I. iin/e»i. Talleyrandà Biiou, .j avril
prodij^ieuse dcsorlioii (jui dcNait ('•[)i'()uvcr rarméc inilH'riale dans les quinze premiers jours de la déclaration de guerre, de rembarras et de la souffrance que cette désertion mettrait dans toutes les opérations de l'ennemi ». Et il lui annonçait encore deux: mois après, le 0 mars, « ([u'il se préparait un grand mouvement de désertion dans les troupes de l'Empereur »,et qu'il était averti, lui Lauzun, « qu'il pourrait nous venir d'un moment à l'autre des 'conii)agnies, peut-être même des cov\)s entiers avec chenaux, armes et bagages ».
Lauzun avait repris ce thème avec Dumouriez. En montrant au ministre les Brabançons, c'est-à-dire les Belges, sur le point de se soulever en notre faveur, en lui signalant les régiments autrichiens })rêts à passer en masse sous nos drapeaux, il lui faisait toucher du doigt la nécessité d'utiliser sans retard des sentiments aussi favorables à notre cause. Pour en tirer parti, il fallait obligatoirement que l'armée du Nord prit le plus tôt possible l'offensive; qu'elle pénétrât en Belgique; qu'elle fit tond)er par son irruption en pays autrichieu les scrupules des quelques Belges qui pouvaient hésiter encore h se soulever,
Dumouriez était tout disposé à prêter l'oreille à ces propositions. Effectivement, s'il avait conçu jadis des doutes sur l'efficacité du soulèvement belge contre la domination autrichienne, "c'est qu'il avait envisagé surtout la faiblesse des chefs du mouvement, des dirigeants tels que Van der Xott ou Van Eupen; mais il avait toujom's cru ;i l'existence d'un sentiment de révolte dans le peuple, et, en admettant (pie ce sentiment ne fût jtas aussi raractérisé en Belgique que dans l'évêché de Liège, il n'était pas moins possible, pas moins politicpie d'en tenircompte, de s'en servir. En ce qui concernait la désertion
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aiitricliieime, la proposition de Biron lui ctiisa une joi(» profonde et lui apparut comme sij^iialant un lait (l'importance capitale. Ils'yrallia instantanément, avec passion,etré[)on('itl(> jour même iilUron, lui demandant non seulement (raccneillir sans diff(''rer les d(''sertenrs (pli se présenteraient, mais « de les envoyer à Paris oii leur promenade ferait un beaucoup meilleur ciret (jne la promenade des Chàtcauvioux' ». Dans une autre lettre, sur le même sujet, il disait encore : « Préparez la désertion autrichienne, et, sous peu de temps, nous lâcherons la bride ii ce moyen d'effraver le " jeime honune'-' ». Si nous [jouvions avoir un corps tout entier, armé et vêtu, nous lui ferions une entrée triomphale à Paris comme aux Chàteauvieux, et cela ferait un bien autre effet. »
Lauznn avait, en réalité, mis en avant cette histoire de déserteurs autrichiens' comme un ajjpàt destiné à amorcer Dumouriez, à l'amener à l'idée de l'offensive pour l'armée du Nord. Cette modification au plan stratégique de Rochambeau demeurait pour lui la question principale, la désertion des troupes autrichiennes était l'accessoire. Mais c'était le contraire (jui se passait dans l'esprit de Dumouriez, et ce qui l'avait frappé le plus dans les dépêches de Lauznn, c'était précisément cette question de déserteurs. Ce (ju' apercevait le ministre, dans la situation que lui faisait entrevoir son corres})ondant, c'était bien moins le fait lui-même que la portée morale ({u'il pouvait avoir, que les conséquences dont il pouvait être l'origine pour l'avenir de la Révolution. Les
I. Nous rappelons ici fine les soUhits siiiss(;s du n'^inu'ut de (i'diMtcaiivieux. condamnés aux {galères à la suite de la révolt(! de Nnncy, aoi'it IT'.iu, venaient d èti-e graciés et ramenés à Paris. l\ y eut au sujet de leur flélivrance et de leur retour une fête |)opul;iire. dans laquelle ces criinin(ds vuljîajics furent promenés triomphalement dans les rues [jrincipales de la cauitale.
•1. François II. qui venait d'être élu empereur à vin},'t-qualre ans, en remplacement de Léoiiold II, mort le l'"' mars ll'.vi a])res deux ans de rét;nc.
loi LA PRKMIKIŒ INVASION DE LA RELGIQl'E
Belges révoltés, donnant tout d'un coup la main aux soldats aulricliions leurs oppresseurs ; les uns et les autres franchissant ensemble la frontière en abandonnant, ceux-ci leur sol national, ceux-là leur drapeau et venant côte à côte se ranger sous « l'égide de la Liberté », quel coup d'éclat en Europe, (piel coup de théâtre, (piolle « réclame »!
A partir des premiers jours d'avril, on voit cette illusion de Dumouriez de promener dans Paris des uniformes autrichiens s'élever chez lui ;i l'état de manie, d'idée fixe; il en parle dans toutes ses dépêches, il y revient à diverses reprises dans la même lettre.
« Faites passer les déserteurs tout équipés à Paris, écrit-il le 13 avril, et, pour qu'ils soient parfaitement reçus, adressez-les de club en club, jusqu'à celui des Jacobins. Si, comme vous me l'assurez dans une de vos précédentes lettres, vous avez la possibilité de faire déserter une compagnie ou un escadron entier, nous sommes sûrs que. cela nous produira deux l)ons effets. Le premier, d'encourager la Nation, parce qu'elle verra par expérience qu'elle peut espérer fondre cette grande armée par l'a})pàt de la liberté et de l'aisance. La deuxième est d'effrayer les généraux autrichiens en leur insj)irant la méfiance contre leurs soldats. Comme les généraux sont des Allemands brutaux et bêtes pour la plupart, ils croiront pouvoir arrêter la désertion en redoublant de sévérité, et cette même sévérité augmentera la désertion'. »
Un peu plus bas, toujours dans la même lettre, Dumouriez disait encore : « C'est dans vos lettres que j'ai conçu le plan de faire cette opération très en grand. Occupez-vous-en sur-le-champ pour (pi'avant huit jours nous puissions promener des Auti'icliiens
I. Rcfiistrc fie correspondance de Biron. Dumouriez à Biron, de Paris, 13 avril 1792.