‹ La première invasion de la Belgique, 1792Chapitre 132 sur 135 · DU.MOURIEZ DEMEURE A VALENCIENS'ES SM · texte numérisé non relu

DU.MOURIEZ DEMEURE A VALENCIENS'ES SM

LuckiUM-, co (loi'nier, di'-pitc. offensé de nr j)liis avoir de nouvelles ni de son lieutenant ni de sa 2" division, mécontent de la lettre anibigui> de Lajard, prenait le parti d'adresser directement à Dumouriez une sorte didtimatum oii il le sommait une dernière fois de rejoindre :

« Je vous ijréviens. Monsieur, lui écrivait-il h la date du 28 juillet, que j"ai éci-it au Roi pour le prier de vous donner une destination qui ne vous laisse plus à mes ordres. Si cependant vous n'avez pas reçu du ministre les nouvelles instructions ([ue j'ai })rovo- ({uées, vous mettrez en mouvement le 2 d'aoust la seconde division que j'ai laissée au camp deFamars, et vous lui ferez suivre la l'oute que j'ai tenue avec mon armée. Dans le cas oii vous persisteriez dans le refus d'obéir à mes ordres, je vous préviens que j'autorise le général Beurnonville à prendre le commandement de cette division, et qu'à cet effet je lui adresse des ordres conditionnels '. »

La mesui-c prise par le maréchal était grave. 11 n" v avait (pli (|ue ce lut à croire que la situation de la frontière du Nord ne fût à ce moment très périlleuse, et personne, au 28 juillet, ne pouvait prédire l'immobilité de l'armée autrichienne. Luckner savait, de plus, que le roi et rAssemblée étaient saisis de demandes émanant d'autorités diverses et signalant la situation comme exigeant des mesures d'exception ; il avait entre les mains le procès-verbal du conseil de guerre dans lequel 8 officiers généraux et K.) colonels ou fonctionnaires militaires avaient déclaré indispensable le maintien de la 2" division au canq) do Maulde ; c'était assumer une grosse responsai)ilité que d'exiger l'exécution péremptoiie d'un onhe donné quinze joms au-

I. Archives hisloiiques (le la (iiicirc. Armi'-e <iii N'.id. juilii-l IT'.i'?. Lnckne»' à Oiimouricz. v.'8 jiiillel.

;{J8 LA i'Rp:mierp: invasion de la Belgique

paravant, sans admettre que rien ne pût en nécessiter la moditication.

Connaissant Luckner comme nons le connaissons aujourd'hui, il serait peu généreux, il serait cruel de lui imputer la respunsahilité de sa conduite en telle occurrence. Le vieux maréchal était incapable de cette énergie, il n'était pas de taille k prendre seul de telles résolutions, et, connue le comprit et l'indique très justement Dumouriez dans ses Mctiioirfs, il ne tit (jue sanctionner en cette circonstance une mesure qui lui fut dictée par son entouraii;e. Nous avons dit déjà combien Berthier, qui tenait, bien à tort, Dumouriez pour un Jacobin, avait d'hostilité à son endroit. Le futur prince de Wagram crut l'occasion favorable pour saper irrémédiablement la situation d"un ennemi dangereux, il la saisit avec empressement. Mais il avait affaire ii forte partie, et Dumouriez n'était pas un homme qu'on jelàt facilement à terre. Averti en sousmain par Biron, peut-être aussi par Valence, de l'origine véritable du coup qu'on lui préparait, il était prêt à parer cette botte avant (pie Luckner, ou plus justement Berthier, la lui portât.

