‹ La première invasion de la Belgique, 1792Chapitre 106 sur 135 · Vnyoz notamnioiil les Ipltipsdos 7 et "î!) juin · texte numérisé non relu

Vnyoz notamnioiil les Ipltipsdos 7 et "î!) juin

2. Voyez la li'llic <li' HiiDii. datt'c de Meiiin, v.'7 juin. Klle est i>ii pallie au AJiiiiiii'iir.

■i. Airhivcs historiques de la fîuerie. .\imri' du Nmii. juin 17!i-'. l.uckntT il Liijaid, ',".1 juin, à une heure et demie du matin.

i/aHA\I).>\ HK !,A HKI,(iIQn-: 2C.T

irritalioii, nuo cdltM'c (•(Uilcniie coiiiiiK^ celle dont a le (Iroil do (<''iii()ii;nei- un lioimno (jn'on mot et tionl do propos dc'diliorc' dans uno silnation diftioilo; oiiHii il y laissait doviiicr, ([ueii ordonnant la retraite, il obéissait à la seule l'orce des ovénonionts et :i dos firooiistances qu'il n'avait pas fait naître. Par une malice « cousue do fil lilanc », comme on dit vnlfCairement. Luckner avait rejeté ;i la fin d'un /itis/scri/jfn/jt rohjot important do sa letti(> : n .h' dois vous prévenir, Monsieur, disait-il dans cet api)endice, qu'en comptant sur une réponse j)i'écise de votre part il est cepentlant possible (pie je no l'attende pas pour ("ommencer le monvenuMit ([ui me ra})i)rochera de Valenciennes. »

A l'heure où co post-t^criptum était écrit, les ordres pour la retraite étaient déjà donnés, de telle soi'to que toute la lettre était, en réalité, im ])laid()ver a posfei'iot'i pour une cause qu'on sentait mauvaise. Ce fnt Beanharnais, l'adjudant i^'énéral, ({ui fut cliariié de porter à Paris cotte importante dépêche. Cejjendant, il i)eine IJeauharnais était-il i»arti, ([ue Luckner songea non pas tant à confirmer sa })remiére décision (pi'à présenter au ministre de nouveaux arguments pour rexpHquer, et il rédigea dans ce btit une seconde lettre', oîi il parle do « la délicatesse de son âme », de son « inviolable attachement au boidienr de la France », « de la justification de sa conduite », en h()mme qui, évidemment, ne se sent i)as la conscience très nette.

« ... Vn objet de la plus haute importance, (pii doit occuper essentiellement le Conseil du Roi, disait-

1. Cetto sc'CDiirlc li-tlif i'>l ilatfc ilii ?'.* juin. l'ulix liciucs cldciiiii'ilii ^oir. n y a là piolialilciiifiit iiiu' i'iri;iir, et c>sl à ilix linircs <lii iiialiii iiii il faut, lili'. Ou ne s'exi)liciiic'rait pas une Ictiri' ('ciilc à dix lieiili's et ili'iiiii' ilu siiir. dans laciiirllc l.iickiuT in' dirait |>a> iiii iimt i\r linii-ndic de C'turliai.

•26S I.A l'UKMIKKK INN'ASloN DE l.A HF,L<;i(jrE

il à Lajartl, cl (jui iiio détoniiiiic ciicoro hien plus quo le reste à un niouvonieiit rôtroj^n-ade, c'est l'état de nos frontières entre le Rhin et la mer. Entre la Sanihre et le Rhin, il ne reste point de troupes, et la tHe des colflimrs cnnrmips s'avance dans rélectorat de Trêves ; d'autres, dit-()n, marchent sur les Pays- Bas. M. de Lafavette ne peut quitter sa position sans que mon armée se trouve en 0})position à des forces doubles; alors Valenciennes et Lille sont à découvert. Voilà, Monsieur, ce qui doit occuper le Conseil du Roi. Quant à ce qui me regarde, mon unique pensée et toutes mes lumières ne cessent de se porter sm' l'ensemble des moyens de défense entre Dunkerque et Sarrelouis... .J'y ai réfléchi jour et nuit et n'ai trouvé qu'un seul moyen d'éviter ce danger imminent à la France : c'est celui de re/irrr ?)wn artnre sous Valeiuieiines. Les moments devenant de jour en jour plus pressants, j'ai cru ne pas devoir attendre votre réponse concernant la position que devait prendre mon armée; en conséquence, je la fais paiiir demain 30 i)oiu- Lille, le 1*'' à Orchies, le 2 à Saint-Amand et le 3 à \"alenciennes.

