LA DÉCLARATION DB GUERRB
peutrélre le frôle édifice du nouveau gouvernement. » Mais, à rheure môme où Dumouriez faisait ces ouvertures au ministère prussien, il déclarait la guerre à rAutriche. Scbulenbourg fit dire par Ueymann à Benoit que le roi de Prusse ne se séparait point du roi de Hongrie, son allié « avec lequel il se tiendrait toujours sur la môme ligne » et que les deux souverains refuseraient d'entrer en négociations avant que le « pouvoir royal, le seul avec qui Ton pût traiter, fût rétabli en France avec l'autorité nécessaire ». Benoit eut ordre de quitter Berlin sur-le-cbamp. Il partit, mais il avait la conviction que le dernier mot n'était pas dit ; je reviendrai, assurait-il à Heymann, quand et où la Prusse le souhaitera ; la négociation n'a peut-être chance de réussir que lorsqu'une armée prussienne sera sur le territoire français '.
L'échec de Benoit ne rebuta pas Dumouriez. Il avait envoyé à Deux-Ponts un conseiller d'ambassade, M. de I^aiUac ; le duc de Deux-Ponts était l'héritier présomptif de l'électeur de Bavière; il avait besoin de la France. Dumouriez lui offrit, par M. de Naillac, un million de livres, s'il parvenait à « empêcher la marche des Prussiens et à faire accéder la cour de Berlin à la même neutralité que le reste de l'empire ». Il promit même deux cent mille livres à « celui ou celle qui aurait fait réussir cette négociation ». Il échoua. Le cabinet de Berlin répondit au duc de Deux-Ponts, comme à Benoît, que la Prusse ne se séparerait pas de l'Autriche et n'entrerait dans aucun pourparler avant le rétablissement de l'autorité royale '.
Il était désormais certain que les forces prussiennes envahiraient la France. Frédéric-Guillaume haïssait la Bévolution plus vigoureusement encore que ses ministres. Plein de mépris pour les jacobins, sans cesse excité par les émigrés, ému de l'infortune de Louis XVI, avide <le gloire et croyant s'Illustrer par une campagne qu'on lui représentait facile et brillante, sollicité par la Russie qm Ixii promettait pour prix de sa croisade une part du
1 Cp. sur cet épisode Sybel, Gesekichtê der Rewilutionszùitt 4* édit., 1882, 1, 375-377, et Ferun, II, 251 et 253 (Caraman à Breteuil). > A. Sarel, JiwmdeÊ JkuahMonda, 15 juiUet 1884, 326-327.
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gâteau polonais, il annonçait hautement avant la déclaration de guerre qu'il réprimerait en France l'ardeur du parti populaire et y rétablirait la paix et le bon ordre ^ Dès la fin de 4791 un personnage influent conseillait à Massenbach, aide de camp du roi, de rentrer dans l'étatmajor général : a Nous ferons marcher au printemps 50,000 hommes sur le Rhin, le duc de Brunswick sera général en chef, le roi raccompagnera, et vous ne jouerez que le rôle de chambellan, prenez vos mesures. » Au mois de février 1792 Frédéric- Guillaume mandait à Potsdam le duc de Brunswick; on voyait Tins pecleur Reymann, portant sous son bras la carte de France, traverser la cour du château pour se rendre dans la salle où le roi conférait avec son généralissime, et le soir de Tentrevue, à la table des maréchaux, les officiers de Tétat-major, certains de la guerre, buvaient à la confusion de l'Assemblée législative et à la prise prochaine de Paris *. Aussitôt que Frédéric-Guillaume connut le décret du 20 avril, il courut de Postdam à Berlin et ordonna de hâter les préparatifs ; Gustine remarqua son émotion; il laissait, écrit-il, paraître la colère et la violence dont il était possédé. Le lo»* mal Schulenbourg annonçait à l'envoyé français que la Prusse entrait en campagne. On Ta voulu, dit le ministre, depuis dix mois les tribunes françaises retentissent d'injures contre les têtes couronnées; il fallait que cela finit. Il ajouta qu'on ferait la contre-révolution, qu'on se vengerait du passé, qu'on assurerait pour toujours le repos des monarcMes; on veut, mandait Gustine à Dumouriez, que la France disparaisse de la balance européenne '.
IV. On sait les événements qui s'écoulèrent entre la déclaration de guerre et l'invasion prussienne, comment l'armée française envahit la Belgique le 38 avril et prit la fuite à la vue des Autrichiens, comment le cri de trahison jeté à Quiévrain retentit à Paris, où l'on crut
> Vivenot, Queîlen, I, 460.
* Massenbacb, Memoiren Hier meine Verhâltnisse ^um preusiiseh^ Staat %nd insàesondere sium Herzoge von Bfaunschwtig^ 1809, 1, 23-26.
