LES ARMKES ET LE COMMANDEMENT EN CHEF
A viiig^t-six ans (17iS), il venait (rôtro élevé au ffrade de major, quand le traité d'Aix-la-Chapelle, qui mettait fin à la guerre, vint brusquement anéantir les espérances qu'il avait pu fonder sur des dé})uts aussi rapides. Il profita de ces loisirs pour se marier, et épousa, dans Tannée même, une richissime Hollandaise, M"" de Cvpi'cs, dont la famille possédait des biens considérables dans le Holstein. Neuf ans s'écoulèrent sans ([ue Luckner eût occasion de revenir à la carrière de son choix; mais, quand la guerre de Sept Ans rappela en Allemagne les aventuriers de tous pays, Luckner n'hésita point à dire adieu au calme dont il jouissait près de sa femme, pour reprendre la vie accidentée du soldat en campagne. Grâce à son mariage, il avait pu se faufiler dans la haute société hanovrienne, et, sur la recommandation de son ancien général, le duc de Cumberland, qui l'avait présenté à la princesse d'Orange et au roi Georges II de Hanovre et d'Angleterre, il obtint de lever un corps de hussards francs qui allait acquérir bientôt une réputation européenne. On a quelques notes assez curieuses sur la façon dont Luckner était apprécié à cette époque des personnes qui le virent de près. A propos d'un voyage que le futur maréchal avait fait en Hollande pour le recrutement de son nouveau corps, le secrétaire d'État Westphalen écrivait au duc de Brunswick que : « Luckner lui paraissait un homme d'intelligence médiocre, mais que, dans la situation actuelle, et comme il ne s'en présentait point de meilleur pour la tâche qu'on attendait de lui, il serait avantageux de le conserver 1 ». Cependant, cet aventurier, (( qu'il son maintien comique on eût pris pour un vendeur de mithridate, qui, à le juger par le jargon incom-
I. Cité par l'otcn dans l'.ilhjcmrine dculscltu /iiuyrnphie, l. XIX. I,(.'ifi7.ig, 1884 ; art. Luckner.
•24 LA l'REMIKRK INVASION DE LA BELGIQUE
préhensihle <le ses rapports, semblait n'avoir pas le sens foinniun, avait reçu de la nature un don particulier pour la petite guerre. Personne n'était plus rusé que lui, ni ne raisonnait plus juste pour tirer parti de l'occasion présente' ». 11 était arrivé à se composer un corps tout à fait hors ligne, non pas assurément pour la moralité et les vertus qu'on apprécie chez le vulgaire honnête homme, mais pour les qualités de hardiesse, de témérité, d'insouciance, d'endurance qui rendent la soldatesque appréciable. On n'entrait pas, d'ailleurs, aux hussards de Luckner, sans avoir fourni des preuves do vaillance éprouvée, et quelques coups de sabre bien donnés étaient indispensables pour être admis dans cette })halauge, ;i beaucoup d'autres égards peu recommandable. Ce fut à la tète de cette bande de soudards et de mercenaires, recrutés un peu partout, que Luckner tît toute la campagne de Hanovre, donnant en maintes circonstances les preuves, non seulement d'une intrépidité peu commune, mais encore d'une aptitude à la gueri-e de partisans tout à fait exceptionnelle. Son principal historien, le général von Dachen, nous a conservé le souvenu' de ces audacieuses « housardailles », comme on disait au xviir siècle, et un volume a été effectivement nécessaire pour les enregistrer toutes. Un jour, un peu avant la bataille de Crevelt, Luckner tombe sur le parc d'artillerie du comte de Clermont, bouscule les 3 escadrons qui le gardaient et se retire en emmenant 60 chevaux. Quehiues semaines après, dans la nuit du 11 au 12 juillet, il fond, à Holzhausen, sur iOO cavaliers qui se gardaient mal, les met en déroute et en tue un grand nombre. La surprise d'un autre détachement })rès Lalide, sur le Weser, sa pointe de