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LA DÉCLARATION DE QUERRB

mais cette tempête emporterait la royauté. Elle se croyait sûre de la victoire ; elle avait confiance dans la force de la Révolution ; elle disait à Tavance que les peuples vaincraient les rois et que la liberté triompherait de la tyrannie. L*étendard de la liberté, s'écriait le fougueux Isnard, est celui de la victoire, et le moment où le peuple s'enflamme pour elle, celui des sacrifices de toutes les espèces, de Tabandon de tous les intérêts, et de Texplosion redoutable de Tenthousiasme guerrier.

La Gironde fit déclarer la guerre à TAutriche. Mais la France, comme Font dit les écrivains allemands, avait-elle les premiers torts, et l'Autriche fit-elle tout ce qu'il fallait faire pour conserver la paix? Les notes de Kaunitz ne furent-elles pas provocantes et comme rédigées exprès pour surexciter violemment l'opinion de la France et blesser son orgueil^? Il fallait, disait l'ambassadeur Noailles, éviter toute observation qui tendrait à censurer notre administration intérieure ; mais j'ai vainement répété que de semblables critiques, tout au plus permises dans des entretiens particuliers, lorsqu'elles étaient consignées dans des écrits ministériels, devenaient les offenses les plus sensibles à l'honneur d'une nation.

L'Assemblée constituante avait aboli les droits féodaux des princes de l'empire possessionnés en Alsace. Léopold, au nom du corps germanique dont il était le chef, protesta contre la suppression de ces droits garantis par la paix de Westphalie. Vainement la France répondit qu'elle ne pouvait admettre sur son territoire l'existence de privilèges contraires aux lois de l'État; vainement elle offrit des indemnités pécuniaires, une amicabilis compositio, aux princes qui se disaient dépouillés. La diète de Ratisbonne refusait cette équitable transaction et défendait avec entêtement le vieux droit public; elle soutenait que les privilèges des princes d'Empire avaient été formellement réservés en Alsace et que la France, liée par un traité, devait en observer strictement les clauses ; violer un seul article de ce traité, c'était remettre tout en question, c'était môme

> Cp. Hûffep, Oestreich imd Prenssen, 1868, p. 31.

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annuler les droits de souveraineté que la France exerçait sur TAlsace *.

A cette question des princes possessionnés se joignait une question plus grave encore, celle des émigrés. Les princes français et leurs adhérents, rassemblés dans les électorals de Trêves et de Mayence, y recevaient le meilleur accueil et y faisaient ouvertement des préparatifs de guerre. « Ils forment, disait Yergniaud, autour de la France une ceinture de conspirateurs ; ils s*agitent et se tourmentent pour lui susciter des ennemis ; ils excitent les soldats à la désertion; ils soufflent parmi ses enfants le feu de la discorde ; le fer et la torche à la main, ils élèvent au ciel indigné des vœux criminels pour hâter le jour où ils pourront la couvrir de cendres et de ruines'. » L* Assemblée législative exigea la dispersion des émigrés et Léopold la promit. Mais l'empereur ajouta qu'il donnait ordre au maréchal Bender de porter aux états de Télecteur de Trêves les secours les plus prompts et les plus efficaces, au cas qu'ils fussent violés ou m^ nacés par des incursions hostiles. Il déclara qu*on ré* pandait sur les desseins de l'émigration des alarmes exagérées, que les gazettes françaises retentissaient de déclamations injurieuses contre tous les souverains de l'Europe, que ces déclamations étaient applaudies au sein de l'Assemblée, que de tels faits sollicitaient l'attention la plus sérieuse des puissances étrangères réunies en concert pour la sûreté et Vhonneur des couronnes. L'Assemblée avait voté vingt millions de fonds extraordi* naires, et cent cinquante mille hommes venaient d'être mis en. réquisition pour former trois armées qui devaient garder la frontière de Dunkerque à Bâle. L'empereur observa qu'une invasion de troupes françaises sur le territoire de l'Empire serait regardée comme une déclaration de guerre pour le Corps germanique '.

On ne pouvait mieux s'y prendre pour exciter la colère nationale. L'Assemblée déclara traître à la patrie et coupable du crime de lèse-nation tout Français qui pren-

> Voir le rapport de Koch et l'office du 3 décembre 1791.

* Discours du 25 octobre 1791.

3 21 décembre 1791 et 5 janvier 1792 (Vivenot, QuelUn, I, 567-568).

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drait pari à un congrès dont Tobjet serait soit une modification de la Constitution française, soit une médiation entre les émigrés et la nation, soit une composition avec les princes possessionnés en Alsace (44 janvier 4792).. EUle décida de demander à l'empereur s*il entendait, comme chef de la maison d'Autriche, vivre en paix avee la France (25 jajOLVier).

