‹ La première invasion de la Belgique, 1792Chapitre 111 sur 135 · I. Mémoii-fis de Dumouriez. II, liv. V · texte numérisé non relu

I. Mémoii-fis de Dumouriez. II, liv. V

■?. « M. le man'-clial Luckner m'a cnnlié le commaiiilenient rie la pauchc de son armée et je vais aprés-ilemain établir mon (|uartier général à Sainl- Amand. » Dumouriez à Lajard, S juillet.

■i. M. de Grillon, appelé a Paris, n'était jms revenu.

•2S4 LA l'KKMlKUi-: INVASION DE 1,A UKLGKill-:

lité, los projets de Liickner ne paraissent pas avoir été aussi noirs.

Le camp de MaiiMe. silnô, cdiiimc «m l'a vu i>liis haut, sur un luaniclon (pii domine les alentours d'une quinzaine de mètres', n'était point une position aussi (langereuse que le prétend Dumoririez dans ses Mrmoires. Sans doute, les ouvraij^es (pi'du y avait tracés n'étaient encore (pi'ii TcHat d'él)auclies -', mais la situation topoi^raphique était bonne, et il fallait peu d'efforts pour rendre d'un ahord difficile les sept redoutes en construction.

Dumouriez, [)our liàter le plus possible les travaux, ne voulut point s'installer à Saint-Amand, que le marécbal lui avait indiqué comme centre de son commandement — (en debors des troupes de Maulde, il avait sous ses ordres les garnisons de Douai et d'Orchies). Il préféra s'établir au camp même, de façon à surveiller de plus près ses travailleurs et à vivre au milieu de ses troupes.

Cependant, la i-etraitc de Court rai n'avait pas fait sur le Conseil du roi rimpressioii fâcheuse qu'elle avait produite dans le public. Soit que Louis XVI vit sans déplaisir cet arrêt des hostilités, soit surtout ([ue la confiance aveugle (pi'on avait dans les talents de Luckner persuadât que, si ce stratège avait battu en retraite, c'est que la n^traite s'inqK)sait'\ on accepta l'événement comme iuéluctaljle, et l'on s'efforça d'en ])allier les inconvénients. La situation militaire avait d'ailleurs bien changé de ce côté-ci et de l'autre du Rhin, depuis (pie Luckner avait succédé à Kocham-

I. La fi>le alisoliic est lic :ii iiiclrcs. Noii.< y avons iTCOmiiicnl consUiiil (in l'i.it i|»< coiislituft, avec Vaicncicnnes, Coiiili- et Flines, la position dite dp Morla;.'ii<'. . ^, , , ,,,,..

•>. I.iickiier avait prescrit ces travaux lors de sa visite a Jlaulde leUljuin, pend.iiilsa niarclie sur Goiirirai (voir p. 'J:!;i). .- , , • ■

:;. Archives liislorifiues de la (Uierre. Armée .lu Nord, juillet \i\f2. Lajard .Liickiii-r, I" juillet.

DT'MOT'RIEZ A i/aRMKE DT' NORD 285

hoaii. Lo dessein des puissances allii'es, incertain dans les premiers jours de mai, comnieiK;ait h transpirer : on savait que les armées austro-prussiennes se dirigeaient vers le Rliiu^ on était même i)ersuadé que, pour appuyer ce mouvement, « toutes les troujjes autriciiiennes (piittoient les Bas-Pays et remontoient réiectorat de Trêves, de façon à nous attafpier par la trouée de Montinédy, Longwy, le cours do la Sarre et l'Alsace - ». Le ministre de la Guerre Lajard, qui avait succédé à Servan le 2U Juin, écrivit à Luckiier, à la date du l" juillet, pour le rassurer sur les suites de sa retraite de Courtrai au point <lo vue de sa faveur dans Tc^spi-it du roi''. En même temps, il lui demandait son avis siu- la situation militaire et l'invitait à s'entendre avec Lafayette i)Our prendre (( les mesures que lui dicteroicnt son expérience et son patriotisme ». En conséquence, un échange do vues eut lieu entre les deux généraux dès les premiers jours de juillet, et une lettre rédigée « le 6, à dix lieures du soii-, au quartier général de Valenciennes », mit Lajard au courant des projets arrêtés en comnnin pour la continuation de la campagne.

Luckner et Lafayette posaient tout d'abord en principe que, « suivant toute vraisemblance, reniiend ne devoit faire aucune attaque considérable vers les Flandres; qu'il suffisoit donc là d"nn corps d'observation joint aux garnisons des places'' ». — « Le maréchal Luckner et le général Lafavetto, — est-il dit

t. '- ... Comme loutps les dêjuJches ministiM'icllcs ot loiilos Ips iioiivelleR nfpii!; ariiioiicaionl quo Ifs ainii-cs comhini'es sous le iliic do Bniiiswick se

i.oilaiciil siii' le Kliin \iTliivcs du Dépôt de la OiieiTe. Armée du Nord,

juillet 17ii-'. Lafavetle à «rAhancourl. ,'!) juillet 17il'2. De Lonjîwy.

