I.IKUTKNANTS (iHNKRAl'X ET MARKCllAUX DK CAMP
(le colui (jiii s'empara de nos ofHciers a})rès 1703.
II est nièine permis d'avancer qne ce monvoment atteignit, à cette époque, un intensité supérieure à celle dont nous avons été les témoins. Les militaires n'étaient pas seuls à y participer. Les hommes les plus pacifiques y prirent part, et le souflle réformateur entraîna jusqu'à des femmes. Voltaire et d'Alemhert, M"" Geoffrin, M"" de Lespinasse, la baronne d'Oberkircli émettaient leur avis sur l'ordre mince et sur l'ordre profond. Les uns tenaient pour le système de M. de Mesnil-Durand, d'autres pour celui de M. de Guibert. L'Académie elle-même entra dans l'arène et risqua son mot sur la matière. Elle fit davantage encore. Chose extraordinaire, fait qu'on ne verra probablement jamais plus, elle ouvrit ses portes à M. de Guibert, à un modeste colonel, de naissance médiocre, sans fortune, sans protection, dont le titre presque unique à cette distinction suprême était un livre intitulé : Essai général de tactique.
Lauzun eût pu suivre l'impulsion générale, sentir quelque intérêt pour ces problèmes qui passionnaient grands et petits autour de lui. lin en fit rien. Il n'était cependant pas incapable d'application et possédait notamment cet esprit « naturel » qui n'est qu'une facilité à discerner d'abord la raison des choses sans être capable de les approfondir bien avant. Avec de l'observation, une dose movenne de pénétration, il est permis ii un ignorant, par le seul frottement a\ec des gens qui savent, d'acquérir un certain vernis, d'avoir des « clartés de tout », comme disait Molière. Lauzun n'eut jamais que ce masque.
Un jour, en 1777, le maréchal de Broglie obtint d'appliquer au camp de Vaussieux, près Bayeux, les théories contrcidictoires de Mesnil-Durand et de
40 LA PREMIICRE INVASION DR LA RRLÛIQI'E
Guibort, de mettre aux prises sur un terrain réel Tordre mince avec Tordre profond. M. de Mesnil- Durand, auteur d'une méthode tactique qu'il appelait « système frauçais», faisait résider la imissanre des armées dans les formations de choc. Il étabUssait des l)ataillons sur un iront étroit et une grande profondeur, les disposait dans cet ordre les uns derrière les autres, et lançait cette masse compacte, au pas de charge, sans un coup de fusil, à la baionnelte, sur la position ennemie. Guibert attriltuait au contraii'e la décision des batailles au feu de Tinfantei'ic. 11 demandait ([u'au lieu de masses profondes à front restreint, dans lesquelles les neuf-dixièmes de la tnjupe sont dans l'impossibilité d'utiliser les effets balitisques de leur arme, on amincit les lignes, qu'on les étendit sur un front considérable, de façon à obtenir la somme de feux maxima.
Lauznn prit part à quelques exercices de Vaussieux parce qu'il était de bon ton d'}- assister. On devait le voir là comme on le voyait aux courses, à Longchamps, au Conrs-la-Reine ou dans les salons de la princesse de Guéménée : mais, en réalité, il accordait un médiocre intérêt à ces expériences de manœuvres. Il voyageait beaucoup. On pouvait croire qu'il cédait, là encore, au courant du temps, car on se déplaçait déjà facilement à la fin xviii" siècle. Et la mode était précisément, pour les inihtaires, d'aller en Prusse voir Frédéric, de chercher là des modèles, d'examiner de près ces troupes prussiennes, devenues du jour au lendemain les premières du monde. Guibert, Toulongeon, Custines, Dumouriez, Mirabeau, avaient été ou devaient être de ces voyageurs, partis pour les bords de la S])rée avec l'idée d'y découvrir des secrets qui fussent utiles à leur ]>atrio. Lauzim s'achemina vers IJerlin gniib' par un tout antre motif. Il était allé en Angleterre p(»ur voir