Kaunitz répondit le 47 février que le beau-frère et rallié du roi avait eu raison de provoquer un concert des puissances, et que ce concert subsistait encore, à causd de Tanarchie populaire et de l'influence du parti républicain sur l'Assemblée ; l'empereur, disait le ministre, croyait devoir au bien-être de l'Europe de dénoQeer publiquement la secte des jacobins, ses provocations, ses menées dangereuses. Le cabinet de Vienne persistait donc à se môier des affaires intérieures de la France et intervenait dans ses querelles domestiques ; l'Assemblée, reconnaît le feuillant Mathieu Dumas, fut TUttnimement indignée K

Narbonne était alors ministre de la guerre *. Il avait visité les frontières, 11 poussait activement les préparatifs militaires ; Rochambeau témoigne qu'il montrait le zèJe le plus vif et le plus soutenu pour vaincre les difficultés et qu'il savait se faire entendre de l'Assemblée *. Mais Narbonne était constitutionnel; il reprochait au roi sa « conduite inactive, expectante et staliounaire^ » ; s'il plaisait aux girondins, il avait contre lui ses collègues, Bertrand de MoUeville, ministre de la marine, et Delessart, ministre des affaires étrangères.

Louis XVI renvoya Narbonne et le remplaça par un jeune maréchal-de-camp, le r-^hevalier de Grave. L'Assemblée irritée déclara que Narbonne emportait toute sa confiance et accusa de trahison Bertrand de MoUeville elDelessart. Bertrand parvint à se justifier; mais Delessart fut vivement attaqué par Vergniaud et Brissot ; on lui reprocha de tenir un langage indigne de la France et

* Mathieu Dumas, Souvenirs, 1839, II, 109.

* Depuis le 6 décembre 1791 ; il avait remplacé Duportail. 3 Rochambeau, Mém., 1839, I, 397-398.

* Mém. du 24 février 1792 (pièces de l'armoire de fer, n» 217).

de professer des doctrines inconstitutionnelles en faee de rétranger ; on le traduisit devant la haute cour d'Orléans.

Il fallait former un nouveau cabinet. Le roi prit ses ministres dans la Gironde. Il laissa le portefeuille de la guerre à de Grave et donna les affaires étrangères à Dumouriez, Tintérieur à Roland, les finances ou, comme on disait alors, les contributions publiques à Glavière.

Damouriez était Thomme le plus remarquable du conseil. Il voulait la guerre. Son langage fut ferme, énergique, hautain ; il a, dit Schlosser, introduit dans la langue diplomatique le ton rude que les Français ont conservé jusqu'à la Restauration*. Léopold venait de mourir (\^^ mars). Dumouriez demande à son successeur, l'archiduc François, une réponse catégorique et décisive. Il exige de la cour de Vienne qu'elle diminue ses troupes des Pays-Bas et qu'elle expulse de ses provinces tous les émigrés ; il rappelle à l'archiduc l'alliance de l'Autriche avec la France ; il le somme de rompre les traités qu'il a faits avec d'autres ; la négociation doit être terminée avant le i5 avril ; si l'Autriche persiste à rassembler ses troupes sur la frontière, il ne sera plus possible, dit Dumouriez, de contenir la juste indignation d'une nation fière et libre qu'on cherche à avilir, à intimider, à jouer, jusqu'à ce que tous les préparatifs soient faits pour l'attaquer*.

La cour de Vienne répondit à Dumouriez qu'elle, de son côté, exigeait la réintégration des princes allemands d'Alsace dans leurs droits féodaux et la rétrocession d'Avignon et du comtat Venaissin au pape; qu'elle avait pris des mesures défensives qu'on ne pouvait comparer aux préparatifs hostiles de la France ; qu'elle ne reconnaissait à personne le droit de lui prescrire les dispositions qu'elle devait prendre pour étouffer les troubles fomentés en Belgique par l'exemple de la France et les menées du parti jacobin ; enfin, qu'elle persisterait à se concerter avec les puissances de l'Europe aussi long-

* Schlosser. Eist, des révoL polit, et litt, de VSurope au xviii* siè^ de, trad. par Suckau, 1825, II, 117.

* Lettres à Noaiiles, 19 et 27 mars.

