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L'ARMÉS FRANÇAISE

montée, et lorsque les alliés Tinterrogërent à Luxembourg sur l'élat de son armée, il répondit fièrement qu'il avait confiance dans la cavalerie française et qu'elle se battrait bien^ Il disait vrai. Exercée de longue date et dirigée par des chefs hardis et habiles, par Stengel, par Pully, parFrégeville, par Nordmann, par les officiers qu^on nommait sous Tancien régime les officiers de fortune et qu'on appela pendant la Révolution les vieilles culottes de peau, la cavalerie se battit avec bravoure. Nos chasseurs, rapporte un historien militaire, prouvèrenty dès leurs premières rencontres avec Tennemi en Champagne et sur le Rhin, qu'ils n'étaient inférieurs ni pour le courage ni pour les ruses du métier aux intelligents et entreprenants hussards prussiens d'Eben et de Wolfradt*. On verra dans le cours de ce récit leur acharnement au combat de Fontoy, rintrépidité du fameux régiment de Ghamborant à Montcheutin, l'audace des hussards qui retardèrent la marche des Prussiens sur les rives de la Tourbe ou harcelèrent leurs convois, la belle contenance des carabiniers' au mamelon de la Lune et le sang-froid des dragons de l'armée du Centre pendant la canonnade de Yalmy .

Mais ce qui donnait à l'armée française an incontestable avantage sur Tarmée prussienne, c'était rartillerie. Elle est. disait Lafayette, notre seul point de supériorité sur les ennemis. Dans tous les récits de la campagne,

I Viveuot, Quellen, II, 211 (Esterhazy à Spielmann).

• J. Gay de Vernon, Not. histor, sur le 8« régiment de chasseurs à eJUval, 1853, p. 168, et Essai sur Vhist. de l'orgaii, de la cavalerie légère, iiid.i p. 106.

' Les carabiDiers formaient alors deux régiments composés chacun de quatre escadrons. Les deux régiments firent brigade pendant les

Serres de la Révolution et de TEmpire. Leur dépôt était a Metz. On regardait comme les grenadiers des troupes à clicval et ils ne se recrutaient que parmi les autres corps ; chaque régiment de cavalerie leur fournissait six hommes, ayant au moins 5 pieds 4 pouces 1/2 de taille (De Juzancourt, Not. sur les carabiniers^ 1877). liouchard réclamait, le 9 août 1793, ['étonnant régiment des carabiniers de Tarmée de la Moselle (Gay de Vernon, Custine f.t Mouchard, p. 227). Nous devons, disaient les commissaires de l'Assemblée législative, rendre particulièrement justice au civisme pur des carabiniers ; ils ont des premiers crié Vive la nation^ Vive la liberté et Inégalité {Monit, du 31 août 1792).

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dans tous les mémoires des contemporains, levient la même phrase consacrée et comme proverbiale : t Uartillerie française esl la première de TEurope* ». Seule de toutes les armes, elle n'avait pas été désorganisée par la Révolution ; seule, elle avait fidèlement conservé, à travers toutes les agitations, sa discipline, son instruction et son esprit militaire. Quoi qu^ait dit Gouvion Sainl- Cyr, beaucoup d'officiers d'artillerie avaient émigré; du 4*"* septembre 4791 au 45 juillet 4792, cent sept étaient partis saus donner leur démission; quelques élèves de Técole de C^âlons, entre autres Duroe, avaient pris du service dans Tarmée des princes ; Lafayette constatait un « déficit effrayant » dans les canonxàiers; Biron avouait que Tarmée du Rhin avait perdu un très grand nombre d'artilleurs, et on peut assurer que le tiers des officiers de l'arme abandonna la France *.

Néanmoins, dans rartiilerie comme dans Vintenterie et la cavalerie, ceux qui restaient prirent la place de ceux qui partaient : les capitaines devinrent chefs âe bataillon; les lieutenants, capitaines; les sous*offîciers» ofûciers. Bouaparte, lieutenant en premier au mois de juin 4791, était uomiué capitaine à l'ancienneté le 14 septembre 479^1!. Au \^^ avril 1793, l'ancien régiment de la

