‹ La première invasion de la Belgique, 1792Chapitre 84 sur 135 · Kucbanibeau au roi, 'l'.l avril 17'J · texte numérisé non relu

Kucbanibeau au roi, 'l'.l avril 17'J

On lui reprocha d'avoir accordé k Dillon un supplément d'artillerie non autorisé par le ministre, de ne s'être point porté à Quiévrechain pour soutenir la retraite de Hiron, d'avoir laissé ce corps d'armée sans vivres, sans viande sur \nct\, sans tentes et sans ambulances. On alla jus(|u';i incriminer la déuiarrhe <lout nous avons parlé en tète d'un de ces chapitres, la lettre au duc de Saxe-Teschen demandant de différer les opérations actives jusqu'au moment « oii l'un et l'autre parti serait en état de faire une guerre franche».

Rochambeau n'eut pas de peine k réfuter les allégations de ces « folliculaires infâmes » comme il les api)ellc lui-même. Il rédigea k cette occasion un mémoire dont l'original existe aux Archives de la Guerre, y releva une k une les imputations fornmlées contre lui et les mit successivement k néant. Mais encore ([ue Dumouriez eût rendu justice en pleine Assemblée' k la bonne volonté dont il avait fait preuve dans l'organisation du détachement de Biron, le maréchal ne ])ardonnait pt)int au ministre des Affaires étrangères l'intrigue menée de pair avec Lauzun pour aboutir au désastre de Mous.

Au 21) avril, Rochambeau connaissait cette intrigue, et, sans en posséder tous les détours, tous Iles détails, il n'ignorait })lus qu'une correspondance latérale avait été entretenue en dehors de lui entre son lieutenant et le ministre. Ce grief s'ajoutant k tant d'autres, n'était i)as fait pour le calmer.

L'histoire de cette divulgation, ou plutôt la divulgation d'un secret que ses deux seuls possesseurs devaient tant tenir k ne pas voir révéler, est assez singulière \nniv que nous en disions quelques mots ici.

Le 28 avril au nuitin, c'est-k-dire le jour même oîi

\. Voir lu discours ili' Dumouriez ;i lii Li'j,'i.<lalivi'. iMo»ifcur du (i mai 17'.):.', 11° 127, séance du 'i mai.)

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Biron avait ontanié sa luarclio sur (^)iiièvrecliain, le man'clial l'avait accoiupagiu'' jusqu'à la IVontiôre. Jus(iu';ï ce que le (létacheniciit eût franchi rAuncUe, Hocliainbeau se considérait sans doute comme responsable de sa conduite et de sa sûreté. Il tenait donc à surveiller par lui-même les débuts d'une opération dont l'issue le préoccupait vivement, et ;i ne livrer Diron ;i lui-même que le plus tard [jossible. Il avait malheureusement trop raison. Que se passa-t-il, pendant cette dernière entrevue, entre le niarc'chal et sou lieutenant? Il n'est pas aisé de le dir(> coniplctement ; cependant, ce que l'on sait, car Biron nous le raconte dans une de ses lettres', c'est que le maréchal se })laionit du ])rocédé dont Dumouriez usait à son égard et Ht allusion à des projets tramés à son insu entre I^iron et le ministre des Affaires étrangères. Et Biron essayant de se disculjjer vis-à-vis de son chef direct, tentant une fois encore de le tromper sur l'intrigue ourdie, montra au maréchal une lettre de Dumouriez, choisissant sans doute la moins compromettante, la moins explicite. Mais tel qu'il était, ce document suftisait à démontrer à Rochambeau qu'une correspondance officieuse avait existé entre son lieutenant et le ministre; il suffisait à prouver que le président du Conseil du Roi n'avait pas craint d'échanger une série <le lettres où la direction de la guerre avait été étudiée en dehors du général on chef, et cette lettre, si indifférente qu'elle fût, en laissait supposer d'autres. Au 2 mai, Dumouriez ignorait encore tout ce qui s'était passé à cet égard entre Rochambeau et Biron, et, quand il l'apprit, son amour-propre fut extrêmement froissé du procédé de Lau/un. Les échecs de Baisieux et de Mous le touchaient très

