AHANDOX DK LA llRLfilJTH
Piizy, il nost pas possililc de coiicliirc do rc^s hvpo- Llièses il une réalité. Ce lUireaux do Puzy, dont le nom avait été accolé à celui du général Lafayette dans les dénonciations portées à la tribune de la Législative, était un capitaine du génie qui, à la manière des deux Carnot, dAnbert-Duhayet, de Dubois de Crancé, de Mathieu Dumas et d'une infinité d'autres, s'était jeté dans la i»()liti(iue et y faisait ([uebjuefois bonne figiir(\ Bureaux, après avoir été membre de la Constituante et s'y être distingué par diverses motions généralement intelligentes, s'était attaché à Lafayette et servait <lans son armée en qualité d'adjoint d'état-major. Ce fut lui que Lafayette avait chargé d'aller trouver Luckner à Menin — pour le tâter au sujet d'un coup d'Etat, disaient les accusateurs de Lafayette, — pour des raisons purement militaires, affirmait ce dernier. Accusé, comme nous l'avons dit plus haut, par le député Lasource, de complot contre la sûreté de l'Etat, Lafayette chargea Bureaux de porter pour lui à la tribune de la Législative ses moyens de défense, et celui-ci le fit le 29 juillet 1792, dans un langage qui a toutes les allures de la vérité. Bureaux raconta à cette date — garantissant sur sa ti'lc (ce qui n'était pas un vain mot à cette époque) la vérité de ses assertions — que le général Lafayette, « outré et alarmé des événements du 20 juin », l'avait envoyé à Menin poiu" les trois motifs suivants :
1" Rendre au maréchal un compte détaillé des opérations de l'armée du Centre; liii faire connaître la force et les emplacements de l'ennemi près de Mons ; jn-endre connaissance des positions de l'armée du Nord ; s'informer des projets ultérieurs du maréchal et se concerter avec lui pour les opérations à exécuter;
2° Recueillir ce que le maréchal aurait appris sur l'approche des Autrichiens et des Prussiens, dont on
disait vaguement que les colonnes s'approchaient du Rliin ;
3° Entretenir le maréchal de la situation politique intérieure.
Relativement à ce dernier point, Bureaux devait dire à Luckuer que « Lafaj'ette avait vu dans la journée du 2U juin la violation la plus effrayante de l'acte constitutionnel; que les troubles de Paris étaient faits pour détruire toutes dispositions actives et efficaces contre les ennemis du dehors ; qu'il lui paraissait que le plus pressant des intérêts de la nation était d'arrêter les excès de l'anarchie, qu'il avait déjà annoncé ces vérités à l'Assemblée nationale, qu'il aurait le courage de les lui répéter encore, qu'il était prêt à partir pour le faire, mais qu'avant d'entreprendre cette démarche il désirait savoir de lui s'il n'y apercevait aucun inconvénient pour le service inilitairedontils étaient chargés etresponsablestousdeux. »
Luckner, (jui n'aimait pas à se compromettre, accueillit Bureaux avec courtoisie, mais sans chaleur, et se tint vis-à-vis de lui dans une extrême réserve. Sur le premier point, la conférence fut courte. Le maréchal déclara à l'envoyé de Lafayette ce qu'il répétait depuis un mois au ministre, c'est-à-dire que, bien loin de vouloir avancer en Belgi([ue, il songeait sérieusement à regagner Valenciennes, et qu'il ne voyait nullement la possibilité d'entamer des opérations coml)inées. Quand on sait ce que nous savons des idées de Luckner à cet égard, on demeure convaincu que, dans ce compte rendu de son entretien avec le maréchal. Bureaux dit certainement la vérité. Luckner, ii propos du second point soumis à son appréciation, répondit qu'il ne savait absolument rien des nouvelles de l'ennemi que ce qu'en savait Lafaye(t(;. l<]iiliii. | (»;u" le troisième point, pour la (pies-
