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CHAPITRE II

LES AUMÉES ET LE COMMANDEMENT EN CHEF ROCHAMREAU. — LUCKNEH. — LAFAYETTE

Suivant rorganisatioii arrêtée par le ministre de la Guerre, à la date du 14 décembre 17i)l, les trou])es réparties sur notre frontière, de Dunkerque à Bâle, étaient groupées en trois armées, dites du Nord, du Centre et du Rhin, dont le commandement fut attribué respectivement au général Rocliambeau, au général Lafayettc, au général Luckner. D'après un ordre de bataille dont la nunute est conservée aux Archives historiques du Ministère de la Guerre et qui est classé à la date du 2 janvier ', chaque régiment d'infanterie devait organiser un bataillon de guerre d'un effectif de 812 hommes, et un second bataillon de dépôt destiné à tenir garnison dans les places. Les régiments de cavalerie à 3 escadrons avaient à en fournir 2 de campagne, chacun à 150 chevaux; les régiments de hussards et de chasseurs, qui avaient 4 escadrons, devaient en former 3 de campagne.

L'armée du Nord, placée sous le commandement de Rochambeau, était constituée sur cette base et comprenait 61 bataillons de ligne, 28 bataillons de volontaires, 59 escadrons, l bataillons d'artillerie (2 régiments). On laissait 'dans les places 20 dépôts de

I. Ari-hivcs hisliii'iiiues du lu guiîiie. Aiiiiùe du .Nuid, I7'.)2, :J janvier.

14 LA PREMIKRK INVASION DR LA HELOPIQUE

réiîiments composé^; en partie de recrues ou (riiommes peu en état de servir. Ces garnisons des villes fortes étaient décomptées comme il suit :

Hommes Hommes

l)i'-ii"ls (les réeinionfs ac-

28 bataillons de garde na- i " '~

tionale à rt40 hommes.. . ir>.120 '

18 escadrons de dépôt 2 . 242

Total 25.502

Il restait donc comme troupes disponibles pour entrer en campagne :

Hommes Hommes

25 bataillons à 812 h 20.H00 \

6 balaillous suisses 2.957 f

1 bataillon de chasseurs à \ ~

pied 441

41 escadrons à 150 h 0.150

Total 29.»48

Pour une raison que nous ignorons', on apporta certaines nioditications à cette première organisation. C'est ainsi qu'on enleva à Rochand)eau le régiment de Touraine pour le faire passer à l'armée de Lafayette. Comme compensation, on donna à l'armée du Nord 8 bataillons de volontaires nationaux, d'un effectif total de 4.320 hommes ; on lui assigna également 2 bataillons destinés à remplacer, k Mézières, le régi-

1. Tii's cerlainemenl des raisons de personnes. Il l'Iail alors d'un usage courant qu'un {léuéral d('si},'nàl les n'^imenls (lu'il désirait avoir sous «es ordres, et il voulait toujours avoir sous son commandement ceux dont il Connaissait iiarticuliérement les colonels. Au début de la Uévolulion, les nuanees politiques des différents {jénéraux en chef renilirent ces groupements plus fréquents ; on en verra la preuve dans le cours du présent travail.

LKS ARMKES ET I,K (OMiMANDEMKNT EX CHEF 1";

ment de Touraino ; (Mifiii, on lui attribua le 5" régiment (le chasseurs à cheval, alors en p^arnison à Amiens, Abbeville et Compiègne, et l'on fit permuter le régiment de Picanhe, caserne à Rocroj, avec Bourgogne, qui se trouvait à Reims. Ces mutations effectuées, l'armée active du Nord coin])rit :

lloiumcs Udiiiiiu's

lufanlcric. — 24 bataillons de

cainiiaiinc à 812 li 19.448 \

T) bataillons suisses 2.9^i7 /

I bataillon de chasseurs à > •27.166

pied 44 1 l

8 bataillons de volontaires. 4.320 ' Cavalerie. — 44 escadrons à

1 50 hommes 6 . 600

Total 33.766

Avec les 25.502 hommes de troupes de garnison, on arrivait à un ensemble de 59.268 hommes, plus les 4 bataillons dartillerie qui devaient être complétés.

Comme état-major, on attribuait, en principe, à Tannée du Nord, 7 lieutenants généraux, 16 maréchaux de camp, 4 adjudants généraux colonels d'étatmajor, 4 adjudants généraux lieutenants-colonels, 12 adjoints d'état-major, capitaines ou lieutenants, un certain nombre d'officiers du génie et d'artillerie, 1 commissaire général (intendant général), 2 commissaires ordonnateurs, 14 commissaires ordinaires, des officiers de gendarmerie (prévôté et maréchaussée) et des officiers de santé. Une compagnie do guides, comprenant 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 maréchal des h^gis, 2 brigadiers, 24 cavaliers, était attachée au service du grand quartier général.

