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i. Archjv(>s hi9liiiif|iios di' la Oupiri'. LiickniM- à Lajaitl. HO juin.
l.A l'IilSK l)K ("OllRTRAI 251
s\''(ail cuiiinuiiiiquc do [)roclie en proclir ;i daiitrcs haltitations dont la destruction no paraissait pas aussi nécessaire. Il ne le fit point. Etant donne qu'il avait pris la r(»sponsabili1é de la mesure, il estima qu'on ne le chicanerait pas pour ipielques maisons de plus ou de moins, et il laissa le llcau taire son œuvre, c'est-;i-dire ai^randii- la zone libre ([u'il jugeait im})ortant de créer entre les Autrichiens et lui. Donc, lors(pie les officiers municipaux de Courtrai vinrent le trouver pour le supplier d'arrêter la })ro[)ag-ation du feu, tout an moins de permettre aux hal)itants de circonscrire l'incendie, il les renvoya à Luckner, auquel il avait rendu compte, dès la première heure ', de la mesure qu'il jugeait à propos de prendre et qui paraissait avoir été approuvée, puisque le maréchal ne s'y était point opposé.
Il était environ deux heures de l'après-midi, et le conniiandant en chef de l'armée du Nord sortait de table, quand les magistrats de la ville de Court rai arrivèrent à Menin- et annoncèrent au maréchal, (pie, dans quehpies heures, leur ville ne serait plus qu'un monceau de cendres.
Luckner — nous venons de le dire — avait été informé par .Jarry lui-même de la nécessité oii se trouvait le commandant de Tavant-gardo de brider un certain nombre de maisons. ('e[)endant, soit que le maréchal s'imaginât qu'il s'agissait seulement l;i de quelques masures sans importance, soit (pi'il estimât que la mesure ne pouvait donner lieu ;i réclamation, il n'en avait pas pris souci. Actuellement, l'arrivée inopinée des membres de la municipalité de Courtrai modifiait très sensiblement la situation. Dès que la conduite de Jarry provoquait des plaintes, dès
2n2 I.A PREMIKRE INVASION DE LA nEI,(;lQUE
qu'on pouvait penser qu'elle enjfagerait des responsabilités, le gr^néral en chef n'était pas homme à couvrir en quoi que ce fût son subordonné. 11 fit chorus avec les députés de la cité brabançonne, déplora avec eux l'événement, jura qu'il aUait immédiatement en arrêter le cours, promit «l'ouvrir une t'uquéte. Finalement, il fit seller ses chevaux, et d'un temps de trot s'en fut à Courtrai, où l'incendie sévissait encore dans toute sa violence^.
Jarrv, avant rendu compte exactement à huit heures du matin de l'incendie du faubourg et n'ayant point reçu de réponse à trois heures et demie do l'aprèsmidi, alors que la distance du quartier général à Courtrai est de 10 kilomètres, pensait avec raison que sa conduite avait été approuvée. 11 fut donc très supris de voir, entre trois heures et demie et quatre heures, lo maréchal déboucher au grand trot par la porte de Menin et s'enquérir, en ternies courroucés, des motifs qui avaient pu faire ordonner « cette mesure regretta})le ». Jarrv répliqua de la façon la plus coiTocte et la plus calme exposant les raisons que nous avons examinées plus haut. 11 dit notamment : ([u'il avait ro<;u du maréchal la mission de défendre Courtrai, qu'il avait estimé la disparition de ses maisons inséparable de la sûreté de l'armée: (pie, dans ces conditions, la destruction était non scMloincut une alTaire de droit, mais de devoir-.
Le maréchal se souciait vraisemblablement fort peu des doléances des Courtraisiens ; il accepta donc ces raisons, d'ailleurs plausibles, et félicita peut-être en sous-main Jarrv de son énergie. Il lui annonça secrètement (|uc la retraite connnencei'.iil le lendemain HO,
I. I.iMtiPil<> C<nirli:ii •■n ihile du :iu juin. AitliiM's liist(iri(|iii'>. le ki Guerre. ;iOjiiiii 17(1-'.
•J. Arcliivus liistoriqucb de- la «iui'iTL'. LiickiiiT àil.ajuni. :W juin.
