‹ La première invasion de la Belgique, 1792Chapitre 9 sur 135 · A SITUATION FOLITKOUI-: A LA FIN DE · texte numérisé non relu

A SITUATION FOLITKOUI-: A LA FIN DE

les sauver de l'écharaiul. Mais ce torrent débordé allait, pendant vini^t ans, se ruer sur l'EurojJe en la couvrant de ruines et de cadavres. Se précipitant furieusement dans le sillon ([u'on lui ouvrait si iuiprudenimeiit, il allait entraîner et briser tunndtueusenient sur son passage toutes les libertés de la Révolution, toutes les garanties aclietées au prix detant d'efforts, de tant de sang, et, d'étape en étape, nous conduire au 13 brumaire, à l'étranglement de la République, finalement an remplacement d'un prince incapable sans doute, mais sans doute aussi honnête et inoffensif, par un César égoïste et impitoyable.

En dehors des Girondins, l'appel aux armes avait parmi les Feuillants un certain nombre de partisans qui escomptaient à leur pnjfit, au profit du roi ou de la Constitution, une partie des avantages qui séduisaient la Gironde. Ces promoteurs royalistes des hostilités apercevaient dans les succès militaires prochains un moyen pour Louis XVI de regagner la faveur de l'armée, de cette partie de l'armée, minime en réalité, qu'on lui supposait hostile. lisse flattaient d'obtenir, grâce à ce rapprochement, un accroissement de puissance matérielle décisif, résultat important vis-àvis de partis remuants, chaque jour plus audacieux et plus entreprenants. Ils estimaient encore qu'en conseillant au roi de déclarer lui-même la guerre aux souverains dont ses ennemis l'accusaient de réclamer subrepticement l'appui, on coupait court à la principale cause d'impopularité et Ton enlevait aux répii])licains, modérés ou avancés, leur argument le plus sérieux contre la monarchie.

Parmi ces partisans de la Constitution que leur dévouement au roi, ou leur ambition poussait dans le parti de la guerre, aucun ne témoigna de plus de bonne volonté que le nouveau ministre de la Guerre,

8 l.A l'HKMIKRF. INVASION DE LA BELGIQUE

lo comte Louis (le Narlioimo-Lara, qui puisait ses aspi-. rations dans le cœur d'une femme d'élite*, et les soutenait, une fois adoptées, avec une ardeur toute méridionale. A l'époque où il remplaça lo maréclial de camp du Portail à la direction de l'armée 2, Narbonne avait trente-six ans^. Doué de toutes les apparences qui séduisent d'abord, possédant à la fois une physionomie aimable, un esprit vif, un cœur honnête et droit, lo comte de Narbonne demeure certainement une des personnalités les plus symphatiques de la fin du xviir siècle^. Il eût été, endos temps moins troublés, une figure politique hors de pair, car il joignait, aux qualités que nous avons dites, une culture intellectuelle vai'iée, connaissait bien les idiomes anciens et parlait couramment la plupart des langues de l'Europe^.

1. I^s lelatiiins inlimes du comte iIp Narbonne et de M"' de Staël l'iaienl îi cette époque de notoriété jiublique. — Vovez les Soureuirs du vinii^chal de Cnstrllini'', t. I. )). 389, et la note n" 'i ci-dessous.

'2. La nomination l'st du (i décembre 1791.

:{. Louis, comte de Narboune-Lara. né à Codorno, duché de Parme, en IT'i.i- Elevé d'abord à la cour, il fait ensuite ses ('lutles au collège de Juillv et entre dans lartilleiie. Passe de là aux drai;ons, puis dans la Maiiioii lin loi. Après avoir (■mijjré en I7!)J et mené à l'Etranfier une vie assez difficile, .Narbonne dt'vait être, en 1809, admis dans l'armée do Napoléon en (pialité de -.'énéral de division. L'empereur ne tarda pas à l'aiiprécier vivement. >< L'esprit de M. de Narbonne plaît beaucoup à l'empereur, dit Ciistellane dans ses Souvenirs, t. 1, p. 102 : il le fait souvent diner avec

lui. " En Isl-', à l'ouverture des liostilités, Nniiolé qui avait reconnu

dans lancien minisirt' de la Oueiif un diplomate tn-s lin, l'envoya à Vilna. auprès de l'eiiipiMeur .Vlexandre, pour tenter une démarche pacili(|ne. On sait qu'elle n'aboutit (las, (in'elie ne pouvait point aboutir. N.arbonne suivit .Napolé'on à Moscou <'l fut nommé, en I^I3, jîouverneur de Toifrau. Il y mourut le 17 novembre. .M. Villemain a consacré au comte Louis de Narbonne le premier volume de ses Sotivenirs conlemjtorainsC ). i^a biographie tient peu de place dans ce travail: c'est surtout le rôle polili(iue de l'ancien ministre de Louis XVI et de l'ambassadeur de Napoléon (ju'a chcrclii- à mi-ltre i-n lumière le célèbre l'crivain.

4. "Toutefois, il ne parait pas avoir eu les sympathies de Marie-Anloiiirtte. ■■ ... Le comte île Narbonne esl entin niinistri' de la Guerre, écrivait la reine à Ferseii, :'i propos de ci'tte nomination... Quelle gloire pour M"' de Slaél et rpiel plaisir pour elle d'avoir tonte l'armée à ses pieds:... » Marie-Antoinette à Ferseii. Cm-rcs/iiiiidniiri'. t. I. p. l'.l'.i. — Elle disait encore à Fcrsen un |ien plus loin : ■• Il y a jincrri- ouverte entre les minisires Lessart el .Narbonne: Ir mciUi-ur des deux m' vaut rien. •■ Ibidem.

.">. 11 avait étinlii' l'ait militaire i-n compa},'nie deGnibertet de Nfesnilliiirand. l'hisloiii' et la diploiii:ilie, avec le fameux professeur Koch, de Strasbourg.

(•| .'soiirenirs contempornins d'histoire et de littérature, oar M. Villemain. Puris, lilirairiu acadéiniqui' de Didier, IKti'i, nouvelle édition, 2 T,olumes in-12.

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