LA. DÉCLARATION DB QUBRRB
, devaient périr d'une manière violente et avaient • insu prononcé leur arrêt de mort * I
La guerre était déclarée à François, roi de Bo-
et de Hongrie ; c'est notre chère alliée TÀutriche
seule, écrivait Dumouriez à Biron, que nous dé-
is notre ennemie, et nous avons soin de la se-
des autres puissances qui forment le concert, à-dire une ligue infernale contre nous •. L'habile stre ht davantage. Il avait reçu six millions de ; secrets et remanié le personnel diplomatique. Il îie de tous côtés pour isoler TAutriche. Il obtient la ralité de TBmpire; ses agents représentent aux îes qu'il vaut mieux obtenir une indemnité que de r les risques de la guerre et assurent Tappui de la ce à la Bavière que l'Autriche désire annexer. Il le Milanais à la Sardaigne, si Victor-Amédée veut r neutre «t céder Nice et la Savoie. Il fait pror à l'Angleterre, par Ghauvelin et Talleyrand, Tat- ^ de la France et lui promet en échange la conârondu traité de commerce de 4786, la neutralité de el^igue qui deviendrait une république fédérative, tncûssement des colonies espagnoles désormais rtes<au commerce britannique, au besoin la cession le de Tabago. Il tente de provoquer une «diversion rient et charge Sémonville d'annoncer aux Turcs vée prochaine d'une flotte française qui détruira ie de Eherson et assurera, par son apparition daits la Hoîre, l'indépendance de la Crimée '.
is attaquer l'Autriche, c'était attaquer la Prusse. Il ait entre les deux États un traité d'amitié et d'ale défensive, convenu dès le 35 juillet 1794 et signé février à7%à. Lorsque Kaunitz envoyait sano1)e<lu mer, le comte de Goltz, ambassadeur 4e Prusse à ;, déclarait que cette dépèche renfermait les prin- . sur lesquels les cours de Vienne et de Berlin
ath. Dumas, 5o«M*»>«, II, 1*8*419; M— AeSta«I, Oétmid^mwHs i prineipaum éHnemmts 4e la JSAwMfÎM» /hm^aiiê, lti^4I, 40. ettre du 18 avril (arch. guerre).
. Sorel, Mi9u0 des JMmt^Monêeê, 45 fvillet 1884, p. 348<4t8.
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étaient |>arfaitement concertées. La mort de Léopob n'ébranla pas la nouvelle alliance ; le jour même où soi père expirait, Tarchiduc François écrivait à Frédéric Guillaume que son plus vif désir était de « cimenter di plus en plus Theureux lien qui venait d*unir la Prusse et TAutriche* ».
Dès son arrivée au ministère* Dnmouriez s'efforça de rompre cette alliance. Tout le monde en France, députés, généraux, journalistes, la regardait comme fragile et aisée à briser. On avait trouvé pour la qualifier deux on trois épithètes consacrées et pour ainsi dire officielles qui reviennent sans cesse dans les discours et les écrits de répoque : monstrueuse^ inouïe^ inconcevable^ mais c'était monstrueuse qu'on employait de préférence '. Ga fut longtemps, disait Lebrun, et c'est encore un sojet d'étonnement pour les bommes d'État qae l'alliance de ces deux maisons essentiellement rivales et ennemies sous tous les rapports de localités, de prétentions et d'intérêts *. D'ailleurs, la France n'avait alors nulle baine pour la Prusse ; si l'Autriche était son naturel adversaire, la Prusse était son allié nécessaire. Gomment, s'écriait Lacombe Saint-Michel, le 25 juillet, Frédéric- Guillaume s'est-il réuni à son ennemi irréconcilial)le pour venir opprimer son allié naturel *? On avait ride Hossbach et prôné le vainqueur de Soubise. On répétait partout que la politique française devait tendre à ce but unique : s'unir à la Prusse pour combattre et vaincre l'Autriche. Telle était la conclusion des écrits de Favier. Dès la fin du règne de Frédéric II, observe Ségur, la France et la Prusse se rapprochaient et il est plus que probable qu'elles se seraient intimement unies si l'avènement de Frédéric-Guillaume II, l'ardeur de son ministre Hertzberg, son dévouement à l'Angleterre et la révolution de Hollande n'avaient pas renversé tout d'un coup ces nouvelles combinaisons *.
1 Vivenot, Quellen, I, 403.
* C^est ainsi, selon Voltaire, que le parlement anglais avait appelé l'union de la France et de rAutriche en 1756.
* Séance de la Convention du 26 septembre, Monit, du 28. « Monit. du 26 juillet.
