I.A PRKPAHATION DU ri,AX DE CA^IPAGNK
coiiHrmo dans sou idée i[ue smi premici' })lan de défensive n'avait rien perdu de sa valeur : tout au plus aduiettail-il une })ointe tentée par Lafayette sur Namur et Liège. Il le dit avec chaleur, avec entêtement, et il sortit du Ministère laissant Dumouriez fort désappointé, mais non convaincu. Décidé à passer outre, le ministre des Affaires étrangères n'avait plus qu'une chose à faire : rédiger seul et définitivement son plan, en préparer secrètement les moyens et en ordonner ensuite Texécution au nom du roi, dans un terme assez court pour qu'il ne permit ni discussion ni réclamation. Ce fut à ce dernier parti que Dumouriez s'arrêta.
Le futur vainqueur de Valmy' et de Jemappes ne répugnait pas, il faut malheureusement l'avouer, à ces l)r<>cédés souterrains, à ces manœuvres tortueuses; et comme Lauzun se trouvait là tout de même dans son élément, les deux amis s'entendirent facilement pour agencer clandestinement leur conjuration de palais. C'est un des détails les plus pénibles de cette étrange affaire, de voir ces deux hommes s'ingénier à tenir le maréclial en dehors de leurs agissements, à lui dissimuler également leurs tentatives d'embauchage à l'étranger et leurs combinaisons stratégiques pourl'invasion des Pays-Bas, à agir en un mot non point en hommes d'État poursuivant à ciel ouvert la réalisation d'une idée avouable, mais en pohticiens véreux, cherchant à faire al)0utir par des chemins détournés une entreprise louche. Cette pensée de tenir soigneusement Rochambeau en dehors des nouvelles combinaisons préoccupe Dumouriez, et il y revient à diverses reprises dans sa correspondance : ;< Je vous prie de
I. Bii.'n qu'on altiibiie f:iii('ral(.'nnif'iit It-j-'ain lie l;i lialaillc de Vnliiiy ;'i Kellermaiiii, c'est véritablement à Diiniouiiez (pie revient l'iMinneui- île cette journée.
11 î- I.A PUEMIKRK INVASION DK LA l!Ki,GI<^IK
lie parler de tout cela au maréchal que lorsque la machine sera parlViitenient luoulée, et uiêirie je crois que vous pouvez vous (lisi)enser de lui faire cette confidence. » Et ailleurs : « Je crois le maréchal très oppose au plan d'offensive. Quand il aura les ordres, vous vous chargerez de le convertir. .Je n'ai pas besoin de vous recommander la plus souveraine disci-étion. •' Et Biron répondait sur-le-champ à Dumouriez : « Je pense comme vous qu'il est absolument inutile de rendre compte à M. le Maréchal de notre plan d'embauchage. » Et ailleurs : « Comptez sur ma plus invariable discrétion '. »
Ce n'était pas une des moindres anomalies de cette époque féconde en surprises de voir entrer, dans ce véritable complot contre le maréchal, son propre fils, qui n'était cependant plus un jeune homme-, et qui commandait en qualité de maréchal de camp la place de Maulicuge. Séduit par l'ascendant de Lauzun, Joseph Rochambeau avait accepté de faire, lui aussi, de reinbauchage en dehors de son père et demeurait même, par suite de sa position sur l'extrême frontière, l'agent le plus actif de cette entreprise hasardée. Hasardée et peu glorieuse et qui ne paraissait guère devoir aboutir! Effectivement les jours s'écoulaient; on était arrivé ii la veille de la déclaration de guerre et Hiron n'avait envoyé à Paris pas le moindre ulilan. Duinouriez s'étonnait de ces retards, demandait des cxi»lications. 11 ne comprenait pas les obstacles imprévus qui s'opposaient tout d'un coupa la réalisation d'une opération dont on lui avait déclaré tout d'aboi'd l'exécution sans difficultés. Mais Lauzun, qui s'était fort avancé, pour parvenir ii ses fins, commençait a
1. r.egislic dp correspondance de Hiroii. Immourifz h Hiron. 1.". nvril. Bii-fin à Diimouriez, 15 el 1'' avril. ... ....
