CHAPITRE IV
IJ-: PllEMIER CHEF D'ÉTAT-MAJOR DE ROCHAMBEAU r.E (ÎÉNKRAL JARRY
De toutes les personnalités militaires secondaires que nous avons nommées au précédent chapitre, un seul, Biron, possédait une notoriété, notoriété de grand scifçneur, d'homme politi([ue et d'ancien courtisan, qui rélevait réellement au-dessus de ses pairs. Il se trouvait, cependant, à l'arinée du Nord, un autre personnage, qui, dans un autre genre, jouissait également d'une considération particulière. C'était un certain Jarrv ou Jarry do la Villette, qu'on venait d'expédier à Rochainbeau comme chef d'état-major général^ et que nous devons faire connaître avec quelque détail pour la double raison du rôle qu'il joua dans les événements mihtaires que nous avons à raconter et de l'étranj^eté du personnage.
Ce qu'était exactement ce Jarry, peu de personnes étaient en mesure de le dire à l'armée du Nord, On savait vaguement qu'il avait servi sous Frédéric, et
I. Nous n'avcdis pas Li'niivi' la iiiiiniiialiuii de Jarry eu (lualilé <l'^ i lii'T «rdat-inajor, mais il n'v ;i :iu un ilrmti' iju'il ne remplit ces fonciimi- .i l'arinre «lu Nord. •• Il m'imII uccrss.ure i|ui' M. de .Jarry, ch^f d'. lal-niajor. soit appliqué à la p. nie qui lin ('(PiivieiiL : l'avaiil ^ai'de... ■• (l.r j;i''iiéral de Valencp au miuis.re de la Guerre, -M mars IT'.r.'.j Voir aussi ce (|ue dit Foissaol.atoiir dans sa lielaliun de itj-iicdiliou de Mon.s. De nième, la lettre du comniissaire général Dalency citée plus loin (|i. ',;; : inliu la l)ii e également citée jiar nous (p. 213J et signée : " Jarry. ailjudaut génér..i. Liief d'étal major de l'année du Nord. »
heaiicoup <lo £?ens le prenaient pour un officier allemand passé on ne savait trop (|uan(l ni coninieiit au service de la France.
Cependaiit, cette croyance en la nationalité étrangère du chef d'élat-major de Rochamheau n'était pas fondée. Jarry était effectivement Français, avait fait en France des études pour entrer dans le corps des ingénieurs, et venait de terminer ses examens, (juand des offres lui furent adressées pour l'inviter à prendre du service en Prusse.
A cette époque il n'existait aucun préjugé qui empêchât un officier d'occuper un emploi chez une puissance autre que sa patrie. Jarry accepta donc d'aller en Prusse, et il quitta la France dans ce but, probablement en 1755. Il avait à cette époque vingt-deux ou vingt-trois ans.
Ce que fit Jarry en arrivant dans son nouveau pays d'adoption, nous ne saurions le préciser avec détail. Une note manuscrite, conservée aux Archives de la Guerre, et dont le texte nous permet de fixer la date à la fin de 1790, affirme que Jarry avait « servi sous le feu roi de Prusse pendant toute la guerre de Sept Ans ' ». C'est donc contre nous qu'il aurait fait ses premières armes, et c'est peut-être lui qui avait établi sur la colline do Janus la batterie do 18 pièces qui, à Rossbach. contribua si puissamment à la déroute du prince de Soul)ise. (^uoi qu'il en soit, il est certain (pi'à la fin de la guerre de Sept Ans, notre compatriote servait depuis plusieurs années en Prusse. Effectivevement, nos archives possèdent la co})ie, de la niain de Jarry, d'un brevet prussien (lansle([nel Frédéric II
I. D'après les Mi', noires <lu inajor fjéïK'ral anglais Lo Maicliiiiit. Jarry aurait ikih seiilerncnl l'ait toute laf^uerredeSept ans. mais y aurailété blesse à diverses rei)rises. « Afler the Seven's years war, iu wicli lie is said lo hâve received several severe wounds. >> [lUctionary of tmlioiuil biogru/j/ii/, Londou, 18'.I"J, art. J in-y.) Il est vrai (|ue le » he is said » n'est pas bien aftiriuatif.