■,'. Archives his'loriiiues de la Ouerre. Armée du Nord, iiiillet I7!r,>. Lajard à Luekner, 1" juillet.

;<. Archives histniiques de la Guerre. Armée du Nord, juillit !/.)J. Lajard à Luckner. I" juilii't.

i. .Vrchives historiijues de laOuerre. Armée du Nord, juillet ITil','. Luckner à Lajard, 6 juillet.

encore dans ce document, — doivent à leur conscience, à leur amour pour la patrie, de représenter de nouveau au Roi que les moyens qu'on a mis dans leurs mains pour la défense du royaume sont très disproportionnés avec ceux que les puissances coalisées paraissent avoir préparés. Ils pensent, avec le Roi, que nous devons tous périr plutôt que de laisser porter atteinte à la souveraineté nationale et à la cause sacrée de notre liberté ; mais ils se croient obligés de lui dire que, si ces grands intérêts peuvent n'être pas compromis, une paix prompte et honorable seroit le plus im j)ortant service que le roi pût rendre à la nation, et que Sa Majesté doit se pénétrer de plus en plus de la nécessité qui la presse de faille toutes les démarches personnelles qui pourroient contribuer à nous i)rocurer ce grand bienfait'. » Si les bénétices de la paix ne pouvaient être obtenus, les deux généraux estimaient qu'il y avait lieu de porter tontes leurs forces plus au Sud, vers le Rhin moyen et la Meuse, c'est-à-dire vers la zone où l'apparition des Austro-Prussiens paraissait j)robal»le; il fut convenu, en outre, que Luckner défendrait la Lorraine et l'Alsace' et prencU-ait le commandement de toutes les troupes situées dans cette région, ([ue Lafayette aurait sous ses ordres le })ays de Dunker(|ue à Montmédy, en un mot que le maréchal reprendrait son ancien conmiandement de l'armée du Rhin et celui de rarniée du Centre, tandis que Lafayette assumerait le commandement de l'armée du Nord.

Cette modification dans la haute direction des deux grandes masses (|ui couvraient nos frontières n'efit dû être (pi une pei'mutation entre deux in(Hvidus, mais Luckner et Lafayette ne l'entendaient pas tout à fait

1. Arcliivf's historiquos df la (iiiciro. Ai'tiit'P. ilii Ncinl, juillet IT'.iJ. Luckner à Lajarii, Il jiiillel.

'^. Iili'iii. thi)!. Lnekiici' ;'i Lajard. 1,' jiiillcl.

DU.MOURIEZ A \. ARMKli DU NORD 287

ains;i. Par suite des dissensions qui décliiiuicnt alors notre patrie, Tannée de Luckner, surtout Tarmée de Lafayette étaient des agglomérations où les pi-élV'rences j)oliti(|uos avaient groupé des individus déterminés (pli tenaient, })our des raisons diverses, à ne point s'éloigner de leur gémirai en chef: le général lui-même désirait garder près de lui certaines i)ersonnalités qu'il savait particulièrement dévouées et sur lesquelles il pouvait conq)ter en toutes circonstances. Lafayette et Luckner décidèrent doue d'emmener chacun avec eux /eu?' armée sur le nouveau théâtre de guerre qu'ils s'assignaient eux-mêmes ; le Conseil du roi ait}irouva cette mesure', et son exécution futtixée au 12 juillet.

« Aussitôt la réception de votre lettre et de l'ordre du Roi qui y étoit inclus, — écrivait à cette date le maréchal Luckner au ministre de la Guerre, — j'ai expédié un courrier au lieutenant général Lafayette qui est arrivé à Valenciennes, et nous n'avons pas perdu un seul instant pour déterminer les mouvements ordonnés par Sa Majesté-. En conséquence: 17 hataillons et 20 escadrons de mon armée partent ;i une heure et

1. « Les troupes que commande acluelli'iiiciit M. do LafayeUesmil encore as!»ez près des vôtres pour vous permettre, en vnus eoncertanl Inn et Tautre, de conserver chacun sous Vdire cominandcnient iniiiK'iliat les corjis que vcjus désirez avoir particulièrement. Il en est de même de vus otticiers généraux et de vus élals-niajors. Sa Majesté approuve (in consi-quciuc que vous donniez tels ordres de marche et de séjoui' que vous jii^eri'/. ni'cessaires, et. en vous invitan! à jirendre à cet l'gard un parti (h'cisif je plus tôt possible, je vous prie de me faire confiaitre la force i!t la conipusiliun que vous donnerez à chacune de vus armées, ainsi que le pmjires de leur marche à l'époque à laquelle vous juésumez |)ouvoir les rassemhler. » l.ajard à Luckner, S juillet. — Une letliv; identique l'tait adressée à Lafayette. Kntln, on lit dans le /leffistn' dis dflibnraliunii du Con.ii'it du Uni, à la date du « juillet : « .Vrt. lU. — ... Autorise le maréchal Luckner et le {îénéral Lafayette à n-partir les troupes de leurs arnnjes, de la manière la plus convenable, en conservant chacun ceu.x des corps et desoflicierst:(!néraux qu'ils désireront jilus parliculièrenienl avoir à leurs ordres. ii(Monitriir (hi mercredi IS juillet \1K.)