< Ségur, Polit, dûs eaèinetê do V Europe^ I, 278-279, et III, 151 ;
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Dumouriez nomma François de Gustine ministre plénipotentiaire à Berlin. Mais Gustine ne fut pas écouté. Déjà son prédécesseur, Ségur, n'avait trouvé que des visages hostiles. On avait répandu le bruit qu'il était chargé de gagner à prix d'or le favori et la maltresse du roi. On avait conté que Taccueil méprisant qull recevait partout, le désespérait et le rendait fou ; que, dans un dîner. Il avait jeté soudainement son chapeau sur le parquet, proféré des paroles incohérentes et quitté la salle comme un furieux. Il s'était fait poser des sangsues et on le vit couché dans son lit dont les draps étaient naturellement tachés de sang ; on assura que, dépité de Tinsuccès de sa mission, il avait essayé de se donner la mort ^ François de Gustine fut traité de môme. On le tenait à Técart, on s'éloignait de lui comme d'un pestiféré. La propagande jacobine, lés défis que les girondins jetaient aux souverains de l'Europe, le meurtre du roi de Suède Gustave III, les aveux d'Ankarstrôm et de ses complices qui déclaraient que la lecture des écrits révolutionnaires avait Inspiré leur attentat, l'amnistie votée par l'Assemblée législative en faveur des meurtriers de la Glacière', avaient indigné Frédéric-Guillaume et ses ministres. Schulenbourg disait à Ségur qu'il fallait se préserver de la gangrène. Gomment voulez-vous, s'écriait le ministre, que la tranquillité soit maintenue lorsque tous les jours des milliers d'écrivains insultent les rois et publient qu'il faut exterminer tous les princes parce que ce sont des tyrans? Il tint le môme langage à Gustine. L'envoyé de Dumouriez lui représentait que l'intérêt de la Prusse lui commandait la paix. Il faut, répondit Schulenbourg, compter aussi l'honneur des couronnes, et il ajouta que son roi voulait surtout repousser l'es-
cp. Tralchevsky, La France et V Allemagne sous Louis XVI, 1880, p. 33 ; Vergennes disait que Frédéric pouvait être considéré comme Un allié naturel de la France.
» A. Sorel, Le Temps, 10, 12 et 15 octobre 1878.
^ 16 mars 1792. Rien, écrivait Gustine, n'a plus contribué à nous perdre dans l'opinion, et plusieurs des plus précieux défenseurs de ^olre Constitution dans la classe desgens de lettres et des savants ont ^ûnoncé ouvertement qu'ils ne pouvaient soutenir un gouvernement ^ se déshonorait par de pareilles mesures (cité par Sorel).
prit de prosélytisme qui semblait menacer tous les potentats*.
Duraouriez ne se décourap:ea pas. Il se souvint qu'un de ses anciens camarades, io inarc'cbal de camp Heymann, avait pris du service en Prusse. Il lui dépécha Benoit, un de ses agents politiques. Ce Benoit remit à Heymann le billet suivant, daté du'9 avril : « Je vous envoie M. Benoit avec qui vous pouvez vous entretenir en toute conliauce ; je prolite avec plaisir de cette occasion que j'ai fait naitre pour vous donner une preuve d'amitié. » Mais Scbulenbourg refusa de donner audience à Benoit ; il ne voyait dans ces négociations que t la dernière arme dont se servaient les factieux » ; il craignait, en s'abouchant avec un agent du ministère qu'on nommait le ministère des sans culottes, de découvrir le roi de Prusse et, comme il disait, de compromettre Sa Majesté prussienne avec ces misérables. Benoit mil par écrit les propositions de Dumouriez. Elles firent sur Scbulenbourg une très vive impression. Le ministre des affaires étrangères priait le roi de Prusse d'intervenir comme arbitre entre la France et les princes allemands possessionnés en Alsace, et lui promettait de « se prêter avec toute la déférence et toutes les facilités possibles à ce qu'il proposerait ». Il s'engageait à donner aux frères de Louis XVI les compensations que demanderait Frédéric-Guillaume ; les émigrés rentreraient en France et la Constitution actuelle serait maintenue; on ne pouvait rétablir sans danger les privilèges de la noblesse et les grandes magistratures; la restitution des biens do clergé vendus pour la plupart et devenus la propriété des particuliers, rencontrerait une résistance ; mais en revancbe, le roi, môme en restant sur le terrain de la Constitution, verrait ses prérogatives augmentées '. Ces (( insinuations » semblaient extraordinaires, mais Benoit les renouvelait dans les entretiens avec Heymann; il ajoutait qu'on craignait à Paris la puissance militaire de la Prusse : a Tarmée de Frédéric-Guillaume renverserait
^ A. Sorel, Revue des Deua-Mondes, 15 juillet 1884, p« 325. ' Arch. de Berlin, Secretissima sur les affaires de France, 1792. Scbulenbourg à Frédéric-Guillaume, 28 avril [copie de FianuBfinaoBt).