« J'envoie à la même heui-e qu'il vous. Monsieur, un courrier à M. de Lafayette pour lui faire part du mouvement, en le prévenant que je donne ordre à M. de La Noiie, commandant le camp de Maulde, pour (pi'il parte le 2, avec ses 7.U0U hommes, pour Valenciennes, le 3 an Quesnoy, et le 4 à Maubeuge. D'après cet avis, l'armée de M. de Lafayette peut faire ses dispositions en conséquence et se retirer dans la partie où il croira ses forces le plus nécessaire.

« .Te prévois, Monsieur, que ma démai'che va exciter un essaim de mécontents (>i de 'calomnies contre moi, mais (juc m'importe? Mes vues n'ont d'autre but que lo bien, et je me croirais un traître à la j)atrie, si

L AHAXDON DE I,A HKI-GIQUE . 26'.)

j'avais toiiu une condiiilc (liHV'i-ciUo dans les cii'coiistancos présoiitos '... »

C'en était (loue t'ait (.le rcxpédiiiou eu I!elf;i([ue; ot par la l'auto diin ])lan aussi irrationnel qu'iuliabilenient exécuté, nos opérations ultérieures se trouvaient lii'aveiuent eoniproiuisos. Après la déroute de Kaisieux, les Autrichiens disaient plaisaïuuient (|ue les Français avaient trocpu' leur iiré'-édente d(,'vise : « Vaincre ou mourir >i, en celle de : «Vaincre ou courir »; Luckner contirniait bénévolement ce deuxième adage, dont l'ironie cruelle frappait injustement ses soldats. (>>uoi qu'il en soit, les ordres pour la retraite furent confirmés, et les préparatifs furent faits pour que les jtremières troupes commençassent le mouvement dans la nuit.

Ce fut dans ces circonstances que se produisirent les événements dont Courlrai devait être le théâtre le 29 juin : la destruction par le feu de la plus grande partie du faubourg de Gand. On pout penser qu'ils confirmèrent le maréchal dans son idée, déjà bien arrêtée d'évacuer la l>elgique ; il renouvela donc péremptoirement les ordres donnés à cet égard depuis plusieurs jours, en enjoignant que l'on entamât sur l'heure le mouvement rétrograde.

Le 80 juin au soir, Luckner annonçait au ministre son arrivée à Lille et lui adressait de son nouveau quartier général de la Magdelaine un rapport sur l'incendie lie Courtrai' : nous avions irrémédiablement franchi la frontière. En vain Dumouriez, ii la nouvelle de cette reculade imminente, avait-il (piitté Paris à la hâte, doublant les postes et crevant ses chevaux;

1. Archives historiques de la Oiumic. Arnu'i' du Nord, juin 17'J,'. !>iickiiL'ià Lajai'ii, 29 juin.

'2. C'est la fitipi'che du 'M) juin ipii ininiiiencc pjir ces niuts : «.J'ai à vous renilre coni|(ti; d'un évoneiucnt liicn fâcheux (!l à vous dire avec douleur qu'hier, 2!t, etc. » Archives hisloii<iucs de la (iuene. Luckner à Lajard.

270 LA l'RKMIKRK INVASION DK LA HKL«.lQrE

quand il airiva :i Lille, le 1*' juillcl. la partie était (léfinitivement itordue '.

L'inaction do Lncknor, après la prise de Court rai, est tellement ('li-aniie, l'explication de cette inaction au i)oinl do vue militaire est tellement difficile, qu'on a cherche si, en dehors des motifs avoués et mis en avant par le maréchal, il n'en existait pas d'autres, cachés; on a voulu décdiiffrer cette énigme au moyen de considérations politiques étranfi^ères à la stratégie. On a (ht notamment que Louis XVI, qui ne pouvait voir d'un œil favorahle une lutte entreprise contre une armée chargée de l'arracher aux mains des Jacobins, avait pesé secrètement sur la détermination de Luckner; on a avancé que le voyage du général de Grave, dont nous avons parlé plus haut, avait eu pour but réel non pas l'inspection de l'armée du Nord comme l'indiquait sa lettre de service, mais une mission secrète aux termes de laquelle l'ancien ministre de la Guerre eût invité le maréchal à ne point pénétrer plus avant en Belgique. D'autres ont prétendu que l'iniluence de Lafavette avait été prépondérante dans la conduite de Luckner et (pie c'est grâce à cette inlluence que l'offensive commencée à Courtrai s'était subitement arrêtée. Ces accusations ne datent pas d'aujourd'hui, mais pas plus aujom-d'hui (pi'il y a cent ans, on n'est arrivé à formuler des preuves j)récises pour en démontrer le fondement. En ce qui (Concerne de Grave, on peut jieut-ètre suiiposci- à son égard ([ue son voyage fut autant [»(>liti(iue (pie nùlitaire; toutefois, il faut reconnaître ([uil aurait échoué complètement dans sa mission, puisque, arrivé ii Lille le 13 juin, il ne fut présent ;ï l'armé'e de Luckner que

\. '• )(■ me suis IihIi' de |>;u-|ii- ilc Paris, espérant arriver aviiiil léva-

cualioii précipitée lie Cniirliai. Je suis arrivé trop lard (>l j'airc juinl l'aiiiiée

à Valencieiines >. Ai(;lii\es liistoriciues iJe iaOuerre. Année liu Nord. 17'J»,

Diiiiiiiiir.e/ à l.ajaid. N jiiiilel.