1 Lafayette à Lajard, 25 juin (arch. ffuerre), et Mém,^ IH, 27ff; Bouille. Mém., 319; Toulougeon, II, 327; Pellenc, Lombard, Frédéric II, cic. ; cp. surtout le témoignage de Napoléon (Las Cases, Mém, de Sainte-Hélène^ Y, 74) : < C'était le corps le meilleur, le mieux composé de l'Europe. >

s Gouvion Saiut-Cyr, /f^fro<2.,lxxvii. — Arch. nat., AAGl, c étetdss officiers d^artillerio qui ont abandonné leur emploi > : 1 marécJUl dt camp, 1 colonel, 2 licutenaiits-colonels, 63 capitaines, ^ UeuCenants, 2 aiaes de camp et 2 adjudants-majors (14 capitaines dans le f** régiment; 11 capitaines et 9 lieutenants dans le 2* ; 6 capitaines et 3 lieutenants dans le 3« ; 4 capitaines et 11 lieutenants oans le 4* ; 21 capitaines et 8 lieutenants dans le C* ; le 5* et le 7« régiments n'bnt, run que 2 capitaines et 2 lieutenants, l'autre que f capitaine et 1 lieutenant émigrés). Cp. duc de Raguse, Mém,^ I, 26 ; Lafayette i Lajard, 26 juin ; Biron à Servan, 21 août [arch. guerre)^ Un décret du 23 mai porte qu' < il est instant de remplacer dans les comfwgniei d'artillerie les places d'oillciers vacantes par ae nombreuses démissions»* -— Il en était de môme pour le génie : il fut si dénué de auiots, dit Liger (I, 7), que le service ne se fit que par des élèves tirés des ponts et chaussas.

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Fère comptait vingt-sept capitaines parvenus par les grades et qui n'étaient encore en 1785 que sergents ou sergents-majors dans ce môme régiment K

L'émigration fut d'ailleurs moins considérable dans i'artiUerie et le génie que dans les autres armes. Gay de Vemotn en donne finement la raison. « On ne vit pas, dîMl, émigrer Ghampmorin, Meunier, d'Arçon, Doyré, d'Hangest, d'AboviUe, d'Urtubie et leurs successeurs les plus proches et les plus illustres, Marescot, Dejean, Ghasseloup-Laubat, Tbolosé, Ëblé, Lariboisière, Senarmont. Mais dans ces corps spéciaux, le service et le genre d'instruction tenaient l'officier éloigné de la cour et rapproché du territoire national. L'exemple des sei* gneurs de Versailles et des oisifs gentilshommes de province ne pouvait être contagieux pour des militaires occupés de travaux utiles. Les souvenirs et les habitudes font partie du patriotisme; un ingénieur s'attache au sol qu'il a fouillé, l'artilleur à l'arsenal qu'il a construit ; on aime doublement son pays quand on l'a retranché et armé*. »

Il faut ajouter que les officiers des armes spéciales étaient dû^ensés de la preuve de quatre degrés de noblesse qu'exigeaient les ordonnances de 1781 et de 47^. Il y avait par conséquent dans l'artillerie beaueoup de roturiers naturellement dévoués au nouvel ordre de choses; ceux-là entraînèrent les autres. Au 4« régiment qui tenait garnison à Valence, les capitaines Gouvion, Vaubois, Faultrier, Borthon, Villantroys, de Sugny, Songis, Ducos de Labitte, Pemetty, Taviel, les lieutenants Bonaparte et d'Authouard s'étaient déclarés pour la Révolution. Ce régiment-ci, écrivait le futur empereur, est très sûr en soldats, sergents et la moitié des officiers. Lui-même lisait régulièrement à sa compagnie les articles du Moniteur et s'était fait affilier au dub de Valence dont 11 devint secrétaire. Un capitaine

« lung, Bonaparte^ l, 329-334, et II, 506-507 ; Journal iniïit,,\l^ I, 316-317; ua décret du 23 mai accordait aux gous^ffiiciarB la moitié des places vacantes de lieutenant en second.

» Gay de Vernon, Custine et Bouchard^ 40-41 ; Lafayette, Mém.t m, 278.