Le SOjuillet, jour où arrivèrent à l'armée du Nord les dépêches comminatoires du maréchal, Dtmiouriez était au camp de Maulde, et Dillon venait de rentrer à Valenciennes, après avoir passé la journée k Bavay, évacué depuis l'avant-veille par les Autrichiens, Le commandant de la frontière du Nord avait passé la journée k étudier, en compagnie de La Noiie, d'Alexandre de Lameth, de Chazot, de Miaczynski et de quelques colonel>,la -iliiationde Bavay et l'opportunité de maintenir ou de supprimer la garnison de ce poste difticile k garder. Le conseil de guerre, composé des officiers dont nous venons de parler, avait conclu unanimement au choix d'une position plus avantageuse et Lavait indi-

DIMOIRIEZ KKMKl'KK A VAI.KNniENNKS .V.i^

([née à Berlaiiiiuut, au Sud de IJavay, la droite à la Saiiiliiv. la gauche à la tbivl do Morniale. On uvail beaucoup parlé dans cotlo réunion « do la grosse supériorité numérique do roiniemi », de la nécessité d'obtenir des renforts, et Dilion était encore sous le coup dos préoccupatidus (pio soulevait dans son esprit cette comparaison de sa faiblesse vis-à-vis des troupes autrichiennes, quand, en rentrant le soir à Valenciennes, il reçut un courrier de Dumouriez lui donnant à connaître les nouveaux ordres du maréchal de Lucknor.

Dumouriez, dans la dépoche qu'il adressait à Dilion au sujet de ces instructions, plaidait éloquemment sa cause, exposait les raisons qui exigeaient impérieusement le maintien de la décision du conseil de gueri-e du 23, s'étonnait que le maréchal ne tint pas compte d'une délibération oii 18 généraux ou colonels, présents sur les lieux, c'est-à-dire jugeant en pleine connaissance de cause, n'avaient eu eu vue (jne les nécessités de la défense nationale et le service du pays. Dans la lettre de Dilion, qu'on lira un peu plus bas, ce général parle sinqjlement du « courrier de M. Dumouriez )). Nous no nous étonnerions pas que le commandant du camp de Mauldo fût venu lui-même à Valenciennes traiter de vive V(jix cette question avec son généj-al et arrêter avec lui les termes de la réponse à faire à Luckner.

Comme nons l'avons vu, Dilion, encore sons l'impression de la délibération de l'après-midi, n'était pas disposé à recevoir favorablement la demande de Luckner. Il se mit incontinent à sa ta!)le de travail et écrivit au maréchal, avec ou sans l'aide de Dumouriez, la lettre suivante, qui porte la date du 3U juillet :

340 LA PREMIÈRE INVASION DE LA nELGIQIE

« Monsieur le maréchal,

« J'étois occupé à établir un camp sur la Sainbre* pour mettre fin aux horribles bri<;au(lafîes que les ennemis viennent exercer sur notre territoire depuis qu'ils s'ëtoient emparés de Bavay, lorsque j'ai reçu un courrier de M. Dumouriez, qui commando lo camj) de Maulde, qui m'a annoncé l'ordre, qu'il venoit de recevoir de vous, d'emmener 6 bataillons et 5 escadrons formant la seconde division projetée de votre armée. J'avois lieu de croire que la lecture <lu i)rocës-verbal que j'ai tenu ici le 23 du mois derniei", et que j'ai eu l'honneur de vous adresser, vous auroit prouve- l'impossibilité où je me trouve de laisser exécuter cet ordre. .l'ajouterai qu'ayant envoyé ce procès-verbal au Roi et au Comité des Douze de l'Assemblée nationale, il ne dépend plus de moi d'adopter aucune autre demande que celles qui me seront prescrites par le Corps Léifislatil" et le Roi.

« Permettez-moi de vous rappeler, Monsieur le maréchal, que vous m'avez vous-même recommandé la position de Maulde comme lo point le plus propre k l)réserver la frontière ; vous verrez dans le procèsverbal qu'il est à peine garni des deux tiers des troupes qui y seroient nécessaires, et il a fallu pour cela affaiblir considérablement la garnison des places qui, quoique moins exposées, ne sont cependant pas hors d'insulte. Si je vous envoyois le 6'' régiment de chasseurs, il ne r.'steroit (pi'une quarantaine de chevaux éclopés [>our faire le service depuis Lille jusqu'à Mau-

