‹ La première invasion prussienne:Chapitre 3 sur 26 · LA DÉCLARATION DE GUERRE · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION DE GUERRE

réuniraient pour venger avec éclat le roi de France outragé, mettre des bornes aux extrémités dangereuses de la Révolution et « faire cesser le scandale d'une usurpation de pouvoir qui porterait les caractères d'une révolte ouverte et dont 11 importerait à tous les gouvernements de réprimer le funeste exemple* ». La déclaration de Pillnitz, malgré sa clause évasive, exprimait les mêmes craintes et faisait les mêmes menaces. L'empereur et le roi de Prusse avaient dit hautement que la situation de Louis XVI était un objet d'un intérêt commun à tous les souverains de TEurope, et annoncé qu' a ils donneraient à leurs troupes les ordres convenables pour qu'elles fassent à portée de se mettre en activité ». C'était, avouait Mercy, confirmer, réaliser presque les menaces d'une croisade, d'une guerre de parti contre l'indépendance de la nation française. C'était, reconnaît un historien allemand, faire germer en France la crainte d'une contre-révolution armée, et ce germe devait, à l'heure décisive, se développer avec une force et une rapidité qui trompèrent les calculs des souverains*. Kaunitz luimême ne cessait pas d'entretenir les pours de cette Révolution française, qui menaçait de saper les fondements de tous les États et propagerait partout Tinsubordination et la révolte; il montrait les progrès incessants que faisait le parti républicain ; il flétrissait ses menées de séduction, ses manœuvres audacieuses et criminelles, ses principes funestes au repos et à la tranquillité des nations; il représentait quil fallait faire tous ses efforts pour maintenir en France le gouvernement monarchique, le seul durable, le seul que l'expérience des siècles eût consacré*. Mercy écrivait que les idées révolutionnaires répandaient le fanatisme dans le peuple et promettaient la terre aux pauvres, comme le christianisme leur promettait le ciel; que les droits de l'homme devenaient l'évangile commun à tous les peuples, et que tout gou-

1 Vivenot, Qicellen^ I, 185-186, lettre de Léopold aux souverains et projet de déclaration commune.

« Corresp, entre Mirabeau et La March, 1851, 111, 349 (lettre du 3 octobre 1792); Hausser, Deutsche Geschichte, 4- cdit., 1869, I, 320.

» Toutes ces expressions sont de Kaunitz (Vivenot, Qtiellen, I, 208, 211, 213-216, circulaire et mémoire de juillet 1791).

yernement était désormais impossible ; que le voisinage empesté des Français était la seule cause des obstacles que rencontraient les gouverneurs généraux des Pays- Bas autrichiens *.

D'autre part, la France regardait depuis longtemps rAutriche comme son adversaire naturel et comme une sorte d'ennemi héréditaire. L'alliance des deux cours, de Versailles et de Vienne, si vacillante qu'elle fût, subsistait encore. Mais le public la condamnait ; il regardait rAutriche, selon le mot de Bernis, comme la sangsue de l'État ; il l'accusait de tenir la France dans une dépendance absolue et une complète vassalité; il imputait au système de 1756 les désastres de la guerre de Sept- Ans, les échecs de la diplomatie, le partage de la Pologne, les revers de la Turquie, l'écrasement du parti républicain en Hollande; il détestait en Marie-Antoinette non seulement la princesse légère et frivole, mais l'Autrichienne^ la fille de Marie-Thérèse et la sœur de Léopold. Partout, dans les salons, dans les cercles du temps, même à la cour, on répétait que l'Autriche était la seule puissance ambitieuse, la seule qui menaçait l'Europe, la seule qui causait les malheurs et l'humiliation de la France. On était persuadé que, si le pays changeait son système d'alliance, il reprendrait dans le monde le rang qu'il y tenait sous le règne de Louis XIV. Lorsque parut la première édition des mémoiros de Favier et du comte de Broglie, trouvés dans les papiers de Louis XVI, on l'accueillit avec transport et son succès fut prodigieux; Ils attribuaient l'abaissement de la France au traité du le»* mars 4756; ils flattaient, dit Ségur, la haine de l'Autriche qui était alors la passion dominante*.

Aussi la Gironde, qui dominait l'Assemblée législative, soutenait-elle avec ardeur la guerre contre l'Autriche. Elle la voulait à tout prix. Elle comptait d'ailleurs, en la provoquant, renverser la Constitution et se saisir du pouvoir. Elle savait qu'elle déchaînerait la tempête,

J Vivenot, Queîlen, I, 331-332.

* Politique des cabinets de V Europe^ 1824, 1, préface, p. xix et xxnr; Favier, dit encore Ségur (II, 152), ne voit que l'Autriche à craindre, c^est un fantôme qui Toppresse et trouble son jugement. Cp. les Mé" moires ou souvenirs du même, 1826, II, 83-84.

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