I. Borgnel, II, p. ih. 3G
i. Nolaiiiincnt fjii'à la suite «le rinccinlie fie Cnurliai, Jariy venait il'èlre iKiiniiié lieutenant t^énéial. (Moniteur du 2!t Juillet.)
LA PRISK DE COURTRAI l^r,
port qui existe intact aux Archives de la Guerre et qui mérite bien qu'on lexlmnie du carton poudreux où il dort depuis ccul ans'. b]n dehors des dctails sur l'incendie de Oourtrai, il fournit des données utiles pour apprécier rintelligence et le caractère de son auteur : ou le lira sans doute avec intérêt.
Prt'soaii, sous Valencionnes. le !» iiiillet 171)2.
(' Monsieur,
« Trouvez bon que je réponde ;i la demande que vous venez de faire à M. le maréchal de Luckner relativement aux raisons qui ont occasionné lincendic d'un certain nombre de maisons dans les faubourgs de Courtray.
« Depuis huit jours, les chasseurs tyroliens, connus par leur adresse à se servir de l'arquebuse, soutenus par les troupes campées à Haarlebecke- et parcelles qui s'étoient avancées de Tournay au delà de Dottignies, étoient parvenus à resserrer tellement nos postes avancés que, du côté de Gand et de Tournay, nous ne pouvions tenir en dehors aucune troupe à cheval, ni reconnoître ce qui se passoit à jjortée de fusil. Les patriotes belges avoient peine à se soutenir au-devant des portes, nos désavantages augmentoient à chaque instant; les ennemis, embusqués derrière les maisons des faubourgs, nous tuoient tous les jours du monde dans nos retranchements. Une tentative que je fis pour regagner du terrain avoit échoué ; enhardis par la bonhomie qui nous faisoit épai-gner les faubourgs, les ennemis, le jour de la Saint-Pierre, avancèrent du
I. Archives historiques île la Gueire. Aimée du Nonl, juillet I7li:.'. .laiiy à Lajarii, 9 juillet.
'.'. Ilaarlebecke est un village à quel(|ues centaines «le mètres au nord de Coiutrav.
2")6 l-\ l'RKMIKIlK INVASION' HE I,.\ lîKI.dlQUE
caiioii jiis(|iraiij)res ('es maisons (jui intiis avoisinoient le plus, et essayèrent de s'y retraiicliei" ; après une attaque longue et vive, ils ont été repoussés, mais les canonniers et les grenadiers qui avoient souffert de la proximité de ces maisons demandèrent à les détruire, puisqu'on ne pouvoit les défendre et ([u'elles servoient à l'ennemi j)Our nous tuer du monde avec avantage. Dans tout poste que Ton entreprend de défendre de i)ied ferme, il devient nécessaire de découvrir la campagne au moins à la portc'o du fusil el de se débarrasser de la j)longéc des maisons dans cette distance. La défense de Courtray m'étant contiée, plus les ouvrages étoient faibles, plus cette précaution devcnoit nécessaire. Ce fut dans ces instants (pie j'examinai notre position plus particulièi'ement et sous le rapport du danger dont nous étions menacés. .le vis clairement que si, dans une nouvelle attaque, les chasseurs tyroliens gagnoient les maisons qui nous approchoient à (10, lOO et 200 pas, nos canonniers seroient tués en peu de minutes, et qu'il l'audroit y laisser nos canons, ne pouvant pas espérer de les retirer sous un feu plongeant Hxe et meurtrier auquel il deviendroit impossible de répondre. Je savois que nous devions nous retirer plus ou moins prochainement, mais le moment ne m'étoit pas connu, l'incertitude existoit encore k cet égard. D'ailleurs la nécessité de la retraite devenoit un motif de plus et même le plus impérieux de tous, pour ôter à l'ennemi les maisons d'oîi il auroit observé l'évacuation de nos postes, de manière que nous l'aurions eu sur nos talons au même instant et tout en commençant notre retraite. En se saisissant de la première porte évacuée, il pouvoit m'empêcher de rappeler ;i moi les postes les plus éloignés, quin'avoient ([u'un seul i)ont pour se retirer. Il est permis, à ceux qui ne savent rien, de ne rien
