Signée le lu (Ir'ciiiiluc IT'.iu
90 I,A PKKMIKRE INVASION HK LA BKlAilQDE
Léopold — qui avait succédé le 20 février 1790 à son frère Joseph — avait su réduire à merci ses anciens sujets, disperser les troupes rebelles, étouffer pour un temps toute velléité de révolte.
Dumouriezvoyait <lonc confirmer et au de Ik les prévisions pessimistes qu'il avait rapportées de Bruxelles.
Cependant, cet esprit audacieux que travaillait une imagination ardente, qu'un sanj^ tout méridional poussait sans répit vers les aventures, n'était pas de nature à oublier l'entreprise dont il avait entrevu un instant la réalisation possible. Dès la fin de 17U1, un certain nombre de Vonckistes ou de îStatistes émigrés dans notre département du Nord avaient été organisés en légion sous le commandement du général belge de Rozières et du comte de Béthune-Charost ' ; ils entretenaient l'Assemblée législative de leurs espérances, donnant à entendre que l'entrée d'une armée française dans les Paj^s-Bas seraitlesignald'un soulèvement général; les députés du pays de Liège tenaient les mêmes discours relativement à l'appui à attendre des sujets du prince-évêque. Dumouriez fut un des premiers à accorder créance à ces assurances conformes à ses désirs ; il avait, par les relations de sa famille, fixée comme on l'a dit à Cambrai, des attaches étroites avec nombre d'insurgés belges, et quand, au mois de mars 1792, il fut devenu le ministre préféré du roi, il songea tout d'abord à prêter k nos amis les révolutionnaires brabançons l'appui qu'ils sollicitaient toujours avec instance.
1. Ce M. de Héthuiif. qui jipiiîi un moiiieiit nu rùle imi»«rlant flans le Rouiéveineiit biabançim. eut vinilii accai)ait'r la sédilicm à sim pnitilet se faire élire lui des Belles. 11 l'choua com|di'lemeiit et. ajuès mie vie fort accideiili-e, liiiil par mourir assez niiséralilemenl. — ■< U y a nii iielil M. de nélliuue, àf,'é de JO ans loul an plus, jouissant d'une forlune immense. U m'a paru plein d'esprit, fort inlrit;ant, abhorrant l'Kmpereur sans aimer noire révolution et se mêlant beaucoup des atVaires du Hrabanl. » l.auznn à Talleyrand. de ValcTiciennes, JO décembre 17!ll. — La JUvi/niphic belge a consacré à ce Béthune-Charost un imporlanl article.
LA l'KKl'AKATION DU PLAN DE CAMI'AGNI'; 01
Cependant, depnis 1790, les événements avaient pris une tournure accentuée qu'ils ne possédaient j)oint à cette éjuxpic. Il ne s'agissait alors (pie da})porter à ces pays insurgés l'aide de quelques milliers de baïonnettes françaises; aujourd'hui la question était tout autre. C'était avec Tensemblo de nos forces uiililaires que nous devions pénétrer dans la Flandre autrichienne, soulever tout le pays de la Meuse à la mer, nous créer des alliés chez nos ennemis mêmes, faire une guerre d'invasion aidés précisément par ceux-là que nous allions envahir, combattre, ayant derrière nous le solide appui de nos places fortes du Nord, alors ([ue l'ennemi ne tirerait ses renforts que d'une base éloignée et précaire. Dans ces conditions, le plan méthodique et sage que nous avons ^ u, un peu plus haut, Rochambeau présenter, n'était plus acceptable; tout au moins ne répondait-il plus qu'en partie à l'hypothèse admise. Si, temporairement, l'armée du Nord i)ouvait encore demeurer sur la défensive, il était indispensable qu'une autre masse, celle qui était le plus près du pays de Liège — l'armée de Lafayette par conséquent — envahit la basse Meuse et se dirigeât de Liège sur Mat'stricht '.
Que Rochambeau ait été consulté sur l'opportunité de modifier son plan dans le sens que désirait le nouveau ministre des Affaires étrangères, le fait est certain ; qu'il se soit refusé à rien changer à sa conception première, la chose est également hors de doute'-. Toutefois, habitué k s'incliner devant la volonté du roi, que Dumouriez représentait on avait l'air de représenter, le maréchal laissa faire. Il i)arut même accep-; ter, sans opposition, sans trop rechigner, les idées du ministre; c'est, tout au moins, ce (ju'on peut infé-