L ABANDON DE LA HELGlQUli; :271

juste pendant la période des oi)érations actives et retourna à Paris le jour même où le maréchal pénétrait dans Monin. La jirise de Conrtrai, effectuée le lentlemain 18 juin, fut également postc'rieure ii son départ.

Pour ce quia trait k l'influence de Lafa jette, l'accusation remonte également ;i ITD'i, et elle fut formulée déjà à la tribune de la LégislatiA'c par des députés comme Lasource, qui prétendirent que Lafayette, après les événements du 20 juin, avait voulu non seulement marcher en personne sur Paris, à la tête de son armée, mais qu'il avait proposé à Luckner de s'associer à sa révolte. On assurait que Luckner, dans un diner chez Gobel, l'évèque constitutionnel de Paris, avait avoué cette tentative de Lafayett(>, et l'on faisait même circuler un papier sur lequel cet aveu, signé de la main du maréchal, était consigné.

Que Lafayette ait songé, après le 20 juin, ;i marcher sur Paris, qu'il ait eu l'idée d'associer Luckner à cette tentative de cou}) d'Etat, il n'y a là rien d'impossible; nous dirons même que sa lettre lue le 2H juin à l'Assemblée, que son voyage à Paris le 28 juin, enfin que sa conduite à Sedan du 12 au IH août suivant, constituent des présomptions sérieuses en faveur de cette hypothèse.

Les préoccupations politiques du commandant de l'armée du Centre, pendant toute cette i)ériode, sont évidentes ; elles sont d'ailleurs confirmées positivement par ses actes et par sa correspondance : on ne saurait les mettre en doute. Il écrivait, le 22 juin, à La-

jard, le successeur de Servan : « Tous ces objets,

mon cher Lajard, quoique très intéressants, le sont encore moins que notre situation politique. C'est sur elle que doivent se porter les efforts de tous les bons citoyens, et il n'y en a pas un que je ne

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tente, plutôt que de voir la Liberté, la Justice et la Patrie sacrifiées à des factieux ; mou combat avec eux est à mort, et je veux le terminer bientôt, car, dussé-je les attaquer tout seul, je le ferai sans compter leur force ni leur nombre. »

Et, trois jours après, il disait encore au ministre : n J'avoue, mon clier Lajard, que je ne sais comment arranger une combinaison de guerre, tant que nos affaires intérieures seront dans cette situation anarchique, criminelle et inconstitutionnelle, qui décuple les moyens de nos ennemis et nous enlève tous ceux que nous devrions avoir. » Et, a])rès avoir parlé du plan d'opérations à suivre, il terminait : « En vérité, mon cher Lajard, tout en dictant cette lettre, je me demande à quoi nous serviront ces dispositions, si indispensables et si urgentes, pour peu qu'on tarde à ramener, par une crise salutaire, l'ordre au dedans et à faire respecter la Constitution, d(jnt un des pouvoirs vient d'être si atrocement avili, et sera peut-être ouvertement attaqué. L'indignation de l'armée k cet égard est un sentiment qui l'iionore et que j'approuve plus que personne'. »

Mais, en dépit de ces sentiments non douteux de Lafayette, pour une démonstration à main armée en faveur du maintien de la Constitution, il n'est pas permis d'affirmer qu'il l'ait effectivement [)réparée au lendemain du 2U juin; il n'est surtout pas licite d'avancer qu'il ait été pour rien dans la décision de Luckner d'abandonner la Belgique le 29 juin. Toutes les hypothèses auxquelles on j)eut se livrer ii cet égard ne valent pas une certitude, et devant les dénégations formelles de Lafayette, de Luckner et de Bureaux de

1. AiTliives historiques de la (îuene. Aiinee du Centre, 1711..*. Lafayette à Laj;ii-d. ','■2 et '2.") juin. L'oiiginal de cette dernière lettre ixirle une très (•nrieu>e anniitatiou de la main dp Xavier Audouin, le {.'endre de l'aelie; elle est trM|i longue p'iur que nous l'insérions ici.

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