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LA PRÉPARATION DU PLAN DE CAMPAGNE

dans Paris coinine on va y promener des soldats de Chàteauvieux. » Dans une autre lettre, Dumouriez revient encore à la charge : on sent qu'il enti-evoit do plus en plus dans ce projet une source intarissable d'avantages, et qu'il tient absolument à en hâter la réalisation : « Tachez, dit-il, de nous envojer à Paris des ulilans et des Hongrois que nous puissions carrosser et promener comme les soldats de Ciiàteauvieux... surtout envoyez-nous les déserteurs à Paris, tout habillés, armés, montés surtout. S'ils peuvent être un peu nombreux... adressez-les de club en club. 11 faut qu'on les voie à Paris, qu'on les y fête et que tous les papiers publics en retentissent. » Et du lendemain, 1 i- avril, six jours avant la déclaration de guerre : « Suivez très vivement le projet d'embauchage ; allez-y bon jeu, bon argent, d'après ma lettre d'hier matin. Le plus tôt que nous pourrons faire promener des uniformes au Palais- Royal sera le mieux... »

Dumouriez, à la fois madré et naïf, doué d'une imagination sans cesse en travail, entrevoyait déjà toute l'armée de l'Empire combattant dans nos rangs et sous nos couleurs : « Je prévois avec plaisir, disait-il à Kiron, le 27 mars, qu'à la tète des troupes de la nation vous commanderez bientôt une armée autrichienne dont nous nous servirons parfaitement contre les despotes. » Que ne devait-on donc point faire pour Lauzun, pour cet homme précieux qui avait conçu et se faisait fort d'exécuter ce plan génial de désertion en masse ?

Le bâton de maréchal de France ne paraissait i)as une récompense exagérée pour un tel service, et Dumouriez n'bésitait pas à k- lui promettre. « Laissezmoi, lui écrivait-il, laissez-moi saisir l'occasion de vous mettre à la main le bâton qu'ont honoré vos pères. »

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Kt, |M>iii- faire naitre cotte occasion, le iiioveii le plus sûr était non seuleineiii dattribiier ii rai'iiiée du Nord uu caractère nettcnieut offensif, mais surtout de réserver à Biroii le rôle principal dans cette offensive. Il ne pouvait existei* aucun doute h cet égard.

Ce fut ainsi que, séduit par les raisonnements spécieux de son correspondant , désireux de lui être aj^réahle, de le mettre en lumière, Duuiouriez commença à prêter l'oreille aux propositions do Valencionncs, concernant ro})portunité qu'il j»ourrait y avoir à modifier le plan d'opérations Hochamheau- Lafayette. L'idée de cette modification, d'abord assez vague dans Tesprit du ministre des Affaires étrangères, finit par germer, par prendre corps, par se développer, et se développer au détrimouL do toute autre. C'était donc le vrai moment pour Lanznn d'agir avec insistance auprès de son nouveau protecteur, le moment d'obtenir de lui quelque chose de ferme, de positif, et le rusé personnage envoya k cet effet son aide de camp Beauharnais à Paris, prétendant qu'il ne pouvait quitter lui-même Valonciennes '. En réalité, c'était une finesse de plus que de faire conduire par un tiers cette négociation tout intime. Un agent dévoué, comme l'était Heauliarnais, pouvait plaider la cause de celui qui l'envoyait avec autant de chaleur que l'intéressé en personne ; il pouvait davantage faire de son chef un éloge qui eût été déplacé dans la bouche de Kiron lui-même. F)eauharnais vint donc à Paris "et trouva, dans le ministre des Affaires étrangères, un homme tout converti, nous l'avons déjà dit. Cependant il restait à régler

I. " lin vi'i'ilé, je criiis (|iril y aiiinil ilnii^riT à luo faire quillei' Vnli-iiciemics pmir i|iiiii'aiilf-liiiit ht-iuos. On tiavnilli' nos Irmuics de luntes les manières iiossibles, on ne sDempe d'aiilre clinse qn»' île ineparer des iiisiirlecliniis. Ma pré;-ence cunlienl loiU, parce (jnemii surveillance esl grande, <pi(; je suis bien informé et lieaiiomp avec^ le soldat. » 'Kiron à Duniouriez, t> avril.;

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d'une l'ac-oii plus précise les modifications (pi'on se proposait (lapportcr au plan en projet à ce jour. Diunouriez et l'envoyé de Lauzun se mirent ensemble à Tonivre, et ce fui ;i ce moment, ce fut dans ces conférences, (pie fuivnt détinitivement c()nd)inées, nous allions dire complotées, la nouvelle conceptiou strat('^i([U(' et l'offensive de l'armée du Nord.