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d'artillerie proposait au club de Maubeuge de briser la couronne royale en quatre-vingt-trois parties qui se* raient envoyées à chacun des quatre-vingt-trois départements. Au camp de Sedan les artilleurs se soulevaient les premiers en faveur du 40 août et le lieutenant-colonel du 6» régiment, Galbaud, dénonçait au Moniteur les projets de Lafayette. A Técole de Ghâlons, cinq élèves, entre autres Demarçay et Foy, étaient membres du dub jacobin. Lorsque Tartillerie de la garnison de Metz marcha sur Yarennes, à la nouvelle de l'arrestation de Louis XYI, elle dit à ses officiers que le premier coup de canon serait pour la voiture royale, et le second, pour eux, s'ils ne faisaient pas leur devoir ^

Ce corps, presque entièrement républicain, était excellent. L'ancienne monarchie avait fait beaucoup pour Tartillerie. Elle mit successivement à la tète de l'arme M. de Yallière, lieutenant-général, a homme qui avait poussé le service de rartillerie aussi loin qu'il peut aller* i> et, après Yallière, ce Gribeauval qtie la France devrait honorer à l'égal de Yauban.

Yallière réglementa sévèrement ^'admission et Tavancemeut dans le corps de l'artillerie ; il fallait subir un examen pour parvenir au grade de capitaine en second. Il développa les écoles où soldats et officiers tenus sans cesse en haleine, formés par de continuels exercices, acquirent une forte instruction à la fois théorique et pratique. Il établit la fixité des calibres et l'uniformité des pièces.

Gribeauval, placé en 4776 à la tète de l'arme avec le titre de premier inspecteur-général, sut combiner ce qu'il

1 lung, Bonaparte, II, 83 ; duc de Bellune, Mém.^ I, 33-34 ; Romain, Souv. d'un officier royaliste, II, 138-139, 141-142, 155 (il était capitaine en second dans le régiment de Bonaparte) ; de Besancenet, Dommartin, 68 ; Monit, du 27 août ; duc de Haguse, M^m,, I, 23 ; Bouille, Mém,f 265-266. On sait que la Convention compta parmi ses membres trois officiers d'artillerie, Lacombe Saint-Michel, Anbry^ d^Espinassy, et cinq officiers du génie, Carnot, Prieur de la Côted'Or, Letoumeur, de Galon, Varlet. Cette tradition de républicanisme survécut à tous les régimes. Cp. Balzac, la Duehessê de Lanaeaii c les opinions libérales et presque républicaines que professait rartillerie > .

> Voltaire, Siècle de Louis XF, X.

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avait trouvé de bon et d'utile en Autriche et en France, et former ainsi, comme 11 disait, une artillerie qui déciderait presque toutes les actions. Il varia les engins selon les besoins de leur emploi. Il créa un matériel distinct pour chacun des services de campagne, de siège, de place et de côte. Il reodil plus courtes les proportions des pièces, introduisit un obusier du calibre de six pouces et limita à trois (12, 8, 4} les calibres des canons pour la guerre de campagne, lï adopta la hausse et sépara l'avanl-lrain de ralïût en les reliant par la prolonge. Tout ce qui sortait des arsenaux eut des dimensions exactes et précises. L'artillerie forma sept régiments; chaque compagnie dut prendre soin de son propre matériel ; les mêmes officiers et les mêmes soldats furent attachés constamment aux mêmes pièces ; l'infanterie n'aida plus les cauonniers qui firent seuls leur service et eurent chacun leur fonction spéciale. Gribeauval mourut en 17S9, mais il léguait à la Révolution un recueil d'ordonnances qui réglementait minutieusement tous les détails de l'instruction et du service de l'artillerie, un matériel uniforme d'uoe grande mobilité et d'une solidité à toute épreuve, enfin un corps admirable auquel de sages dispositions et des exercices fréquents avaient donné l'expérience, la fermeté, la justesse et la rapidité du tir'. Foy témoigne qu'on ne trouvait que dans rarlillerie française l'universalité des connaissances et la fécondité des ressources. Les officiers sortis des écoles spéciales, raconte le duc de Bellune, joignaient l'instruction la plua solide à l'éducation la plus brillante; les sous-officiers vieillis dans leur emploi formaient une classe vraiment respectable; les soldats étaient l'élite de la populatioa militaire; à Valence, le i° régiment continuait à se montrer aussi docile qu'il devait bientôt se montrer entreprenant sur le champ de bataille; il conserva ses habitudes

' Favé, Siit. el tactique des trok arma et plus partie, de l'artil~ ] Itriê de eampajne, 1845, p. 143-154, et Eludes sur le passi et Vavenif ^ it rariilterie, l. IV, Hist. des progrès de l'aHillerie, II, p. i07 et >ui»,; Mention, Saint-Germain, 1884, p. 161-185. Cp. de Baaancenot, Ihmmarti». 30 : < On eb levsit i cinq heures du matin pour aller BU polyffoue et on tlavaillait toute la joiunée > [en IISS).