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tion politique, il se borna à affirmer qii' « il était prot'oiuléniont affecté des événements qui avaient agité récemment Paris, mais qu'il connaissait trop imparfaitement la Constitution pour donner son avis. Il ne voyait aucun inconvénient à ce que Lafayette se rendit à Paris, et il le laissait entièrement juge de l'opportunité d'une démarche sur laquelle il ne pouvait avoir aucune opinion. » Comme on le voit, il n'était pas possible de se compromettre moins ; toutefois, sur l'invitation peut-être de Bureaux et très prol)ablement de A'alenco et de Berthier, Luckner se hasarda ;i envoj'er au roi une adresse qui fut signée par tous les officiers généraux de l'armée et dans laquelle il assurait le souverain de son dévouement. Ce document, qui fut lu à la Législative, dans la séance du 28 juin, par Lafayette lui-même, quand ce général vint demander à l'Assemblée le châtiment des révoltés du 20 jnin, était en réalité un salmigondis assez incolore, dans lequel on voit le rédacteur s'efforcer de tenir une juste balance entre le roi et la Constitution, avant visil)lement peur d'écrire un mot qui puisse être entaché de réaction^. Luckner y disait cependant (ju'il « connaissait trop bien les officiers et les soldats de son armée pour douter qu'ils n'éprouvassent la vive émotion qu'il avait éprouvée lui-même, son indignation contre les factieux, son respect poiu" l'impassible courage qu'avait témoigné le Roi», toutes phrases qui pouvaient passer, à cette époque, pour l'expression d'un dévouement sans bornes, et qui devinrent plus tard, entre les mains de Fou- (piier-Tinville, une arme terrible.
L'accusation portée contre Lafayette par Lasource n'aboutit point, faute de preuves; toutefois, ce géné-
\. Voir celle letln.' au Momlcur du 1" juillet, n- 183, p. 700.
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rai crut devoir, on co qui conrornait les propositions qu'il avait soi-rlisant laites ;i Luckner, y iH'pontlre lui-même et adressa à ce sujet à l'Assemblée une lettre personnelle contenant sa protestation. Cette
lettre se terminait par ces mots : « Ai-je proposé
à M. le maréclial Luckner de marcher avec nos armées sur Paris? A cela, je réponds par quatre mots fort courts : Cela n'est pas vrai'. » En même temps, Luckner adressait, le 28 juillet, à l'Assemblée, une protestation contre les paroles qu'on lui avait prêtées au dîner chez l'évêque Gobel, et dans laquelle il disait que, « sentant bien vivement combien il était aflligeant pour lui de ne pas savoir parler la lang'ue du pays dans lequel il servait, il était obligé d'attribuer à cette dil'ticulié la différence qu'il trouvait entre la conversation qu'il avait eue chez M. l'évêque de Paris et celle qui figurait dans le procès- verbal de rAsseml)lée ». Jamais, ajoutait-il, proposition de marcher sur Paris ne m'a été faite, et il est bien douloureux pour moi que, « sacrifiant comme je le fais mon repos et ma tranquillité à la France, je voie donner une interprétation aussi fâcheuse à une conversation mal enten(Uie-' ».
Comme nous le disions plus haut, encore que l'on puisse admettre que les déclarations, cependant catégoricpies, de P)ureaux de Puzy, que les protestations de Lafajette et de Luckner, ne contiennent point toute la vérité, il n'est pas possible, tant qu'on n'aura pas fourni de preuves du contraire, de les tenir pour mensongères ', Il n'est donc pas permis de supposer, encore moins d'affirmer que les événements du 2t> juin aient conduit le manVlial Luckner à ramener
1. Monitf'nr <lii :{| juillet, II» .M:!, si'ancc du :!() juillet, |). 807. col. 2.
'2. Moniteur du l'' am'it, ii" '.'l'i. p. '.MHI. cid. :!.
:t. Voyez iKitamiiieiil la letlie du '2(1 mai à Diimotiriez: • Vous niinagini'z jias. Miiii^ieiir, l'ei-reiir mi vims ète:< sur ii-s Iruiipes dont je puis dis]»!s(.'r, à quel point elles sont dépouivnes de tout...", etc. Voir aussi celle du 7 juin.