1. Voii- le |inicé8-veil)iil ilii ciiiiscil de j;uerrfi tenu Ip :ifl ;i Rsvay. el dans leiiut'l il fui di-cidt' iiu'im aliandumierail ce poslc, (xiiii- se i-i'i>cirleiplus en iii'i'iiTO vers 1m forélde Bcrlainiont, htdroite h la Sanibre. la gauche à la fori'l de Morniale. (Archives historiques de la Ouerre. Armée du Nord, .M juillet.)

nUMOURIEZ DEMEURE A VALENCIENNES 341

heiiiro. .lo joins ici un second exemplaire du conseil de iîuerre, présumant que le premier ne vous est pas parvenu. M. de lieurnonville est à son poste ; cet officier g:énéral me parait absolument nécessaire au camp de Mauldo. où il sert avec la plus grande distinction. Happide/,-vous, Monsieur le maréchal, que, tlans la note que vous m'avez donnée, vous avez compris cet officier gént'i-al comme devant servir avec moi. Quant à M. Miaczinski, il commande actuellement un camp très important à Pont-snr-Sambre, il est parfaitement instruit du local et de l'oljjet de sa mission ; je ne pourrois le (h'placer dans ce moment où il }»rotège les moissons contre les incursions de l'ennemi sans perdre la confiance des habitants de cette frontière et sans nuire à la chose publique'. ->

Nous serions très disposés à croire que Dumouriez était pour beaucoup dans la rédaction de cette lettre ; non seulement elle est de son style, mais on y discerne très bien sa logique, son habileté à répondre d'avance aux objections. On en est réduit cependant à cet égard à des conjectures, et nous n'irons pas plus loin que ces hypothèses ; mais ce qui est certain et ce qu'il faut ajouter, c'est qu'il ne crut pas suffisant d'avoir obtenti do Dillon la réponse qu'on vient de lire, et qu'en dehors de cette lettre il en écrivit, lui personnellement, trois autres, au roi. au ministre de la Tnierre, au maréchal, dans lesquelles il changeait habilement la question de terrain.

« Sire, écrivait-il au roi. penneitez que je porte à Votre Majesté ma plainte sur la lettre du maréchal

1. n est probable qu'eii ])ix'vt'naiil Dillon ([u'il eùl ;i donner |)ar inlérini l<' coniniandenuMil île la "J' division à Beurnonville. Lnckner imlii^uail .Miui'zlnski coninu- pouvant i'veiiliiellenn'nl rcniplaci-r ce dernier ofticier t:enéral an camp de Maiilde. La leltie de Liuknei- à Dillon n'existe pas aux Ajchives; on en est donc réduit à des conjectures à cet égard.

Luckner. Ce n'est pas contre lui, mais contre son état-major, et notamment contre le sieur Berthier qui l'égaré cl finira par le p(>r(lre. J'ai été forcé pour sauver ce pays-ci de suspendi'e lexécution des ordres de Luckner, mais je n'ai pas désobéi. J "estime trop ses talents militaires pour ne pas croire que, s'il eût été à portée de moi, il m'eût donné l'ordre d'aller au secours du camp de Maulde et de couvrir Lille, Douai, Boucliain, Coudé et Valencieunes. Il vous a écrit pour vous engager à me donner une autre destination ; j'ai pris de mon côté la liberté de vous faire une demande à laquelle je n'ai pas eu de réponse. Décidez de mon sort. Sire, et faites-moi passer vos ordres par le ministre de la Guerre ' . »

Outre cette lettre au roi, Dumourioz en adressait une autre au ministre de la Guerre, dans laquelle, en des termes différents, il formulait les mêmes plaintes et présentait les mêmes demandes :

« Monsieur,

« J'ai l'iionneur de vous envoyer coi)ie d'un ordre de M. le maréchal Luckner. Son exécution est impossible ; vous le jugerez par le procès-verbal du conseil de guerre que vous a envoyé M. Dillon ; c'est à lui k prendre un parti sur M. de Beuruonville e1 sur les