Î.A PRISK 1)K (N)I-RTK\I 2;i3
au point (lu jour, ji.ii' h^s troupes du j^ros. canlouuf'os à Monin ; (pic lavaul-i^arde, devenne arril'rc-^arde, aurait il suivre iuuuédiateuieut le uiouvenicnt, que, toutefois, elle devait teuir dans sa position actuelle assez (1(^ temps pour permettre aux 2t ).(>()() honmies du c-or{)s principal de détiler, sans cive inquiétés, jtar l'unique pont de Menin.
Le maréchal parcourut la ville, visita la muuici- ])alilé, s'engagea à faire indemniser les habitants et, plus perplexe ([ue jamais, regagna son quartier général.
Le lendemain 30 juin, les troupes campées ou cantonnées il Wcrvick et a Meuin repassaient sur la rive droite de la Lys, .Tarry évacuait Courtrai sans être inquiété, et, le soir, l'armée française tout entière avait repris, sous le canon de Lille, les emplacements qu'elle y avait occupés du 13 au 17.
Nous reviendrons, au chapitre suivant, sur cette inexplicable retraite, nous en rechercherons les véritables causes, nous rappellerons l'impression (prelle causa en France Toutefois, avant d'eutamer cette discussion, il est bon de dire que l'incendie de Courtrai eut, dans notre pays et ii l'étranger, un retentissement profond, immense, en dehors de toute proportion avec l'événement lui-même, qu'on lui attribua une genèse mystérieuse, qu'il donna lieu ii des débats passionnés. On dit, et l'on raconta un peu partout dans les clubs, notamment aux Jacobins, que Jai'ry n'avait été dans cette œuvre funeste que riustrument de la Cour, qu'il avait mis le feu k Courtrai pour éloigner de nous un peuple sympathique, « pour inspirer aux Brabançons de l'horreur pour les Français h qui ils av(jient tendu (l(!s mains généreuses^ ».
'< Quelle trahison, s'écriait Camille Desmoulins, vous
1. Discours de Merlin, dans Uornuet, Histoire des Belges, II, p. 3j, 3t).
2n4 LA PREMIERE INVASION 1»E LA HELGIQUE
fera tomber les écailles des yeux, si ce n'est rinfàme action du iîén«''ral Jarrv, incendiant Conrtrai pour rendre la nation exécrable à ses alliés les Beljj^es'? »
Quelques jours plus tard, dans Tenceinle même de la représentation nationale, des accusalions du même genre étaient j)»»rtées contre le commandant de Tavant-garde de Luckiicr. \);\i- les membres du Comité révolutionnaire l)elge. L'orateur de la députation, rapi>clant la défense faite « par un officier général françois » de briser les aigles autrichiennes et autres « insignes du despotisme », le jour de Tentrée à Menin, citait également à Factif de ce même général l'incendie de Courtrai, perpétré uniquement pour semer la zizanie entre deux })euples frères. Et il ajoutait : « Cet officier général, nous le nommerons avec répugnance, car son nom seul fait horreur aux amis de l'humanité, de la liberté et des lois, cet officier général est le maréchal de camp Jarrv! [Il s élève dans toute rAasemblêe des murmures d'indui nation.) »
Sur cet exposé, un certain nombre de députés, parmi lesquels Duhem et Rouyer, montèrent à la tribune et formulèrent contre le général les accusations les plus exagérées, les plus erronées-'.
Sans doute, l'incendie de Courtrai avait été un acte qui ne pouvait nous attirer la sympathie des Belges, mais la question n'était point là : il s'agissait de savoir si, en mettant cette mesure violente à exécution, Jarry avait agi avec raison ou non, s'il pouvait faire autrement que de l'exécuter.
Kien ne saurait nous éclairer mieux ii cet égard que le rapport autographe adressé par Jarrv, le \) juillet i75)"2, au ministre de la (îuerre Lajard, rap-