LA SITUATION POLITIQUE A LA FIN DE
Eu 17'.)l, (iiiaiiil la coiiriaucc ilu roi, ou, poui' mieux (lire, la voloutô plus ou moins contrainte du roi, l'eut appelé aux affaires, on vit le nouveau ministre apporter dans ses fonctions l'entrain et la vivacité d'un jeune homme. Malheureusement la bonne volonté demeurait, ici, insuffisante. Il eût fallu des forces surhumaines, une expérience consommée pour diriger alors le Ministère de la Guerre, c'est-à-dire une machine compliquée, que l'Assemblée actuelle désorganisait chaque jour davantage par des mesures prématurées et inopportunes.
Quoi qu'il en soit, Narbonne, à peine installé à l'hùtel de la rue Saint-Dominique, imprima à tous les services une activité que l'on v avait rarement connue avant hii'. Le 14 décembre, il annonçait à l'Assemblée que les unités, réparties sur les frontières et groupées encore en divisions territoriales suivant la formation de 1788, allaient être organisées en armées. Lui-même quitta Paris le 20 décembre, inspecta les troupes et se rendit compte de visu de nos moyens offensifs et défensifs.
En réalité, si nous étions suffisamment pourvus pour nous défendre, nous ne l'étions point pour prendre l'offensive. Mais Xarbonne, dans le voyage de deux semaines pendant lesquelles il visita la frontière, n'eut la possibilité de discerner que la surface des choses. Il vit des arsenaux; remplis et des magasins bondés ; (-e qu'il ne (Hstingua point, ce fut la désorganisation qui désagrégeait chaque jour les troupes, leur enlevait d'instant en instant quelque chose de leurs qualités morales et tactiques. Il rentra
\. 'i 11 f:iut l'cnilip justice ;'i l'acliviU' ilo M. île NnibDune. Il est arrivé à Metz ajii-és avdir pas-té six uiiils sans se coucher... C'est plusieurs ministres à la fois ([u'un lionimc capable de pensera tout, d'agir sans cesse et d'être sans cesse parlant avec i-loquence ou agissant avec dextérité. " Moniteur du :i janvier 17!l'2, u° x!. Lettre de Metz.
10 LA l'KKMIKHK INVASION DK LA BELiilQUE
donc à Paris, au rommencement de raniiéo 1791, et annonça aux députés que « rien n'était plus consolant que ce qu'il venait de voir, que notre puissance militaire était formidable, que nous étions en état de lutter avec l'Europe, dans les conditions les plus favorables ».
« Les fortifications des places, dit-il dans la séance du 11 janvier, présentent généralement des dispositions satisfaisantes... 20.U0U hommes, à Lille, seraient (Micore forts contre 120. UOO attaquants. Le camp retranché sous Mauheuge, proj)Osé par M. de Rochanibeau et exécuté par les officiers du génie, est bon... Les projets sur Méziëres sont excellents... Dans toutes ces places, l'artillerie est dans l'état le plus respectable... Les fonderies et les arsenaux sont en pleine activité... Je dois aussi les plus grands éloges à l'activité que le corps d'artillerie a mise dans ses essais pour perfectionner le système d'une artillerie volante' déjà adoptée par les Prussiens et les Autrichiens... Depuis Dunkerque jusqu'à Besançon, l'armée présente une masse de 240 bataillons et 160 escadrons, avec l'artillerie nécessaire pour 2(X).000 hommes. Les magasins, tant en vivres qu'en fourrages, assurent la subsistance de 230.000 hommes et 20.000 chevaux pendant six mois. On travaille avec la plus grande activité à les augmenter encore. Indépendamment des effets de campement qui se trouvent dans les places-frontière, il en sera incessannnent rendu dans les magasins de seconde ligne, pour 100.000 hommes.
« 6.000 chevaux sont déjii rassemblés pdur le sci'vice de l'ail illeric^ cl des vivres; on tra\ aille au
1. G'f'l.nit rartillei'ie à clieval. qui élail aion* inconnue en Franco ol donl «Iciix ciini|ia;;ni*-!« f;irpnl créées pour la preiniéi'C fois, dans le cnurant do l'année, sur la demande de Lafavelle.
LA SITIATIoN l'ol.lTK,!!"!-: A I,A FIN DK ll'.U II
rassembloment de 6.000 autres, .l'ai jn-is dos mesures pour coiinjléter le nombre lUTOssairo aux différents services de rarniée.
« Le service des hôpitaux ambulants est également assuré pour 150.000 hommes.
(( Eutîn, tous les approvisionnements ont été prévus et les mesures ont été prises pour Tactivité ([u'exig-erait une campagne'. »
Nous verrons plus loin, au moment où nous aurons sous les yeux la correspondance des généraux rendant compte sur place de la véritable situation des armées, — nous verrons combien la peinture faite par Narbonne dans la séance du 11 janvier était flattée. Il est très probable cependant que le ministre était de bonne foi. Et d'ailleurs, s'il avait reconnu la vérité, s'il l'avait réellement discernée, comment eût-il pu la dire à l'Assendjlée, comment eût-il pu proclamer, à la face du pays, que deux ans de réformes, de changements, d'améliorations ou soi-disant telles, n'avaient abouti qu'à faire de l'armée organisée naguère })ar le Conseil supérieur de la Guerre, c'est-à-dire d'une force militaire homogène, instruite, rompue aux mancieuvres, la masse sans cohésion, sans discipline qui s'égrenait en mince cordon de Dunkerque à Bâle. Renseignés d'une façon aussi véridique, aussi exacte sur nos moyens d'action militaire, les représentants du peuple l'étaient d'une façon identique sur le côté financier de la question, par des députés comme Canibon, qui assuraient, à la tribune, que la France « avait plus d'argent qu'il ne lui en fallait ».
Dès les premiers jours de 17i)"i, l'idée d'une lutte avec l'Europe, acceptée })ar la majorité i\r Ui nation
I. Séaiict' du II janvier 17'J.!. Discuurs de Nurboiiuo. passim.
12 l.A PREMIÈRE INVASION DE LA RELOIQUE
et parcelle de nos représentants — ahusés les uns et les autres sur la situation de notre pays — demeurait donc- une conjoncture que la première occasion allait réaliser. Ni le peuple ni la représentation nationale ne se doul aient de rimmense gravité, des suites redoutables qu'allait entraîner un tel i>arli.