Il fut décidé que, tout en conservant ii Uocliaiulieau le commandement nominal des troupes, on ne laisserait guère à sa disposition que des réserves, les bataillons de garde nationale inexercés, en un mot les contingents de seconde ligne, et qu'au contraire, tout ce que l'on pourrait rassembler de troupes actives serait réuni sous Lauzun, en une s(nde masse destinée à opérer une irruption soudaine dans le Brabani. Pour assurer les lianes de ce corps principal d'invasion, ou le soutiendrait à droite par l'armée de Lafayette, à gauclie i)ar des détacliemcnts tirés de Lille et de Duidvcrque.

Tout cela ne fut pas encore arrêté dans tous les détails, mais les grandes lignes du projet fm-ent bien déterndnées. Aussi le soir du il avril, Beauharnais pouvait-il annoncer avec vérité, à Lauzun, « (pie l'armée du Nord devait être offensive comme celle du Centre et qu'une division de 20.000 hommes placée sous son commandement serait particulièrement destinée à opérer activement ». — « Toutes les mesm*es relatives à ce système, ajoutait-il, vont être prises, et ])lusieurs même qui s'y rattachent ont d(''j;i été ordonnées'. »

Deux jours après, le VA, Dumouriez écrivait luimême à Lauzun pour lui confirmer ces nouvelles : « Si la totalité de l'armée du Nord n'agissait pas offensi-

I. Archives historiques de la «iiierrc. (Carnet île corres]ionilance <le Limzuii. Beauhui'Duis a Lauzun, H avril.

vemeiit, lui dis.iil-il, il y aurait cependaiit uue partie de cette aruiée euiployéo très aclivement, et e'est vous qui la commanderiez'. »

Ce furent du 11 au 13 avril que prirent fin les conférences entre Dumouriez et Beanharnais ; tout avait été examiné, pesé ; toutefois, il restait un point à préciser : la façon dont on forait accepter à Rochambeau la situation nouvelle.

La question était délicate. Rocliauihoau, i)ar son âge, par sa situation personnelle, par son grade, enfin par la faveur dont il jouissait auprès du roi, était une personnalité avec laquelle même un ministre ne pouvait se passer do garder des ménagements. Or, on se doutait bien que le maréchal opposerait un veto catégorique à une modification aussi radicale que celle h laquelle on venait de s'arrêter. Dumouriez, doué d'un esprit fécond en ressources, chercha un expédient; Beanharnais s'ingénia, Lauzun fit de même : ni les uns ni les autres ne trouvèrent de raison plausible.

Les choses en étaient en ce point quand le hasard parut vouloir les servir d'une façon inespérée : le bruit coui-ut, le 15, que l'hydropisie don! souffrait le maréchal s'était subitement aggravée et que vraisemblablement une issue fatale allait se produire.

Déjà, deux semaines auparavant, la maladie de Kochaml)eau avait à peine été connue, que, dans le cercle des amis de Biron, on s'était préoccupé de la succession du maréchal et l'on s'était mis à l'œuvre pour y pré])arer l'opinion : (( L'opinion pubhque, écrivait déjii à ce propos Beanharnais à son général, est toujours que M. de Hochandiean no partira j)as et que ce doit être vous ou M. d'KsIaing ([ui devez commander l'armée.

l. Jhiiliiii. Dumouriez à Luuzuii, 13 aviil.

LA PKKPARATION Dl" l'I.AX DE (\VMrA(iNK lO'.t

J'ai i>ass('' la soirée liicrcluv, Cond... avec i'altbé Si... ', la députation do Boi'deaux, etc. Ils désirent tous que vous ayez en chef le commandement do l'armé o du Nord 2.....

Il existait cependant à la réalisation de ce voni un obstacle difficile à surmonter. C'était le vote rendu par la Constituante en se séparant, c'était le décret décidant qu'une charge officielle ne pourrait être conférée à aucun de ses membres pendant tout le temps oii la nouvelle Assemblée serait en fonctions. Et il ressortait de ce vote, d'après l'interprétation admise en 1792, que Lauzun, ancien député du Quercy aux Etats généraux de 1789, pouvait bien remplir à l'armée les fonctions de son grade, mais demeurait inhabile à y exercer, à moins que son ancienneté ne l'y ap})elât, un commandement comportant l'envoi de lettres de service spéciales telles que les provisions de général en chef. Les amis de Biron, en gens la plupart rompus aux finasseries du langage législatif, avaient cherché comment on pourrait tourner la difficulté, la façon dont il serait permis d'éluder une loi due sans doute à un sentiment généreux de désintéressement, mais dont les conséquences fâcheuses commençaient à se faire sentir. Et c'était alors que se montrant i)lus fin ([ue Dumouriez, que Beauharnais, que Lauzun, Talloyrand avait trouvé un expédient. « 11 est positivement déciilé, avait-il écrit déjà à la date du 5 avril, que votre général Rochambeau ne retourne pas. 11 traînera ici, parlera d'eau dans la poitrine, sera à la veille de partir... et restera; c'est de son intérieur qu'est tiré tout ce que je vous dis là. Il faut que ce soit vous qui commandiez si l'on fait quelque chose ; ditesmoi quel est le moyen, c'est-à-dire dites-moi quel est le

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