LA DÉCLARATION DE GUERRE
d'agir avec leurs propres forces et projetaient un coup de main sur Strasbourg ; il frapperait de terreur le parti populaire. Louis XYI s'efforçait alors de gagner la confiance ; il écrivait publiquement à ses frères pour blâmer l'émigration ; et faisait exécuter littéralement la Constitution qu'il avait sanctionnée. La nation, effrayée par le langage ferme et uniforme de toute l'Europe qu'appuierait une armée formidable, se jetterait dans les bras de son roi et le supplierait d'Intervenir comme médiateur ; il sortirait de Paris, il gagnerait librement la frontière, il se rendrait môme au congrès pour être, disait Marie- Antoinette, en quelque sorte chargé des intérêts du pays *.
Sur les conseils de Breteuil et de l'infatigable Fersen, le roi et la reine écrivirent de tous côtés, à TAutriche, à la Prusse, à la Russie, à l'Espagne, à la Suède pour demander la formation du congrès armé. Un long mémoire de Fersen avait fourni le canevas des lettres particulières qu'il fallait envoyer aux divers souverains. Marie- Antoinette rédigea la lettre à Léopold. Notre sort, disait-elle, va ôtre entièrement entre les mains de l'empereur ; de lui va dépendre notre existence future ; j'espère qu'il se montrera mon frère et le véritable ami et aIJié du roi. C'est dans ce moment, ajoutait-elle, que le congrès armé pourrait encore être de la plus grande utilité. Nous ne voulons ni ne pouvons tenir à une Constitution qui fait le malheur et la perte de tout le royaume; nous désirons arriver à un ordre de choses supportable qui ne peut s'établir sans le secours imposant des autres puiss*dnces '.
De son côté, Louis XVI écrivit au roi de Prusse. Les factieux, mandait-il à Frédéric-Guillaume le 3 décembre 4794, montrent ouvertement le projet de détruire entièrement les restes de la monarchie; un congrès des principales puissances de l'Europe, appuyé d'une force armée^ était le meilleur moyen d'arrêter ces factieux, de rétablir un ordre de choses plus désirable et d'empêcher
* Corresp. de Fersen et mémoire du 26 novembre 1791 ; cp. l'extrait du Mémoire de Louis XVI, I, 231.
* Vivenot, Quellen, I, 330-335.
que le mal qui travaillait la France pût gagner les autres états de l'Europe ^
La plupart des puissances consentirent à la formation dn congrès armé. Frédéric^uillaume répondait, il est vrai, ù Louis XVI, que rarrangement de ce congrès éprouve^ rait des lenteurs et des difficultés, et qu'il sollicitait use juste indemnisation des frais que lui coûterait le rassemblement de ses troupes. Mais Breteuil répondit, sur* IC'Champ, au nom du roi, que toutes les dépenses de la Prusse seraient remboursées exactement et à échéances fixes. Il donna la môme assurance à la cour de Vienne'.
IL L'Autriche croyait encore éviter la guerre; cattq guerre, disait Kaunilz, serait ruineuse et entraînerait des risques et d'incalculables dépenses ; l'empereur et le roi de Prusse, ajoutait-il, sont d'avis que c'est par la négociation, accompagnée de quelque démonstration propre à en imposer, qu'on pourrait établir, entre Louis XTI et la nation française, une Constitution supportable pour la dignité royale; et plus ou moins satisfaisante pour t«us les ordres de l'État*.
Mais la lutte à laquelle l'Autriche essayait de se soustraire devait éclater tôt ou tard. La France de 4789 et l'Europe monarchique et féodale ne pouvaient vivre- longtemps d'accord. Un choc était inévitable entre les vieux gouvernements et cette Révolution qui proclamait la souveraineté du peuple et menaçait tous les pouvoirs étabUs. Selon le mot d'Isnard, il fallait en venir à un déaou0ment, et la voie des armes était la seule qui restait^
Malgré ses protestations pacifiques, l'Autriche avait fini par redouter la contagion des idées révolutionnaires et du mal françaU. L'arrestation de Louis XYI à Vfr^ rennes avait profondément ému Léopold. Il dénonça cet attentat a inouï » à toute l'Europe et revendiqua, par la déclaration de Padoue (6 juillet 4794), l'inviolabilité de la personne royale. Les souverains, disait l'empereur, se
1 Flammermont, Négoc. secrètes de Louis X VI et du baron de Breteuil avec la cour de Berlin , 1885, p. 9-10. •/(?., p. 12 et suiv.
3 Vivenot, Quellen, I, 343 (24 janvier 1792). ^ Discours du 19 novembre 1791.