CHAPITRE XIII
L\\«ANIK».\ \)h: l.A HKLlilUUE. — LES CAUSES DE LA IIETUAIÏE. — MOTIFS l'(ll,ITIUUES OU RAISONS MILI- TA IliES. — LAFAVETTE ET LE 20 JUL^.
L'abandon do Cunrirai etcelni delà Belf^iquo eurent en France un retentissement douloureux. Si minée qu'eut été le succès remporté ])ar nos troupes en s'emparant de la petite cité brabançonne, Teffet moral avait été considérable. Après les désastres de Baisieux et de Mons, c'était la victoire ramenée sous nos drapeaux, c'était le premier succès du nouveau régime, la consécration glorieuse d'une ère [)olitique que la majorité de la nation estimait durable, qu'elle croyait définitive. Nous avions été reçus à Courtrai, écrivait Luckner, « avec toutes les démonstrations de joie et d'allégresse imaginables' ». Toutes les i^ues, au moment de l'entrée des troupes, avaient retenti du cri de : « Vive la nation française ! » — (( Les habitants sont au comble do la joie, mandait, à la date du IS juin, un officier de l'armée du Nord. Ils nous ont reçus comme des amis qu'on attendait avec impatience. Ils protestent qu'ils mourront avant qu'on nous chasse d'ici -'. »
En admettant, — et il faut l'admettre — qu'il y
I. Archives hi.sloriqiies delà Guerre. Armée rin Nord, juin ITii-'. I-nckuer à l)umouriez, IK jniii, h f)nze heures et demie du suir.
,'. Lettre pîiitic-nliéi'e de Courtray, 18 juiu, dix heures du matin. Arcliives de la Guerre et .uunituur.
2tîn LA PREMIKRR INVASION DE LA HELGIQUE
eùl quelque exai^ératioii dans cette dernière iiftirmation, on ne peut douter (jue les Français n'aient été bien accueillis à Courtrai, et Luckner lui-même assurait «bien aniiurer delà disposition des esprits de cette ville ' ». 11 eut donc été de bonne politique, de bonne tactique « de battre le fer pendant qu'il était chaud », comme l'avait dit le nianV-lial dans une précédente lettre-, et de marcher sans perdre haleine sur Gand. Il est certain que les Autrichiens avaient été surpris par la marche sur Courtrai et qu'ils n'avaient pris, à cette date, aucune mesure pour s'opp(tser à notre offensive. Lafavette, qui ('-tail en avant de Maubeuiîe, maintenait Klerfayt, avec lequel il avait eu, le 11, une affaire assez chaude à GHsuelles ; Luckner n'avait donc devant lui que des forces non pas insignifiantes, mais certainement inférieures aux siennes ; une marche hardie vers l'intérieur de la Belgique eût donc amené très probablement, en même temps qu'un soulèvement du pays en notre faveur, la retraite des Autrichiens, spécialement de ceux qui occupaient Tournai. « Le Gouvernemeiil autrichien, écrivait à cette époque ;i la Gazetle de Lei/cle un de ses correspondants de Bruxelles, ne parait pas sans inquiétude sur les rassemblements ijrodirjirux qui se font à Yalenciennes. L'on craint un coup décisif avant l'arrivée «les troupes qui sont en marche. L'on prévoit qu'il s'écoulera au moins un mois avant que tous les renforts soient arrivés. A cette inquiétude bien fondée se joint celle du germe séditieux qui commence à se produire. A Wavres, à Nivelles, à Tirlemont, il y a eu des insurrections, et l'on est obligé d'y faire marcher une force militaire. Si les Français profitaient du inomenL . . ,
1. Archives historiques de la Giieni'. AiiiicmmIu Nord, juin i7W. Luckner il DiimiMiiii'Z, 1S juin, à onze heures et demie du suir.
•2. Archives hislnriqucs de la Guerre. Arnice du Nord, juin I /',),'. Luckner il Duniouriez, 18 juin, à onze heures el demie du soir.