur reproche hardiment que c'est un orgueil extrême de présumer cela de soy ; tout ainsi que si quelque particulier mainlenoit estre exempt de la loy commune du prince par quelque privilège spécial bien authentique et vérifié ; qui serait une marque d'une grande grâce et faveur spéciale au-dessus du commun, pour ce que le privilège est une loy privée et singuliéi-e, disent les jurisconsultes.
Or, tout ainsi que le Sauveur du monde assurait que ses œuvres rendoient tesmoignage de sa mission pour la gloire de Dieu son pèi'e, au cas semblable veut-il que l'on fasse preuve des chrestiens qui sont ses membres par leurs œuvres conformes à l'Evangile et à la doctrine de l'Eglise, veu que le bon arbre ne produit que bon fruit ; tel qu'est celui qui part de l'esprit de Dieu, sçavoir charité, joye, patience, bénignité, bonté, longaminité mansuétude et foy (GalatesS, et chapitre troisiesmede l'Epître de Saint-Jacques). La sapience céleste est pudique et chaste, apporte la paix, est modeste, bien aisée à persuader, s'accorde avec le bien, est remplie, voire comblée de douceui* et miséricorde, produit quantité de bons fruits, n'use jamais de dissimulations et desguisements. Les fruits de la justice ont toujours la paix pour fin, et la donnent à ceux qui l'ayment et recherchent. Au contraire, la sapience terrestre et diabolique, qui n'a pas pour autheur lepère des lumièi'es, est toujours rempli de mauvais zèle, de divisions et contentions, de mensonges et grandes impostures contre la vérité, et de toutes mauvaises œuvres.