* A. Sorel, Bévue des DeuahMondes, 15 juillet 1884, p. 326.
LA BéCLARATION DE aUERRB 21
désormais^ non sans raison, à Texistence d*un comité occulte que dirigeait la reine et qu'on nomma le comité autrichien. Le girondin Servan remplace au ministère de la guerre l'impuissant de Grave. L'Assemblée se déclare en permanence ; elle licencie la garde constitutionnelle du roi, et envoie son chef, le duc de Brissac, devant la haute cour d'Orléans; elle décrète que les prêtres insermentés pourront être condamnés à la déportation par les directoires des départements sur la simple dénonciation de vingt citoyens actifs ; elle décide, sur la proposition de Servan, le rassemblement d'un camp de 20,000 fédérés des départements qui se rendront à Paris, à Toccasion de la fête du 44 Juillet. Le roi consent au licenciement de sa garde, mais refuse de sanctionner les décrets contre les prêtres insermentés et sur rétablissement du camp. Roland répond à Louis XVI en lisant, en plein conseil, la lettre fameuse qui le somme de s'unir à la nation et d'accepter franchement la Révolution. Le roi irrité renvoie du ministère les trois girondins, Roland, Glavière, Servan; il accepte la démission de Dumouriez ; il confie les affaires à d'obscurs feuillants, Ghambonas, Terrier-Monciel, Lajard. Mais le 20 juin la multitude en armes envahit le Château. Vainement une partie de la France proteste contre la violation du domicile royal; vainement Lafayette demande à l'Assemblée le châtiment des auteurs du 20 juin et la destruction de la secte jacobine ; personne, pas même le roi, ne soutient Lafayette. Bientôt on apprend que les Prussiens se mettent en marche. On ne doute plus que le roi presse de ses vœux et de ses messages secrets l'invasion du territoire. On soupçonne qu'il attend à Paris les troupes allemandes *, et c'est alors en effet que Louis XVI envoie Mallet du Pan aux alliés *, c'est alors que Marie-Antoinette exprime à M™^ Campan l'espoir de la prochaine délivrance. « Vers le milieu d'une de ces nuits où la lune éclairait sa chambre, dit M"^« Campan, elle la contempla et me dit que dans un mois elle ne
i Bailleul, II, H 4.
* Le fait était connu, car le Moniteur du 5 juillet annonce que Mallet da Pan a traversé Bonn le 24 juin < chargé d^une mission secrète >.
verrait pas cette lune sans être dégagée de ses chaînes; elle me confia que tout marchait à la fois pour les délivrer, mais que les opinions de leurs conseillers intimes étaient partagées à un point alarmant, que les ubs garantissaient le succès le plus complet, que les autres
faisaient entrevoir des dangers insurmontables eUe
ajouta qu'elle avait l'itinéraire de la marche du roi de Prusse, que tel jour il serait à Verdun, tel autre dans un autre endroit, que le siège de Lille allait se faire*. » Fersen et Breteuil reçoivent des Tuileries l'avis qu'il faut se hâter, que six semaines d*attente sont bien longues, qu'un délai d'un jour peut produire des malheurs incalculables, qu'il importe de gagner vingt-quatre heures, que si on n'arrive pas, Louis XVI est perdu. Le roi et la reine, mande Breteuil à Schulenbourg, désirent uniquement que les armées combinées agissent aussi promptement que vigoureusement en leur faveur, qu'on compte pour rien les dangers qu'ils pourraient courir, que les opérations militaires une fois commencées soient poussées avec activité*. Mais l'Assemblée, résolue à se défendre contre la cour, déclare la patrie en danger; elle dissout les états-majors de la garde nationale; elle décrète que les volontaires qui doivent former le camp de réserve de Soissons passeront par Paris et assisteront le 14 juillet à la fête de la Fédération; elte éloigne de la capitale toutes les troupes de ligne, excepté les Suisses. Déjà une commission extraordinaire discute la déchéance de Louis XVI; déjà Vergniaud affirme qanà le nom seul du roi est le prétexte ou la cause de toos les maux et que Louis XVI, abusant la France par des protestations hypocrites, n'oppose à l'étranger qu'une armée inférieure en nombre et vouée à la défaite; déjà le bataillon des Marseillais est entré dans Paris. Le 25 juillet parait le manifeste de Brunswick. Le 3 août la déchéance du roi est demandée par toutes les sections de Paris, puis proclamée par la section Maucosscil.
* M"» Campan, Mé'm., édit. Barrière, 1884, p. 340.
> Fersen, II, 309, 319, 333, 341, 26 juin, 24 juillet, 1" août (Marie- Antoinette à Fersen) ; Fiammermont, 29-30 (Breteuil à Schulenbourg, 14 juillet).