Le projet auquel nous nous référons donnait ensuite la composition des armées de Lafayette et de

16 LA HUEMIKK1-: INVASION DE LA lîKLGKjUK

Luc'kiUT, que nous no transcrir<jns pas ici, parce qu'elles étaient — ou à peu de chose près — identiques à la première. La minute — que nous avons sous les yeux — porte, au bas de la dernière page, la mention : « Approuvé les dispositions cy-dessus et en ordonne l'exécution le jilus promptement possible. Signé : Nariîonne. Poar copie conforme : Pacot, premier secrétaire de la guerre. »

Le soldat auquel le roi Louis XVI confiait la plus importante de nos armées, celle dont on envisageait la tâche comme la plus ardue, le comte de Rochambeau', était né à Vendôme le 1" juillet 1725; il avait, par conséquent, soixante-six ans. Dune vieille famille de la province d'Anjou, il avait d'abord été destiné par son père — à cette époque gouverneur de Vendôme — à l'état ecclésiastique; mais la mort de son frère aine lui avait ouvert une carrière plus en rapport avec son tempérament. Après de bonnes études commencées chez les .Tésuites de Blois. puis terminées à Paris, Rocliamljcau avait été admis dans le régiment de Saint-Simon, cavalerie, en qualité de cornette, le 24 mai 1742'.

1742! c'est à peu près le début de la guerre de la Succession d'Autriche. Rochambeau y prend part dès l'ouverture des hostilités, ou peu s'en faut, et, avec cette première campagne, commence pour lui une période de vingt années oii il n'aura guère l'occasion de laisser son épée au fourreau. Eu 1747, après la l)rise de Xamur, on le voit pourvu du commandement du régiment de la Marche, infanterie, h la tête duquel, au cours de la seule journée de LaAvfeld, il est deux fois blessé. Il n'en prend pas moins part, l'année suivante, dans l'arméo d'outre-Meuse, coniniandée

L ■liMii-Ita|iti:«tiï-l>iin.ili(;ri di.- ViiiiL-iii'. comte île Uiicli:uiitie:iu. '2. .Vrchives adniiiiisliiiUvcsde lafiuune. Dossier Itovlmmbeau.

1,KS AKMHliS KT LE COM.MA.NDKMKNT KN CIIKF 17

par le maréchal de Lowondal, ;i toutes les opérations de la nouvelle campagne, assiste en dernier lieu an siège de Maastriclit, va de Maastricht à Minoniue avec le duc de Richelieu, revient en Allemagne avec le même chef et assiste à toutes les actions de niu'rr<» (|ue termine glorieusement l'enlèvement de Cassel. Entre temps, et sans qu'il ahandonne l'armée, il reçoit le gouvernement de Vendôme, laissé vacant parla mort de son père, est créé, en 1756, brigadier d'infanterie, et, peu après, major général de l'armée. Mais la direction d'un état-major convenait moins à sa nature entreprenante que le maniement direct des troupes; il demande donc un commandement effectif, obtient une brigade et remporte, à la tête de ses régiments, divers succès marqués, notamment sur le prince de Brunswick. On le voit, sous les ordres du maréchal de Contades, combattre, à Crevelt, en 1750, à Minden, le i" août, à Clostercamp, le 16 octobre 176(J; et partout il fait preuve, non seulenioiit du courage du soldat, mais d'une clairvoyance, d'une décision, d'un caractère qui indiquent riionnue iv'i pour commander en chef.

C'était précisément le moment où, après vingt années de guerre, la France entrait dans une période pacifique de quelque dvu'ée. Rochambeau put enfin goûter les prenders loisirs qu'il lui fut donné de prendre depuis son entrée dans l'armée. Tout(d'<jis, cet homme d'action sm- le champ de bataille savait utiliser le repos du temps de paix au bénéfice de sa carrière. Il n'était pas, d'ailleurs, le seul ;i oîcnper son esprit d'une façon profitable ;i Ini-niéme.et à son pays. La période qui suivit la guerre de Sept Ans, et qui va de 1703 à l'ouverture de la Révolution, l'ut une de celles où les études tactiques IJeurirent dans notre pays avec un éclat qu'elles n'avaient peut-être jamais

18 LA l'KKMIKRK INVASION DE I,A RKLGIQUE

attciiil. Cc'sl IV-poijiK' lies discussions célèbres de Guiltert et de Mesnil-Diirand, des dissertations sans tin sur Tordre mince et sur l'ordre profond, des expériences des camps de Verberie, de Compiègne, de Yaussieux. Rochandieau prit part ii toutes ces querelles professionnelles et y montra toujours une sûreté de jugement et, à la fois, une modération remarquable.

Louis XVI avait — a-t-on dit — quelque éloignement pour son caractère parfois un peu entier. Le prince, cependant, ne pouvait lui refuser sa confiance. Consulté avec complaisance par le souverain et davantage par les ministres sur toutes les questions d'organisation et de tactique dont la solution passionna les esprits au cours de cette période mouvementée, une des plus fécondes qu'aitjamais traversées notre armée, il apporta un soin particulier à demeurer à sa place, à s'abstenir de toute immixtion dans les questions politiques qui captivaient alors si vivement la cour et le peuple tout entier. Les problèmes militaires les plus modestes, aussi bien que les questions de la plus haute volée, avaient pour lui un attrait irrésistil)le, un attrait qui frappait sur-le-champ quiconque l'approchait. Lauzun, qui servit à différentes reprises sous ses ordres, nous dépeint spirituellement cette manie d'un professionnel obstiné : (( M. de Rochambeau, dit-il dans ses Mémoires, ne parlait que de faits de guerre, manœuvrait et i)renait des dispositions militaires dans la plaine, dans la chambre, sur la table, sur votre tabatière si vous la tiriez de votre poche. Exclusivement plein do son métier, il l'entendait à merveille'. »

Un tel homme était tout désigné pour counuandor

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