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de subordination et ne permit p&8 que le moindre excès vint flétrir son drapeau ^

Mais la France n'avait pas encore d'artillerie à cbervtL Lafayette la lui donna. Il obtint de TAssemblée constituante la création de deux compagnies d'artillerie volante; Tune, à son armée, fut commandée par le capitaine Barrois; l'autre, à l'armée de Luckner, par le capitaine Chanteclair. Mais ces deux compagnies ne suffisaient pas. J'ai causé sur cet objet, disait Lafiayelte au ministre, avec Frédéric II, le prince Henri, le duc é^ Brunswick, MÔUendorf, avec Loudon et Lacy et le9 ptinoipaux généraux de I^usse et d'Autriche ; la prompts* formation d'une artillerie achevai est im des plus grands services que le ministre de la guerre puisse raidre à l'armée française. Ce fut sous son commandement que Tartillerie légère obtint ses premiers succès. Les Impériaux avaient beaucoup souffert à Glisuelle du feu des quatre pièces que commandait le capitaine Barrois; mon goût pour cette arme, écrivait Lafayette à Lajard, s'est encore augmenté et si j'avais à me battre dans la position étendue que j'occupe, je suis bien sûr que mes quatre pièces seraient d'une grande utilité; mais, ajoutait*il, je vous recommande avec la plus vive instance de former tout de suite mes compagnies; je voudrais ea .avoir au moins quatre, une à Tavant- garde, une à la ré* serve, et deux à chaque aile. Il ne cessait de recommander l'artillerie à cheval, a cette arme excellente ï>,et souhaitait que toutes les pièces de 8 et tous les obusiersde son armée fassent servis par des canonnlers montés. Un décret du 29 avril 1792, proposé par un ancien officier de l'arme, Lacombe Saint-Michel, décida que le corps de l'artillerie serait augmenté de neuf compagnies de canonuiiers à cheval: deux furent attachées au ^^^ et aa 2^ régiment, et une à chacun des cinq autres *.

1 Duc de Bellune, Mém., 1, 26 et 33-34 ^ Foy, Eist. dê$ gmrrm de la P ninsble, I, 294-295.

* Lafayette à de Grave, 21 avril, et à Lajard, 22 et 25 jain ; Mém^ III, 297 et 440-441; Journal mUù., 1792, 203-204. U faut dire pourtant que Mathieu Dumas {Souvenirs^ Ij 514-517) revendique l'honoeur d'avoir formé la première compagnie d'artillerie à cheval. En 1791f a Metz, il demanda au régiment d'artillerie dn pituite es-

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Celte supériorité de rartillerie eut sur le moral de Tannée plus d'influence qu'on ne le croit d'ordinaire. Le soldat comptait sur cette puissante protection ; il savait qxaeles batteries seraient toujours habilement disposées et parfaitement servies ; c'est du succès de cette arme, observe Dumouriez, que dépend la confiance des troupes et leur courage se refroidit sensiblement, lorsqu'elles voient leur artillerie recev6ir un échec ou se rebuter*.

n reste à parler de l'intendance. Elle avait à sa tête des hommes probes et vigilants qui montrèrent autant d'activité que de rigidité dans leurs fonctions ; c'étaient les commissaires-ordonnateurs • Petitjean qui suivit, le 12 septembre, le corps de Ghazot et fut, après Valmy, attaché à Tavant-garde de Beumonville ; Malus, dont DumouTîez ne pouvait trop louer le zèle et les talents; Boyer, qui envoyait les fourrages et « rendit les services les plus importants » ' ; l'intègre Petiet, qui fut ministre de 1«L guerre sous le Directoire et réprima si sévèrement les désordres et les rapines de ses subordonnés. La régie des vivres de l'armée, dit Dumouriez, avait été portée au point de la perfection par soixante années d'expérience*. Elle assura toujours la subsistance des armées et les opérations des généraux. Les provisions de guerre firent quelquefois défaut, celles de bouche ne manquèrent jamais j au moins par .la faute de l'adminis-

T^eis de bonne volonté et au 12* régiment de chasseurs à cheval cinquante autres cavaliers ; cette compagnie de cent hommes fut commandée par le capitaine Barrois et le lieutenant Debelle ; < après six semaines d^exercice, elle était suffisamment instruite pour manœuvrer en iisne » .