1. Archives hislDiicpifs ilc lii (iiiciie. Ai-iiic'i' diiNiiid. jiiillt>t I7'.i-'. DimiKiiriez an roi. .il jnillel. Xavier .Viiiloiii. le ficmlrcilf Fai'lii'. :i l'cril auversinle cette lettre la mite ci-joinle nui date, ciinime mi le verra plus loin. île l.'.tT ■ " Le c[itoyen| Berthier doiil se plaint Diiinonriez est le inèiiie qui avait eu une affaire à Versailles, lils ihi cf ilnyeni Heithier. archileete de la guerre et chef du bureau des iiip'uieurs f,'('(i^;raphes. Il avait lait la ;;uerre d'Araéi-ique. et avait déjà de la réputatimi d.iiis rélal-majur de laiiui'e luisque la Révolution lui jjrésenta de plus ^'r.mds nniyens de faire roiinaitre .«es talents. Custine demanda avec instance (pi'un le lui dunnàl pour chef d'f'tat-niajor. Uoussin liMinnena dans la Vendée, où il orf,'anisa les troupes levées à la hàle pour celle ^Mierre. Mais c'est snrlnul <m Italie qu'il a eu des succès comme administrateur mililaiie. Il est a pn-sent de l'expédition de Huonapaile (*), il faut altendre pour les ju},'er l'un el I autre la tin de leur carrière militaiie et politique.

(*) L'exprilition d'Bgypte.

DUMOUKIEZ DE.MELKi: A WM.KXCIEXNES 3'*3

Irniiiu's. (^)naMl à moi, je jxtrle ;m Roi mes plaintes sMi- la (liirclc'' (If cette lettre et notamment contre le si(Mn' BeiMhier, ((ni é^are M. le maréchal et finira par Ini iinire. On n'adresse pas nne pareille lettre à un anci(Mi officier et ii nn lientenant j^énëral ; ou n'ai)usc pas ainsi de l'ignorance de l'idiome d'un brave et respectable jiénéral ; on n'en l'ait pas ainsi l'instrument des intrigues et des cabales (pii divisent nos armées dans un moment de crise où le danger commun devroit réunir tout le monde. J'attends la décision de mon sort, j'attends ma destination; mais, si le Roi, qui me connaît parfaitement, veut en croire l'opinion publique et la confiance d'une j)rovince entière, il ne me fora pas sortir de ce pavs-ci où je puis être très utile. Je vous prie de prendre les ordres de Sa Majesté et de me les faire passer au plus tôt. En attendant, je vais me tenir au camp de Maulde, où vous poui'rez me les adressera »

Comme on le voit, cette lettre ne contenait pas seulement mi refus de se confornier à des instructions formelles du général en chef, elle contenait des plaintes contre les procédés de ce môme général, elle formulait la chose grave qu'on appelle en stvle militaire « la réclamation », c'est-à-dire une révolte, une revendication (jui n'est permise à l'inférieur, dit le règlement, « qu'après que cet inférieur a obéi ». D'ailleurs, Dumoui'iez ne devait pas se contenter d'adresser ses doléances au roi et au ministre : il n'avait jamais été ménager de sa plume, il écrivait comme il parlait, facilement, d'abondance; il voulut convaincre le maréchal lui-même de la fausse voie où l'engageait l'état-major de Metz. Le même jour, 31 juillet, il lui écrivait:

1. Archivps historiques de la Oiien-p. Aciik'I' iln Nord, juillet 1792. Dumouriez :i il'Abaticomt, 'M juillet.

3*4 I A inîi:.Mii;K?: invasion dk la BEi.ciiQiE

« Monsieur le maréchal,

« J"ai n^çii hier soir votro ordre, dat('' du quartier général de Longeville près Metz, du 28 juillet, et j'en fais passer sur-le-clianip la copie à TAsseuiblée nationale, au Roi et au ministre de la Guerre. Pour ce (|ui nie regarde, je crois remplir parfaitement vos intentions en attendant ici les ttrdres et les instructions du Roi en conséciuence de ce que vous lui avez écrit. Quant à M. Beuruouville et à la 2" division de votre armée, c'est à M. Arthur Dillou à confirmer votre ordre ou k en donner de contraires, d'après le résultat du conseil de guerre qu'il a tenu le 23, dont je vous ai envoyé copie et à M. de Lafavette. Comme cette pièce est entre les mains de rAssemltlée et du Roi, je crois qu'il sera obligé d'attendre le retour de M. Chancel, qu'il a dépêché en courrier à Paris, avant de pouvoir rien changer aux dispositions (pi'il a faites.

