‹ La première invasion de la Belgique, 1792Chapitre 64 sur 135 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

], AFFAIRK DK HAISIEUX 149

jiioeant d'ailUMirs la situation désespérée, avait pris sur lui de courir ;i franc étrier jusfpi'à Lille pour prévenir Tautorité militaire de l'état dans lequel rentrait la colonne. Il estimait urgent — comme il Va dit plus tard — de mettre le duc d'Aumont en mesure de rassembler le peu de troupes qui demeuraient dans la place « de façon à protéger à la fois la ville et les fuyards dans le cas très vraisemblable où l'ennemi poursuivrait^ ». Le colonel Dupont-Chaumont était rentré au milieu de cavaliers de divers régiments, et, bien qu'assailli dans la rue, « par de nombreux coups de fusils dont Tun l'avait grièvement blessé au bras- », il avait pu regagner l'hôtel du gouverneur et rendre compte des événements. M. d'Aumont, malade et impotent'', eut toutes les peines du monde à se faire hisser à cheval. 11 répondit cependant à la municipalité qu'il garantissait la défense des nnu'ailles, mais voyait un danger i)lus grand, plus immédiat dans l'affolement ([ui avait gagné tc>ute la population. En répondant delà sécurité des portes et des remparts, le gouverneur s'avançait beaucoup, car, en fait de troupes fraîches, il disposait en tout et pour tout du 2" bataillon 'du 24% en formation, à peine hal)illé, mal armé, d'aucun officier d'artillerie ni du génie. En cherchant bien, on finit par trouver, dans ce bataillon du 24% « 23 honnnes en état de servir le canon'' ». Cependant, au fur et à mesiu'e que les soldats débandés rentraient en ville, l'excitation des })assions p()[)ulaires grandissait dans

1. Di-darnlioii du cdIoii.'I niljiiilaiit pMii'inl lliiiiiml-ChMiinioiit.

2. l)t'Tl;ii;itii)ii ilii ciilmicl ;iilinil;iril f;f''iii''r;il DiiiMiiit-C.liMiimniit.

:i. " On liât la f.'iMii'ialf': ji' iw sais coiniiioiit me loiiir à cheval: je soulïre atTiRusiMiifiil lie ma liaiichi' ; 1 un dit que les Aiitriehieii.s envdieiit des parlis dans les lanl)iiiiij.'s. la ea\aleri(; ne peut remuer, elle est oxcédi'e..- (Archives hjsliprii|ut!s du Ministère île la Guerre. Armée du Nord, 1792. l)'Anmi>nt à Horhamheau. :■!() avril.)

4 Kxli-ail ilu rcjjistre des déllhiirations du ciir|)S iiuinicipai de la commune de Lille, 2'J avril 17U2.

150 LA PREMIERE INVASION DE LA RELOIQnE

une iiroportion do pins on })lns in({uiétnnie. Dansions les quartiers on Italtaitla générale', le hoffroi sonnait la cloche (ralarmo ; on ne voyait dans la rue (pie gens courant de tous côtés, portant qui des fusils, qui des piques, allant les uns aux remparts, d'autres aux portes, d'autres ils ne savaient où, dans un affolement qui faisait prévoir les plus graves excès. Ce fut à ce moment, à llieure oîi toute voix était impuissante à faire entendre raison à des forcenés, que le général Dillon, la tête enveloppée de bandages, fit son apparition à la porte de Fives, couché dans un cabriolet qu'escortaient une quinzaine de cavaliers-. A peine la voiture a-t-elle franchi le pont-levis que l'auteur présumé de tant de maux est reconnu par la foule. Aussitôt les cris de : « A mort! A mort, le traître ! A la lanterne. Taris tocrate ! » se font entendre. Les piques se lèvent, les fusils s'abaissent. En cet instant un conj) de feu part, et l'infortuné général, mortellement atteint cette fois, commence à râler sur la banquette où il est étendu déjà. Mais ce spectacle ne suffit pas à la foule. On jette le corps du général à bas du cabriolet, on le piétine ; on le traîne sur la place centrale, où l'on finit par le pendre par les pieds.

Affolée par son crime, enivrée <le ce premier sang, la bande d'assassins se répand alors par la ville, vociférant des cris de mort, cherchant d'autres victimes. C'est sur ces entrefaites (prello se heurte au colonel de Berthois, qui rentrait seulement de lîaisieux, déjà blessé, meurtri et pouvant se tenir ;i peine à cheval. Le malheureux est jil'instani enlouré, jeté à terre et achevé ;i couj)s de j)ique et de pislolet. Un peu })lus loin, quatre soldats autrichiens faits prisonniers le matin sont immédiatomeiit assassinés puis pendus.

L D'Aiinioiil à Hnclianibeiui, :ii»;i\ril. •>. Idem, •>[) avril.

I, AFFAIKK HK lîAISIKFX 151

Plus loin encore, la foule s'anieulo à la porte iriine comniiinauté de sœurs Ursulines où Ion a vu pénétrer un curé non conformiste, do la iiaroisso de la Madeleine. Le bruit circule que le vieux prêtre est entré chez ces religieuses « pour se réjouir de la mauvaise nouvelle qui accablail la ville ' ». On Tatlond à la porte en hurlant des obscénités. En vain les S(Purs essaient-elles de le faire évader à la faveur d'un déguisement. An moment où il franchit le seuil et essaie de se perdre dans la foule, celle-ci le reconnaît. Tout aussitôt l'infortuné est saisi, bousculé, frappé, jeté à terre et bientôt mis en pièces. Quand on le hisse au réverbère, son cadavre ne présente i)lus qu'une masse informe.

Il était plus de midi ([uand ces scènes sanglantes prirent fin. Nous avons dit que dès dix heures le duc d'Aumont était monté à cheval et avait essaj'é de prendre quelques mesures pour assurer la sécurité des remparts. On ne tarda pas à reconnaître qu'aucun danger n'était à craindre du côté des Autrichiens : non seulement l'ennemi n'était pas aux portes, mais il n'avait même pas franchi la frontière.

Dès onze heures, c'est-à-dire peu après sa rentrée dans Lille, et avant qu'on sût encore exactement jusqu'à quel point s'étendait le désastre, le colonel Dupont -Chaumont avait — sur l'ordre du gouverneur— rendu compte à Rochambeau des événements, par une lettre qu'un officier des chasseurs de Languedoc (6" chasseurs) avait portée, à franc étrier, à Valenciennes^. Trois heures plus tard, le duc d'Aumont

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