2. Il élail né en IT.tO cl fut Un' comme ■iciieral ili- division, a I-ei|izip, Cil IHl:!.
I,A PREPARATION DU PLAN DE CAMPAfiNR 11!'.
rovenir adroitement sur ses diri's. Il assurail liieii encore ([u'il avait mis des agents en campagne et qu'il attendait de bons résultats de leurs démarches. Mais il affii'uiait aussi qu'on avait annihilé en grande })artie les movens d'action (ju'il avait eus tout d'abord à sa disposition, (juc, « si la t'ermentation était encore grande en notre faveiu- à Mous et à Tournay, la discipline y était sévère et la surveillance très active ». II se préparait ainsi adroitement une défaite. 11 écrivait notamment à Dumouriez que les -soldats autrichiens ne dissinudaient i)oint « leur envie de déserter, que le grand nombre surmonteraient les obstacles, mais que tous demandaient ce qu'ils deviendraient ensuite et s'il y avait des corps destinés à les recevoir ». Or, les légions, les bataillons, les escadrons dont Biron avait demandé la formatit)n n'étaient point crées : il fallait donc prévoir que les Autrichiens ne viendraient point encore.
Dumouriez entendit-il qu'il avait été joué, tout au moins que Biron avait abusé de sa crédulité, qu'il avait fait briller à ses yeux une a])i)arence décevante? Il y a lieu de le supposer. Toutefois, avec la décision qui faisait le fond de son caractère, il conqîrit qiu; ce n'était point le moment de récrinuner, ni de rien modifier. Il fit semblant d'accepter les raisons qu'on lui donnait, ne fit entendre aucune plainte et, sans penser ii regretter les erreurs passées, il chercha seulement à pallier leurs conséquences.
.\ la date à laquelle nous sommes parvenus, c'est-àdire au 16 ou 17 avril, le ministre des Affaires étrangères s'occui)ait avec de Grave à faire rédiger définivement les instructions nouvelles destinées à l'armée du Nord, instructions tenues rigoureusement secrètes, nous l'avons dit, et (jui ne devaient être divulguées (pi'au dernier moment.
(Jr, a i.i laciiie (JaLe, iiuv-iiaiiiijcau, a la veille de regagner Val<Miciennos, faisait également mettre an net, an Ministère, pent-être par les mêmes commis, le plan arrêté primitivement avec Lafayette, agréé jadis par Dnmonriez, par le Conseil du roi, et ((u'il s'imaginait être toujours valable.
On se souvient que ce plan n'était pas la conception primitive des deux généraux en chef, Dnmonriez ayant exigé, à son arrivée au Ministère, qu'un introduisit dans cette combinaison originelle d'importantes modifications, notamment l'invasion par l'armée du Centre du pays de Liège. Ce fut naturellement en tenant compte de ces dispositions nouvelles que Rochambeau fit rédiger le 15 avril, par de Grave, les instructions qu'il était sup[)Osé recevoir du Conseil. Aux termes de ce mémorandum l'affaire importante et urgente pour l'armée du Nord était de rassembler ses troupes en trois camps d'insintrfinn, c'est-à-dire de les appeler des différentes garnisons où elles étaient pour le moment éparpillées, et de les concentrer en trois masses d'oîi elles pourraient « au premier signal prendre l'attitude de guerre, si la politique étrangère nous forçait à le faire ». L'emplacement de ces camps était fixé à Dunkerque, à Maubeuge, à Valenciennes, et les troupes devaient y être réunies du l"'au iUmai. On devait grouper 3 ou 4.U0U hommes à Dunkerque, 4 à 5.000 à Maubeuge, 18.000 aux environs de Valenciennes. « Si nous étions forcés de faire la guerre, continuait l'instruction, le camp de Maubeuge et celui de Valenciennes se réuniraient pour s'em}»arer de Mous et seraient portés au moins ;i 25. non hommes, ("est de Mous que ce corps d'armée marcherait sur Bruxelles. Ces opérations devraiejit se faire de concert avec l'armée du Centre (Lafayette). (/ni sérail la preinH'i'c à se mettro en niouveinnil ... Dans la sup-