I. Registre de Coii'espondaiice de Biron. Biron à Dumouriez, Il niai.

particulièrement, et en si bons tonnes qu'il fût, qu'il pouvait ('tre avec Biron, il ne put s'empêcher d'écrire il celui (pi'il avait appelé « un des plus forts arcsboutants de sa machine politique et militaire » pour se plaindre d'avoir été si pleinement trompé. Il lui reprocha, notamment, d'avoir conduit l'aflairede Mous sans préparation : « d'avoir marché comme un fou et d'être revenu de même^ d'avoir rétrogradé d'une traite, de Wasmes à Quiévrain, sans arrêt, sans position intermédiaire. A propos des déserteurs, qui, suivant une expression antérieure de Biron, allaient arriver en masse aussitôt notre entrée en I>elgi(jue, Du mouriez était encore plus piqué, plus contrarié. On a vu combien le ministre des Affaires étrangères tenait à cette partie du in'ogramme, combien il avait été séduit par elle. La déception qu'd éprouvait à cet égard dépassait peut-être l'humeur causée par l'échec militaire. Lauzun répondit au ministre une longue lettre pour se disculper, et il est assez curieux de constater qu'il attaque pour se défendre, qu'il va audtn'ant des objections et les rejette avec audace sur son interlocuteur. 11 disait à Dum(»uriez : « Je n'ai pas dû vous cacher ([ue mus arez rir iiuliijnrmcnt trompé st/r 1rs «lisfjusi lions des Ihaba/içons, tpii nous sont iniinifcsiciiii'nt co/ifrai/rs'. » Entinil s'excusait d'avoir montré ;i Rochambeau les pièces intimes de la fameuse correspondance secrète. Et, essayant encore «l'égarer l'opinion publique, ([ui devait fat;demeut être mise im jour ou l'autre au courant de la vérité, tentant encore d'abuseiDuiuoui'icz, essayant dr ^v Irompei" lui-même, il s'efforçait de croire et de dire (pie sa conduite avec le ministre ne constituait pas une (euvre de dissinndation cl (pie ni luu ni l'autre n'avaient à s'en

L MiMii. Il.ifleni.

.1. Hegislif di- Corrf>|)oiulaiici' de biioii. Hiinn a I)uiiiuurii.-2, Il mai.

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cacher. ^ Quant aux reproches ([ue vous me faites, à moi, lieutenant général, d'avoir montré vos lettres au maréchal, j'v répondrai sans peine. Le grade ne fait rien à cela. Il est soupçonneux, il croyait, il persuadait à /arnii-f (jup finfrif/aais confrc lui pour le rnnp/acer.W était d'une importance majeure et pour vous et pour moi ([ue l'on ne jetât pas un tel voile sur ma pureté et sur votre lovauté. 11 m'a accusé presque pul)li(|ueiuent d'une correspondance secrète d'intrigue, m'a dit ([u'il ne m'avait rien caché, qu'il m'avait communiqué toutes vos lettres et que les vôtres à moi étaient telles que je n'oserais assurément pas lui en montrer une seule. Tout cela s'est passé à Quiévrain, au moment de tirer des coups de fusil. J'ai dit au maréchal que vous approuveriez l'infidélité que je commettais en lui prouvant combien vous étiez loyal. Je ne commettais pas d'indiscrétion politique, puisque votre plan de campagne lui était communiqué. On m'a appelé pour quelques désordres occasionnés par des uhlans. Il m'a dit qu'il allait me rendre la lettre et ne me l'a rendue que quelques heures après. J'ai su qu'il en avait pris copie ; j'ai cru devoir vous en prévenir et lui représenter combien il serait vilain d'abuser de ma confiance, il m'a répondu qu'il en était incapable. Son fils, qui est un bon officier et un l)on sujet, a dissipé toutes mes inquiétudes à cet égard'. »

Rochambeau était eff"ectivement trop loyal pour se servir d'mi secret appris dans de telles conjonctui-es ; ce qu'il ne pouvait pas ne pas faire, c'est de n'être pas édifié une fois de plus sur la conduite qu'avait tenue à son égard son lieutenant.

Cependant Dunioui'iez, tout d(''sappoiut(' qu'il entêté

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