CHAPITRE XVI
DLMOIIUKZ DEMEURE A VALENCIENNES. — ULTIMATI M DE LUr.KNER. - NOUVELLES LETTRES DE DUMOURIEZ AU ROI, AU MLNISTRE, AU MARÉCHAL. — LE 10 AOUT TRANCHE LE LITICE. — CONCLUSION.
Gràco à la ivsoliition dont nous vonons de parler, grâce à l'avis du conseil de guerre, Dumouriez, nous l'avons dit, semblait avoir gagné la partie. Toutefois, comme nous l'avons indiijué ('gaiement, le litige demeurait encore partiellenjent en suspens, e(, s'il paraissait n'être plus question, pour le moment, d'envover à Metz la 2" division, il ne s'ensuivait pas absolument que Dumouriez dût demeurer à Valenciennes. Effectivement, suivant les errements du temps, notamment à l'époque troublée dont nous parlons, les généraux n'étaient pas nécessairement attach('s à la trouj)e placée sous leurs ordres; on les considérait con?me liés plus étroitement encore au général en chef, dont ils constituaient, môme dans des commandements bien détei-minés, l'état-major particulier. Il advenait donc que, dans la circonstance présente, Dumouriez pouvait être l'éclamé personnellement à Metz, i)ar Luckner, d'après cette raison que, dans la répartition des officiers généraux, l'ancien ministre avait été désigné, non pas pour commander la 2' division, mais pour servir k l'armée du Rhin et
334 LA PUE.MIKKI-: INVASION DK I.A HICLGIQIE
SOUS les ordres du inaréchal. Rassuré sur le maintien de ses troupes à l'armée du Nord, Dumouriez entreprit dès lors de gagner, en ce qui le concernait personnellement, la seconde manclie dtine partie si bien engagée. Déjà, dans sa lettre du iS juillet au roi, il avait abordé la question dans ce sens, et nous avons vu (jue Lajard, porte-parole du souverain en cette cil-constance, avait cru bon <le garder, dans sa réponse, le silence habile d'un personnage qui ne veut pas se compromettre. Mais Dumouriez n'était pas homme ii se contenter de mesures dilatoires, et, aussitôt qu'il eut appris la nomination de d Abancourt, il frappa à cette nouvelle porte, dans l'espérance, avec la volonté d'être mieux entendu. Il écrivait à d'Abancourt, le 27 juillet :
« MoNSIFiUR,
'( Le Roi vous aura remis, avec le portefeuille qu'il vous a contié, la dépêche que j'ai eu l'honneur d'adresser, le 18, à Sa Majesté. Vous verrez, })ar le procèsverbal du conseil de guerre teiui par M. Arthur Dillon, qu'il est impossible (jue la division de 6 bataillons et 5 escadrons que je devais emmener le 20 à Metz quitte la frontière du Nord. Il ne s'agit plus que de savoir à quoi le Roi me destino personnellement : si je dois aller rejoindre l'armée de M. le maréchal Luckner, ou si je dois rester au camp de Maulde que je commande en ce moment. Je vous prie de prendre les ordres de Sa Majesté et de vouloir l)ien me les faire passer le j)lus tôt i)ossible. Vos deux dépêches à M. Dillon sont d'une netteté qui annonce de grandes vues et un ministre vigoureux. Ma présence dans ce pays-ci y fait du bien, parce que j'y suis né et que mes compatriotes m'ont témoigné de la confiance.
DUMoIKlliZ DKMErRE A VALKiNCIKSXKS .'îiUi
QueNluc part ([iio je sois, jo me dévoiio (Mitiriciucut ail salut (le la patrie '. »
Cette lettre était à peine partie qu'arriva à Valenciennes le lieutenant-colonel de Launiur, l'aide do camp que Dun.ouriez avait envoyé à Paris porter ses premières déi)êches. Laumur, iiKHiiot de la tournure que prenaient les événements, avait jugé à propos de s'éloigner de la tourmente et venait de se faire nommer conmiandant supérieur de Karikal-', dans l'Inde ; mais, s'il avait tiré son épingle du jeu en ce (pii le concernait, il n'avait pas été aussi heureux i-elativement à son généi'al, et ne lui rapportait (pi'un récépissé à la fois brutal et banal des lettres portées à Paris le 1().
Dumourie/, au moment où il éci'ivait sa lettre de l'avant-veille à d'Abancourt, pouvait encore se leurrer de l'espoir ([ue le silence gardé par le ministre était imputable plutôt à la négligence qu'à une volonté nettement déclarée de ne pas lui répondre. L'arrivée de M. de Laumur, revenant de Paris les mains vides, indiquait que ce silence était calculé, et que, si l'on ne voulait pas lui donner tort, un ne se souciait peut-être pas davantage de lui donner raison. Sans hésiter, il résolut de revenir à la charge, et le même jour, 29, il adressa ii d'Al)ancourt la seconde dépèche suivante :
« MONSIETIl,
« Je me trouve ti'ès incertain sur mon sort ; mais, quelque part que je sois, je tâcherai d"êti«' utile. Je
1. Archives liistipii(iiu's(lf lu Oiicrre. Ai'ince du Ni»rii. juillrt IT!)','. I>iniii>iirii^z H d'Ahancoiirt, -'i juillcl.
•2. « M. de Laiiiiiiir, lifiitPiiaiit-colonPl. mon aide dn ca!n|). vcnaiil d rtnnoinmi- par le Uni commaiidanl de Carical dans l'Inde, l'st venu ini' iMirc ses adieux au taui|) inie je luiniiiandé... •• 'Archive> liisliirii|ues de la (iuerie. Ariiii e du .Nord, juillet \'i'J'. buniuuiiez à Lajaid. v!U juillet IT'X'.i
le serois pins ici qu'ailleurs, parce que c'est ma patrie et que j'y jouis de la confiance publique. J'avois à conduire une division de G bataillons et 5 escadrons faisant 3.(»00 hommes d'infanterie et 550 chevaux; vous savez à présent les raisons instantes qui m'ont empêché d'exécuter mon ordre ; il s'agit du salut de ce pays-ci et je n'ai rien à ajouter à cet égard à ce qui est motivé dans le procès-verbal du conseil de guerre, tenu le 23 à Valenciennes, que M. Chancel, adjudant général, vous a porté de la part du général Arthur Dillon. L'inexécution d'un ordre que les circonstances ont rendu impraticable n'est point une désobéissance, et c'est ce que n'ont pas assez examiné les membres (de l'Assemblée nationale) qui ont désiré me faire une inculpation. Il ne faut plus compter sur cette division i^nir l'armée du maréchal Luckner, et, étant prévenu dos le 17, on a eu le temps de pourvoir à son remplacement. Il ne s'agit donc plus que d'examiner ce qui me regarde personnellement, et de décider dans quelle armée je dois servir et à (pielle classe on doit me ranger pour lutihté de la patrie; je m'en rapporte avec confiance à l'opinion du Roi. M. de Laumur vous rendra un compte exact de ce qu'il a vu; je ne vous détaillerai pas mes vues militaires que je ne sache si cela vous convient. Ayant un supérieur, c'est par lui que je les ferai passer. Je sais obéir, je connais mes devoirs, et, quelque emploi qu'on me donne, je tâcherai de le remplir d'une manière exemplaire pour mes subordonnés et utile pour la chose publique'. »
Pendant qu'à l'armée du Nord Dumouriez écrivait lettre sur lettre pour se soustraire à la volonté de
1. Archives hislorifiues de laGuene. Armée liuNonl, juillet 1792. Duraourifz à (J'AIjaiiciiurt. 11 juillel.