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temps que durerait la crise révolutionnaire et qu^une faction sanguinaire et furieuse viserait à réduire à des jeuzde mots illusoires la liberté du roi, le maintieb de la monarchie et rétablissement de tout gouvernement régulier *. Cette réponse rendait la guerre inévitable ■. Mais déjà TAutriche avait résolu de prendre les armes. L'archiduc François, alors âgé de vingt-quatre ans, était moins pacifique et moins prudent que Léopold ; Témigration avait accueilli son avènement avec une joie bruyante ; c'est heureux pour le roi de France, écrivait Fersen, et l'archiduc a souvent improuvé la conduite lente, molle et indécise de son père. Dès le S mars, le comte de Mercy disait à Breteuil qu'on allait changer de système, et mettant la main à la garde de son épée, c'est de cela qu'il faut, ajoutait-il, on y est décidé, et bientôt vous en aurez, il ne reste plus d'autre moyen '. Le 30 mars arrivait à Vienne, sous le nom de Dommartin, un agent de la cour, le baron de Qoguelat. Il s'entretint longuement avec Gobenzl. Louis XVI, disait-il, s'abandonnait en apparence au parti de la Révolution ; mais il désirait ardemment qu'on vint le plus tôt possible à son secours ; il croyait que, la guerre une fois allumée, un parti considérable se rallierait autour de lui ; il comptait sur sa garde, sur deux tiers de la garde nationale de Paris, sur toute sa cavalerie, sur les Suisses et sur les sept huitièmes de la bourgeoisie; la canaille des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau suivrait seule l'impulsion des jacobins ^. Le 3 avril, le roi de Hongrie donnait au duc de Brunswick le commandement général des forces qu'il destinait à « sauver la France et l'Europe de l'anarchie ^ ». Le 47, Thugut annonçait au baron de Breteuil qu'on était décidé à faire marcher; que le roi de

^ Note du 18 mars, à laquelle Cobenzl renvoie Noailles le 7 avril.

s Schlosser, II, 117.

* Fenen, II, 12 et 209.

^ Viyenot. Quellen, I, 430-432 (récit de Cobenzl à Kaunitz], et Fersen, II, 14. Goguelat était porteur d'un billet de la reine et du roi lu roi de Hongrie : • Je vous prie, mon neveu, d^avoir confiance à tout ce que le porteur vous dira de notre part. > Marie- Antoinette. I Je me joins a votre tante et pense absolument comme elle* > Louis.

< Vivenot, Q^eUen, 1, 434.

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Hongrie était las de ce qui se passait en France ; qu'il joindrait ses tronpes à celles de Prusse *.

La France prit les devants, comme Frédéric II m 4756 *; ce fut elle qui déclara la guerre. Le 20 avril, à midi et demi, Louis XV£ entre à TAssemblée. Dumoihriez, debout auprès de lui, Ut un rapport sur la situation politique de la France et sur ses griefs contre rAutridie. Le roi prend la parole après son ministre et, d'une rota profondément émue, propose la guerre contre le roi d« Hongrie et de Bohème. L'Assemblée s'ajourne À àa[ heures du soir. La discussion s^ouvre par un discoon de PastOTct. Le futur pair de France se prononce pour II guerre; n*est-il pas temps de s'arracher à rincertMndb qui depuis longtemps tourmente toutes les pensées? M faut-il pas défendre la France provoquée ? La vicMUi^ dit Pastoret, sera fidèle à la liberté ; jamais le peuf^ français ne fut appelé à de plus hautes destinées;]!** mais il n'a mieux senti le besoin de la gloire et deTin*dépendance. Le patriote hollandais Daverhoult, dèpoÉ des Ardennes, lui succède; voulez-vous, s'écrie*t^-il,Tiii*' dro Avignon au pape et leurs droits féodaux -êA princes ? Un peuple qui veut être libre doit-il consentir que les cours étrangères formfent des c(W5fcerts pottr f^ ter atteinte à sa Constitution? Oui, il laut faife M guerre, car notre liberté est menacée, et nous avons jiffê de vivre libres ou Wïo^irir. Aubert^Dufoayet déclare, «u nom de l'honneur national, qu'il serait lâche de ne pn décréter la guerre : nous sommes tous Français, et des puissances coalisées ont l'audace de prétendre nods donner un gouvernement I Nous ne le souffrirons jamais. . Nous voulons la guerre puisqu'elle est nécessaire pamr défendre noire liberté, et, dussions^nous tous périr, Id dernier de nous prononcerait le décret I Un seul membre, Becquey, parle contre la proposition au milieu des murmures et d'un violent tumulte. La guerre est votée presque unanimement et par acclamation ; le public é^s tribunes éelate en applaudissements ; les députés lèfvent leurs cbepemix en ralr ; combien cTemre «tts, dit M^tte

1 Fefiin, II, tM, 242.

* L'exemple fut allégué par Gensonn^ et BHimU

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