I.RS ARMKES ET I,E COMMANDEMENT EN CHEF
rexpt'dition ([iio Louis X\'I avait diM'idr d'cMivoyor on Amérique ; et l'opinion de la cour fut unanime à sanctionner le choix du roi. Nous avons dit, un peu plus haut, que Louis XVI aurait manifesté, parfois, quelque prévention contre le caractère du maréchal. En réalité, c'était surtout aux entours du prince — moins qu'au souverain lui-même — que Rochambeau n'avait point toujours le talent de plaire. La mièvrerie et l'affectation ([ui caractérisaient son époque n'avaient eu aucune prise sur son caractère rude, rugueux, plein de brusquerie. D'un abord froid', d'une sévérité ([ui paraissait parfois outrée, dur aux autres comme à luimême, il n'avait rien du courtisan et no pouvait conquérir de sympathie dans une cour où la forme avait tant d'empire. Le commissaire dos guerres, Blanchard, qui avait servi sous ses ordres en Amérique, nous dit de lui qu' « il se défiait de tout le monde et se croyait toujours entouré d'imbéciles et de fripons - ». Et après cette api)réciation, tracée « dans un moment d'humeur », avoue l'écrivain lui-même, Blanchard ajoute : «Je dois dire qu'il (Rochambeau) aaussi de bonnes qualités ; qu'il est sage, qu'il désire le bien et que, s'il n'est pas un administrateur habile, c'est un général très actif, ayant un excellent coup d'œil, se mettant promptement au fait d'un pays, et entendant parfaitement la guerre. Il a bien servi en Amérique et a donné une idée avantageuse de sa nation. On s'imaginait voir un petit-maitre français, et on voyait un homme posé, réfléchi. Yoin' gênerai is soher, me disait une fois un Américain à côté de qui je dniaisetqui remarquait sa
1. Guerre (rAmérique, 1780-1783. Journal de campar/nc de Clniule Blanchard, coniniissaire des {iiierres. Paris, Dumaine, 1881, iri-8, p. 8'i. — Ce journal, publié naguère par le petit-lils de l'auteur, qui est en même temps un érudit, M. Georges La Chesnais, ancien chef de liureau.au Ministère de la (Guerre, constitue un des plus précieux documents que nous possédions sur la guerre d'Amérique.
'2. Idem, ibidem, p. 83.
20 LA PUEMIKIU-: INVASION DE I,A lîKî.aïQIE
modération à table. Cette modération et cette sagesse étaient généralement remarquables dans des points plus importants'. »
Nous n'avons d'ailleurs pas à dire ici avec quel succès il conduisit cette campagne d'Amérique, terminée glorieusement par la prise de York-Town, le 19 octobre 1781. Rappelons seulement que ce dernier événement, en consacrant à la fois rirrémédiable défaite de rAngleterre et rindépondance des États- Unis, était une de ces victoires dont l'importance politique dépasse de beaucoup la portée militaire. La capture de lord Cornwallis et la chute de York-Town eurent, dans le monde entier, un retentissement immense; aussi, quand Rochambeau rentra en France, y fut-il reçu avec une faveur générale. L'expédition d'Amérique, l'intervention de notre armée dans cette lutte d'un peuple combattant pour son indépendance, étaient pour ainsi dire l'œuvre particulière de Louis XVI, une de celles dont le succès avait le plus tenu au cœur de ce prince. Il n'était donc pas possible, qu'en dépit de quelques préventions, il n'accueillit avec une satisfaction réelle l'homme qui avait fait triompher à la fois la pensée royale et la politique de la nation. Il lui réserva, eu effet, une réception glorieuse, sans compter des mar([uos p(jsitives de sa bienveillance. Rochambeau avait été compris dans la promotion des lieutenants généraux du r*"" mars 1780; il reçut, à son retour d'Amérique, le cordon du Saint-Esprit, les gouvernements de Picardie, d'Artois et de Bretagne.
Malheureusement, les fêtes données à Versailles pour la réception du vaiiKiueur do York-Town n'étaient que le répit d'un jour dans les préoccupations qui