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son aniu'o ;i A^aloncicmies dans le but de s'y tenir l»i-è( il une niarclie sur Paris. Quand on voit Lnckner dès le début des oi)érations, même avani le coinmencement des opérations, pai'ler <l<'jà de retraite, ([uand on se rapjjelle la renianjue de Bureaux (pic « le maréchal n'avait commencé son ex))édition bien moins dans l'assurance de faire des con([uétes (pie dans celle de metlre eu évidence le vice du plan sur le(piel on uvait entamé la guerre et la futilité du projet de soulever la Belgi(pie ' », il n'est pas possible de soutenir raisoimablenicnt que la politique fut poiu- (piclquc chose dans la façon d'agir du niaréclial.
Non, la cause véritable de l'inaction de Lnckner fut en premier lieu son incapacité militaire, son manque d'initiative et d'audace, l'étroitesse de ses vues et son mamiue de clairvoyance. C'était toujours un vaillant soldat, un soldat au(iuel les balles si filant autour de lui no faisaient ni courber l'échinc ni l)aisser la tête, ce n'était })oint, c'était moins que jamais un général. Ce petit homme, énorme, ;i tète massive et carrée, à épaules lai-ges, aux traits rudes, faisait encore facilement, à soixante-dix ans, neuf lieues k pied, ou demeurait douze heures à cheval-. Mais, si ces ([ualités sont appréciables chez un chef militaii-e, et demeurenl rares dans un honmie de son âge, elles n'ont de prix (pi'autant qu'elles i)ermetteut ;i une intelligence d'élite de développer librement et nettement ses facultés.
D'antre part, le plan (pi'il avait adopté était, nous l'avons dit, une concei)tion défectueuse, anormale, qui ne répondait en aucune manière aux instructions pohtiques (pi'il avait à remplir, (pii, d'autre part.
1. Voir le discoms i\o Hiircjiiix di; Fiizy, pirciWJemmi'iit cili".
','. " Lnckner war ein kleincr, Iireitschnltei'if;ei' Mann, mil cincm un^'t'-
\\"linli(h tiiossen Kopf iind herben OpsicliIsziiKcii 17S!i, niachtu er noch
t:i;;llcli iKMin Siunden Wegs zu Fuss odcr zwôlf Stunden. zu Pferd... » (Pit'iffL'i', \). Ib.)
(lonioiirait en contradiction avec les principes de la stratégie. Toutefois, ce qui rempêcha d'agir, ce fut surtout son défaut de hardiesse, le refroidissement irréparable de ce cœur qui se glaçait déjii.
Sa conduite militaire de 1792 à 1793 le prouve surabondamment. Quand, après la fâcheuse retraite de Courtrai, Lafayotto lui dépêcha une seconde fois Bureaux de Puzy pour lui proposer à nouveau de concerter leurs mouvements en vue d'une attaque dos positions autricliionnes, il n'ol)tint pas une réponse plus encourageante que la ])reniière fois. « II est triste, lui écrivait Lafayette, de voir nos forces réunies sans en i)rofiter et j'ainierois bien à vous procurer un avantage dont la campagne se ressentiroit. Si les ennemis restoient k Mous dans l'état actuel, il n'y auroit pas à balancer pour les attaquer après-demain matin, puisque M. do La Xoiie pourroit faire l'attaque du bois de Sarre, tandis que vous marcheriez du côté de Valenciennes, et que moi je ferois une fausse attaque vers le Pont de Pierre et une véritable sur le Gil et Genty. Toute la droite de leur position seroit coupée, et nous pourrions tâter ensuite les hauteurs de Berthaumont... C'est une belle bataille à donner. Je suis sûr que mes troupes se battront bien, et le petit succès que mon avant-garde a eu le 27... a augmenté encore leur ardeur. Voyez donc, mon cher maréchal, ce que vous croyez convenable. Il faudroit que ce fût pour le 5... Le système défensif n'est pas une objection, car il ny a dv bonne (Irfcnsivc (jite celle qui attaque souvent^.. »
Comme nous l'avons dit, ces propositions furent faites en pure perte : toute opération qui eût dérangé sa béatitude iurpiiétait et effrayait désormais Luckner.
L Uiscouis de Uiireaux do l'iizy déjà cilé.