^ Duœouziez, Mém., I, 413. Du reste, la guerre eut lieu dans un pays coupé, et, dit Bonaparte dans le Houjper de Beaucaù'e, c'est dans les pays coupés que par la vivacité des mouvements, l'exactitude du service et la justesse ae l'évaluation des distances le bon artilleur a la supériorité.

* Un décret du 10 avril portait qu'on nommerait commissaires-ordonnateurs ceux qui seraient les plus propres à remplir ces fonctions, sans égard à leur ancienneté. Journal militai 1792, I, 243.

* €orresp. de Dumouriez avec Pache. 1793, p. U8, 146, 184. Citons encore à Tarmée du Centre Blanchard et à l'armée du Rhin Villeman-zy

Sii devint pair de France et qui avait été intendant de l'armée de ochambeau en Amérique (Ségur, Mém,, 1, 252).

* Dumouriez, Mém.t I, 354.

tration militaire. L'armée française fut mieux ravitaillée en 4792 qu'elle le fut en 4870, dans la même contrée. Lorsque Dumouriez parut devant la Convention, au retour de la campagne, 11 rendit hommage à ceux qui avaient su, malgré la saison et la fange des chemins et les mouvements imprévus des troupes, entretenir l'abondance dans son camp ; c'est à leurs soins, dit le général, qu'on doit la bonne santé du ^Idat^

Enfin, dernier et grand avantage, l'unité de commandement fut établie après le 40 août. Les forces que la France opposait à l'invasion se réunirent sous une même autorité, celle de Dumouriez. Si les ennemis, écrivait Victor de Broglie à la fin de mai, exécutent une attaque sur notre territoire, je ne sais vraiment de quelle manière les difilérents pouvoirs militaires, maintenant indépendants les uns des autres, pourraient se concerter pour opposer une résistance combinée*. Il n'y eut après le 40 août qu'une volonté. Lafayette craignait les généraux prussiens*; Luckner, qu'on afifubla du titre de généralissime, était timide et incapable; Dumouriez alla tète levée et osa. Du 28 août au 20 septembre, il est seul en face de l'armée prussienne, et s'il commet des fautes, il les répare aussitôt. Il y a plusieurs chefs dans le camp des alliés; il n'y a qu'un chef dans l'armée française, uû chef résolu à barrer par tous les moyens, par les négociations comme par la guerre, le chemin de Paris aux alliés. En réalité, pendant toute la campagne, Dumouriez exerça la dictature diplomatique et militaire ; il n'en fit qu'à sa tète et n'écouta ni les conseils du ministre, ni les clabauderies des journalistes et de ses officiers, ni les terreurs de Paris. Les coalisés furent indécis et faibles; Dumouriez seul fut agissant, et, lorsque dans les derniers jours de septembre, des conflits d'autorité s'éle-

1 Séance du 12 octobre, Monit. du 13. Cp. Foy, EUt. de* gutrm de la Péninsule, I, 138 : « La défaveur qui s^attacna aux yieilles institutioQS ne fit que les eftleurer (les vivriers). Leur corps, à peu près intact et partant riche en traditions, se renforça de sujets distingués. •

* Victor de Broglie à Servan, 21 mai [arcb. guerre).

^ Lafayette à Lajard, 25 juin : « ... Je suis destiné à combattre les réj^ments et, qui pis est, les généraux prussiens. » Il n*a pas reproduit ce fragment ae lettre dans ses Mémoires.

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vèrent entre Kellermann et lui, il sut encore imposer son plan, garder la. direction de la guerre, tenir dans ses mains, jusqu'à la retraite des Prussiens, le commandement des troupes qui défendaient la frontière de Champagne '.

* Lafayetie, IMi., lY, 113 ; il ne faut pas oublier, dit-il dans une note familière sur les causes des àtccès de 1792, le débarras des maîtresses, favoris, ^néraux de cour, etc. La grandeur du danger, dit Dumouriez de lui-môme. avait réuni les esprits autour de lui et forcé la France à réooater, à lui obéir et à le seconder {Mém,, II, 79).

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