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prôvoir et de mccounoitro la néfossité de certaines mesures. Ils'agissoit à la fois d'épargner la vie à nos troupes pendant la défense et d'assurer leur salut pendant la retraite. Pourquoi, nos ennemis, pour cette fois, nous sont-ils devenus plus chers que nousmêmes? C'étuit au général Beaulieu à ménager son pays et à ne pas abuser de la i)atience qui m'avoit fait supporter ses agressions continuelles ; étant du métier, il devoit reconnaitre qu'il ne tenoit qu'à nous de nous en débarrasser, et il ne falloit pas m'y forcer en me donnant lieu de penser (pTil ne nous serroit de si près que pour nous attaquer au moment de notre retraite et la rendre aussi funeste que celle de Mons et de Tournay. J'aurois été rudement tancé en Prusse, par Frédéric II, si je me fusse soumis à perdre inutilement du monde pendant huit jours pour épargner les maisons de l'ennemi. Je n'entends rien en politique ni en philosophie, il falloit m'employer ailleurs, je sais seulement que la guerre est un état contre nature qui ne peut produire que des malheurs. C'est très certainement à la vigueur de ces mesures que nous devons le bonheur et la tranquillité de notre retraite. Par les précautions que j'avois prises, les bourgeois mêmes ont ignoré si nous étions entièrement sortis de la ville ou seulement retrancliés dans la partie sur la gauche de la Lys, et l'ennemi, crainte d'augmenter les désastres de la veille, n'a osé y mettre le pied que huit à neuf heures après que nous l'eûmes entièrement évacuée, ce que je fis sans aucune perte d'hommes ni d'effets.
(( L'armée de M. le maréchal Luckner n'avoit qu'un pont pour repasser la Lys à Menin, et il nous fallut attendre le grand jour pour pouvoir y défiler à notre tour. Si, dans cette attitude, l'ennemi eût été à nos trousses, je ne sais ce (piiseroit arrivé. Notre gauche,
2o8 I.A PREMIÈRE INVASION DE LA BELGIQUE
ëleiiduo vers un pays couvert, aiiroit pu être fort maltraitée par les Tyroliens ; on nous auroit tenus en échec jusqu'à la nuit. Les gens du métier savent qu'une retraite par un seul pont est un moment de crise, et surtout quand aucune batterie sur la rive opposée ne peut être placée pour la soutenir et la favoriser.
(( Je vous supplie, Monsieur, de mettre ces détails sous les yeux de Sa Majesté et de lui exprimer mes regrets du chagrin qu'elle peut avoir conçu d'après les faux récits des historiens qui suivent Tarmée du Nord. La vie des François et l'honneur de nos armées sont sans doute chers au Roi et ne seront pas mis en balance avec cinquante ou soixante maisons exposées au sort de la guerre sur ce territoire ennemi '. »
En transmettant, le 13 juillet, copie de cetio lettre au président de l'Assemblée nationale, le ministre de la Guerre faisait observer « que les lois générales de la guerre, ra})pelées dans celle du 10 juillet 1791, autorisaient tout commandant militaire a détruire, autour d'une place attaquée, les maisons qui peuvonl servir d'abri à l'ennemi, sauf indenmité aux dépens de l'Etat envers les particuliers lésés- ».
La commission executive militaire de l'Assemblée, qui eut à examiner l'affaire, fut sans doute de l'avis (lu ministre, car, à part les diatribes dont nous avons l)arlé un peu plus haut, aucune mesure disciplinaire ou répressive ne fut prise contre Jarry. L'Assemblée nationale avait voté plusieurs millions pour indemniser les Courtraisiens de leurs pertes : en droit, nous étions quitte à leur égard.
1. La leUro du ministre porte en marne, de la main de Vincent et sifjnée de lui. Tannotalion suivante : « Renvoyé au Comité et à la Commission executive, l'an IV de la liberté. » .... „„^ „„„ . ,
2. La perte de ces deux cents maisons fut estimée a .^.000.000 de francs. fVovez (inztlte dex Pni/s-Hnii, du :) juillet. dansBoruMiet, Hinloire des nrlr/rx. IL j). :<.').) - L'Assemblée lé^iishilive vot:i un crédit destiné à in.louinisrr les habitants de Oiurtrai.