« L'inexécution forcée de vos ordres n'a jamais pu être prise pour un refus d'obéir. Je suis trop ancien soldat pour ne pas connaître mes devoirs, et j'avois trop d"amiti(' pour vous pour ne pas les remjjlir avec autant de plaisir que d'exactitude. Les circonstances justifient ce que j'ai fait. La dureté de votre lettre meferoit beaucoup de peine si je la nu'ritois et si elle étoit de vous'. »

Qu'allait faire Luckner dans ce conflit où Duniouriez était désormais couvert par Dillon ? Qu"allail-il l'épondre, de (pielle f'a(;on allait-il soilii' de l'impasse

I. Arcliivps liisliiiiiiiK's (le la Oiicrie. Aiiin-f» du Nm-il. jiiillol I7!l„'. niininiil'M'z ;iii iiKUi'cliiil Liickiicr. .'{| juillcl.

DUMOURIliZ nivMKlRIi A VAl.liNCIENNliS iitS

OÙ SOS sous-ordros favaicMit oiigagé? On })oiiiTail so livrer à cet éj?ard ;i bien des hypothèses, ;i bien des conjectures, dont l'étude du cœur humain pourrait tirer profit sans doute, mais dont l'histoire n'a ici que l'aii'e. La ((ueslion fut tranclu'e de la façon la plus simple et la i)his rationnelle par une lettre de d'Abancourl à Liickner, l'avertissant que, confornicment à l'avis du conseil de ijuerre tenu le 23 jnillet à Valenciennes et sur les représentations de l'Assemblée nationale, le Conseil du roi avait reconnu l'insuffisance <le la force militaire chargée de veiller h la protection de la frontière du Nord ; qu'en conséquence il maintenait définitivement au camp de Maulde les troupes composant la 2' division de l'armée du Rhin et les faisait passer aux ordres du général Lafayettei, c'est-à-dire à l'armée du Nord. Quant à Dumonriez, il demetu'ait })ersonnellement encore sans affectation; tout au moins on lui conservait sa précédente situation, puisfju'on ne lui en attribuait pas de nouvelle, et on laissait aux soins de Luckner et de Lafayette de décider s'il resterait à Maulde ou s'il rejoindrait à Metz.

Nous avons vu un \)0U plus haut que Luckner ne voulait plus de Dumouriez dans son état-major et qu'il avait (''crit au roi pour demander qu'on attribuât à l'ancien ndnistre des Affaires étrangères un comumndement qui l'enlevât à l'armée du Rhin. Lafayette déclara à son tour qu'il n'accepterait à aucun prix la présence de l)um(»uriez à l'armée du Nord, et que celui-ci eût k vider la place le plus tôt possible. Il signifia cette décision à Dillon dans une lettre écrite le '3U juillet an canq) de Villers-le-Rond : « ...Quant

1. "Jappiriids. MoiisiiMir, par un courrier de M. le maréchal île Luckner, que \i' ministre ;i retcini en Klanilie lesii bataillons et les.') escadrons que M l)umi)ui'ie/ était char},'é de conduiri' à l'armée du Centre... ■• (Archives liistui'iques de la Ouei're. .Innée du Nord, I7'.)2. Lafayette à Dillon, 30juillet.^

