I.A PRHPAUATION DU l'LAN DI-: CAMPAGNE
position (le iiiieiTo (|iii doit être celle qui dirige essentielleiueiit toutes les opérations actuelles, les troupes du camp de Dun (Lafayette) marcheraient sur (livet, où elles prendraient une position passagère pour se porter avec rapidité sur Nanuu" et de Xamur sur Liège. C'csf à rriioqnr de leur marche sur Namur que
I armée du Nord \ lioclunuhedu) se por/eru sur Mous et de là sur Jiruie/ies, si tarmé.e du Centre {Lafai/ette) réussit à s'euijxirer de Namur et qu'une f/rande insurrection facilite la marche sur Bruxelles. »
Ce qu'il faut surtout remarquer dans ces instructions du 15 avril, si Ton veut en discerner l'idée originale et maîtresse, c'est la dernière phrase que nous venons d'en citer et que nous avons soulignée, la disposition qui subordonnait l'offensive de l'armée du Nord entièrement à celle de l'armée du Centre. Conformément à ces i)rescriptions, l'armée du Xord ne devait se porter en avant que du l*"'' au 10 mai ; elle devait attendre que Lafavette se fût emparé de Xamur ; elle devait attendre, en outre, qu'une « grande insurrection se })roduisit en notre faveur en Belgique ».
Tout cela était bien aléatoire et bien hypothétique, mais, quoi qu'il en fût, Rochanibeau, décidé à rejoindre son quartier général, était })rêt à l'exécuter. 11 était au courant des négociations entamées avec l'Enqjire et connaissait l'envoi \x Vienne d'un ultimatum conçu en termes tels que la rupture était inévitable. On sait que la guerre devait être effectivement déclarée. Tous les partis politiques avaient fini par se mettre tacitement d'accord non seulement pour l'accepter mais pour la désirer, chacun espérant la faire servir à ses visées.
II n'était pas jusqu'au roi lui-même que Du mouriez n'eût fini par convaincre et qui la subissait, résigné, Quant au peuple, on n'avait point eu de peine à lui
118 LA PREMItlKE INVASION DE LA HELUIQUE
faire croire qu'un appel aux armes était in(lis})eusal»le; on insinuait, d'ailleurs, que cette campagne ne serait qu'une marche triomphale jusqu'à Vienne. Quand le canonnier Bricard, un tapissier du faubourg Saint- Honoré, s'engagea, en 1792, il laissa ses meubles chez sou cousin germain et le pria de « les lui garder trois mois, terme jugé suffisant — a-t-il écrit lui-même — pour repousser les ennemis et rentrer victorieux ' ».
C'était la croyance générale, celle du i)euple, celle de rimmense majorité de l'Assemblée législative, tout à fait ignorante, comme on l'a dit au chapitre premier, des défauts, des lacunes de notre organisation militaire.
Le 20 avril 1792, Louis XVI pénétrait dans l'enceinte de r Assemblée, prenait place au fauteuil d'honneur que lui assignait la Constitution et y lisait d'une voix dolente une déclaration dans huiuelle Dumouriez avait énuméré les griefs de la France contre l'Empire, la violation des traités dont l'Empereur s'était rendu coupable à notre endroit, la nécessité de mettre un terme à ces provocations;.
Le monarque quitta alors la salle des délibérations et incontinent on procéda au dél)at sur la proposition royale. Quelques rares voix firent appel au calme, à la modération; on leur imposa silence, on demanda pour elles la question préalable. (> Le peuple veut la guerre, s'écria le député Mailhe ; hàtez-vous de céder à .sa juste, à sa généreuse impatience. Je demande que l'Assemblée ne désempare pas avant d'avoir décrété la guerre. » — « Ne craignez pas de précipiter votre décision, ajouta Aubert-Dabayet, elle ne saui-ait être trop prompte. »
Et la guerre, la guerre conire « le loi de Ijohcme
\. Journal ihi cniioiniier ftricuril. p. 3.
LA l'UF.l'AKATlON nT' PLAN 1»H (AMl'AC.XH 119
et do Hongrie » fut votée par acclamation, presque à runaniniité, ])uisijuo sept députés ' seulement, sept sur sept cent, eurent le courage de résister à Tentrainement général.
C'en était donc fait : la parole était au canon, Rochanibeau n'avait plus qu'à partir. Il quitta effectivement Paris le 21 au soir et arriva le surlendemain à Valenciennes où son premier soin, en prenant à nouveau possession de son commandement, fut de donner connaissance à Lauzun du document du 15 avril, dont il n'avait pu lui adresser jadis que le sommaire écourlé.
De ([uelle fa<;on l'ancien roué reçut-il cette conniiunicalion? Ni lui, ni Rocliambcau, ni aucun autre témoin ne nous ont laissé de confidence sur ce sujet ; on est donc réduit à cet égard à des conjectures. Ce qui n'est pas douteux, c'est qu'il fallait être bien maître de soi, posséder une puissance de dissimulation peu commune pour supporter impassible une telle confidence. Car Lau/.un savait à n'en pas douter, à riieure où Rocliambeau lui communiquait les instructions du 15 avril, qu'en ce moment même d'autres prescriptions, absolument contradictoires, portant la date du 22. mais depuis longtemps rédigées, étaient déjà parties de Paris et allaient arriver d'un instant à l'autre au quartier général.
\. Haoi-l)iilii.l;mt Pas-de-Calnis). BecquL-y (Uaute-ManiHi. Michi'l Gfntil (Loiret). Uiia (Seinc-i-l Oisci, Jaiicoiirt (Seine-cl-Marne), Théodcire Lameth i.liiia'. Mathieu Diiin.is iSeine-et-Oise). Jaucouit, Lameth et Mathieu- Dumas étaient trois militaires.