,*. Luckner aurait pu ajouter : " sur ma proposition >>, mais cet homme, timoré à l'excès, s'eflorçait de rejeter en toute occasion sur les autres la responsabilité d'actes dont l'initiative lui riivenait tout entière. Toute sa c<irres|)ijndance, notamment celle de mai et juin 171J2, est extrêmement curieuse et [irobanle à cet é(;ard.

demie du matin itoiir marclior sur Metz, où cette colonne arrivera le 2t au plus tard. Je laisse 6 bataillons et 2 escadrons au lieutenant f(énéral Dumouriez, lesfjuels partiront le 20 pour venir me joindre à Metz, époque à laquelle arrivera un corps de 5.000 hommes de l'armée de M. <le Lafayette, commandé par M. de Cliazot. M. Arthur Ddlon commandera depuis Givet jusqu'à Dunkerque. Je laisse ô bataillons et 2 escadrons au camp de Maubeuge, hulépendamment de 7^{\ bataillons et 19 escadrons répartis dans la première division. Le lieutenant général Lafayette arrivera à Montmédy le 22 avec 20 bataillons et 29 escadrons. ^'oilà. Monsieur, les dispositions arrêtées et exécutées il l'instant même, parce que nous ne savons qu'obéir. Le lieutenant général Lafayette est lié entièrement à moi, et moi à lui, parce (lue nos principes sont les mêmes, et que c'est avec une égale ardeur que nous combattons pour la liberté ; il commandera de})uis Dunkerque jusqu'à Montmédy , et moi depuis cette place jusqu'à l'Alsace comprise. Le lieutenant général Biron, ([ui part à l'instant pour les départements des Haut et Bas-Rhin, sera à mes ordres et dirigé par moi. Il est important, Monsieur, que vous dirigiez sur Metz le plus de troupes qu'il vous sera i)Ossible; vous sentez que les disj)ositions extérieures exigent que l'armée <iu Centre ait une force imposante '. »

Ce mouvement de deux armées défilant par le (lanc en [)résence et ])()ur ainsi dire au vu de l'ennemi, cette marche des troupes de Luckner sur Metz, tandis que celles de Lafayette se dirigeaient de Metz vers Valenciennes, était évidemment une erreur tactique, et seules les raisons politiques que nous avons dites pouvaient l'excuser. Toutefois cette erreur n'avait pas

\. Archives historiques de la OiieriP. Année du Nord, juillet [179'J. Luckner à Lajard, l'2 juillet.

DU.MOUllIEZ A L AKMEK DU NORD 28'.l

la gravité qu'on a voulu lui attribuer, en ce sens « qu'il n'y avoit qui^ doux petites marches do différence entre rarniéo do Lucknor et celle do Lat'ayette^ '), c'est-àdire entre l'extrême droite de l'armée de Luckner et l'extrême fauche de l'armée du Centre, et que, écrivait Lafayette, « il auroit sùroiuont fallu plus de deux jours poiu- réorganiser les doux armées 2 ». Quoi qu'il en soit, les ennemis de Lafayette ne se firent pas faute d'en jaser, surtout quand Luckner, avec sa versatilité habituelle, eut laissé entendre que toute la responsabilité de la mesure retombait sur son collègue ^, et, aux armées mêmes, bien des officiers ne se gênèrent pas pour exprimer leur avis sur le fameux chassécroisé ''.

Cependant, Dnmourioz était à Maulde, occupé à surveiller les travaux de fortification dont nous avons parlé, quand il fut a}>pelé à Valenciennes par le généralissime.

Il monta aussitôt à cheval, franchit d'un temps de trot la (hstance qui sépare le camp du grand quartier général, et se présenta sans différer au maréchal, qu'il trouva en compagnie de Lafayette, occupé à déterminer les directions, les routes, les gîtes d'étapes, en un mot à régler les derniers détails de la double marche qu'allaient effectuer les armées. « Lafayette, décontenancé à la vue du nouvel arrivé, i»ritunairde dignité froide que Dumouriez lui rendit'. »

Effectivement, ces deux hommes, si différents par certains côtés, si ressemblants par quelques autres, étaient à cette époque des ennemis déclarés, et bien

1. .\rchive8 liislnriques de la Guerre. Année du Nord, juillet 1792. Lafayelle à d'Abamourt, 2!) juilli't.

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