340 LA PKKMlkHK INVASION T>V. LA BKLGIQTI-:

à M. Dimiuiirii'z, disait Laravette, M. lo iiiaréclial (le Luckiicr ni moi ne vonlons qu'il reste dans mon aiinre ; il a en les ordres de M. \v maréchal pour eu j)arlir. Ce général a même écrit au Roi pour se plaindre formellement de M. Dumouriez, et, comme il n'est point employé dans mon armée et que je n'ai point de commandement à lui offrir, vous ne l'emploierez point et vous lui ordonnerez do partir'. »

Dumouriez prétend, dans ses Mémoires, que Lafayette avait envoyé à Dillon l'ordre non point de le faire partir, mais de l'arrêter et de l'envoyer à la citadelle de Metz :

c< Dillon, ajoute Dumouriez, eut la sagesse de ue pas essayer d'exécuter cet ordre et la fidélité de le tenir secret'-^. «Rien n'existe aux Archives de la Guerre qui corrobore cette assertion de Dumouriez, et, tout au contraire, la lettre qu'on vient de lire la dément catégoriquement. Il y a lieu d'ajouter que Dumouriez n'était point sous les ordres de Lafayette, (ju'il comptait à l'armée du Rhin et non du Nord, et que, si quelqu'un avait pu prescrire de l'arrêter, c'eût été Luckner et non Lafayette.

Comme on peut en juger, il s'en fallait que la conduite de ces armées du début de la Révolution fût chose aisée : troupes sans homogénéité, la plupart sans expérience, essentiellement impressionnables ; des généraux remplis de bonnes intentions, mais affolés par la responsabilité qui leur incombait tout à coup, tirant chacun du coté où il leur semblait que se présentait le danger; des ministres de la Guerre sans valeur et sans autorité ; un généralissime hébété et gâteux, tels étaient les éléments avec lesquels il

\. Archives liistori(iuos ilc In (Iiiimtc. Arnu-c du Nonl. iiiillPt I7!r2. LnfaypU.! à Dillon. 30 juillnt.

■J. Dumouriez, Mémoires, II, liv. V, cha)». m.

DlMOrRIE/ DEMEIRE A VALENCIENNES 347

fallait s'opposer ;i nue invasion (pii apparaissait à ce moment formidable.

Lafavette eut ('-tr, ;i celle" <latr, le seul lioiinne dont Tintliience sur l'armée, <lont le prestige eussent été suJ'Hsants pour s'imposer ;i toutes ces bonnes volontés dévoyées. Il possédait, comme le dit Dumonriez, « rextéricur du commandement^ », et, avec ces dons phvsiques, très probal)lement le fonds d'un général en chef. Jomini a dit de lui - qu'il eût fait la guerre avec distinction si le sort n'en avait décidé autrement' », et toute sa correspondance officielle en 175)2 confirme pleinement cette appréciation du grand critique militaire.

Il est très probable que, généralissime à la place de Luckner, Lafayette n'eût pas provoqué le conflit dont nous venons d'étuilier les péripéties, conflit dont les suites ne pouvaient qu'être funestes à la fois à la discipline et au salut public. 11 eût su en tout cas ne pas laisser prendre à cette querelle rampleur et la tournure aiguë qu'elle revêtit avec le maréchal. La fermeté de Lafayette était i)roverbiale dans cette armée qu'il commandait depuis un temps relativement court, et, au rebours de bien des chefs, il savait montrer les dents davantage ;i ses supérieurs qu'à ses subordonnés. Il avait prouvé déjii ■', et il devait faire voir à brève échéance', ([u'il n'hésitait pas, dans l'occasion, k assumer la plus grave responsabilité. Il écrivait, le 20 juillet, de LongM'y, au ministre Lajard, qui lui avait rei)roché de trop (Hsséminer ses forces: (( ... Je vous déclare, Monsiciu-, que, parfaitement insensible aux clanicuis, aux calomnies et aux raison-

I Duiiiouriez, Mènwircs, II, liv. V, chai», m.

•' Jomiiii, Histoire des i/iierres de la /lévotutioii (wlilioii liel(;e). IJnixclli'S. IsVl. l«. IKi, cl. I.

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