‹ La première invasion prussienne:Chapitre 8 sur 26 · L'ARMÉE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

L'ARMÉE FRANÇAISE

I. Désorganisation de la France. -> Les ministres. — Les places fortat.

— II. L'armée de ligne et les bataillons de volontaires. — Les premiers bataillons des régiments. — Us ne sont pas au complet. — Aug* mentation des bataillons de volontaires. — Les quatre -vingt» trois bi* taillons de 1791. — Les levées de 1793 avant le 10 ao&t. — DéCut de fusils. — > Manque de temps. — III. Position des armées. — > L'Anûgnr tion. — Méfiance des troupes de ligne. — Leur indiscipline.^ Détordrei des volontaires. — L'habit blanc et l'habit bleu. — L'armée du Rhin.— IV. Déroute de Mons et de Tournay. — V. Mésintelligence dea généraux. — Lafayette, Luclcner, Dumouriez. — Le cliasaé •croisé. <— Ist subordination de Dumouriez. — VI. Le 10 août et Lafayette. — Lotie du général et de l'Assemblée. — Fuite de Lafayette. — YII. Détonement de l'armée à la Révolution. — Les officiers et les soldats. >- On ne pense qu'aux Prussiens. — Force du patriotisme. — VIII. Caosesds succès final. — Délais de l'Autriche. •» Discipline des armées du Nord et du Centre. — Hemptinne, Glisuelle, Mairieux. — Le grenadier Pis* —' Le camp de Maulde. — Le règlement de 1791. «• La classe des sous-officiers. — Les volontaires de 1791. — Il ne faut pas les oonfimdrs avec ceux de 1792. — Les futurs généraux. — Bon esprit et bravonr».

— Embrigadement et commencement d'amalgame. — Stricte défensive.

— La manière nouvelle de combattre. — La cavalerie. — L'artiUeiie* ^ Sa supériorité. — L'artillerie à cheval. — L'intendance. — L'nnité de commandement.

I. Rien n*est plus triste à lire que la correspondance des généraux et des ministres, pendant les quatre mois qui s'écoulent entre la déclaration de guerre et l'invasion. Un mot de Lafayette résume tout. « Je ne pois concevoir comment on a pu déclarer la guerre, en n'étant prêt sur rien^ »

^ Lafayette à de Grave, 6 mai (arch. guerre}.

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La France, en effet, est prise au dépourvu; elle ébauche à peine son organisation militaire et il semble évident que son armée, incomplète, confuse, déchirée par la méfiance et Tindiscipline, dénuée de tout, pliera dès le premier choc. On n'est prêt sur rien, non pas, comme on le croyait alors, parce que le roi trahit la nation et laisse, de dessein prémédité, la frontière sans défense ; mais le désordre universel, la ruine de toute autorité, la désorganisation sans cesse croissante des administrations, le manque d*argent, voilà ce qui paralyse la défense, ce qui produit Tincohérence des préparatifs et Tinsuffisance des moyens militaires.

Les ministres de la guerre se suivent avec rapidité sans avoir le temps de remédier au mal ; après Narbonne, de Grave; après de Grave, Servan ; après Servan, Dumouriez; après Dumouriez, Lajard; après Lajard, d'Abancourt. En cet instant de crise, où le département de la guerre devrait être dirigé par un seul homme qui eClt la netteté des desseins et Tesprit de suite, sept ministres se succèdent dans Tespace de six mois, et leur impuissance égale leur instabilité. Ils avaient tous d'excellentes intentions. Constitutionnels ou girondins, feuillants ou républicains, ils étaient animés d*un sincère patriotisme, résolus à repousser l'étranger et à déployer contre l'invasion prochaine toutes les ressources de la France. Lajard, créature de Lafayette et d*Abancourt, neveu de Galonné, montrèrent autant d'activité que le patriote Servan. La victoire, a-t-on dit fort justement, était pour eux une question vitale, car le parti populaire les menaçait de la hache, et l'émigration, de la cordée Lajard n'hésitait pas à demander la formation d'une légion latave composée de réfugiés hollandais. D'Abancourt voulait s'emparer de Germersheim et faisait livrer par son département 547,000 cartouches nécessaires à la totalité des districts *. Mais que pouvaient les ministres de la guerre, au milieu des conflits perpétuels du pouvoir exécutif et de l'Assemblée, sous la menace des partis et

1 Sybel, 4« édit., I, p. 544.

* Monit. du 9 juillet ; Lajard à Luckner, 22 juin ; d'Abancourt à Luckner, 8 août farch. guerre], et au président de l'Assemblée (arcb. nat., AA, 61}.

la crainte des insurrections, aux prises à tout moment avec ri m prévu, accusés sans cesse de se laisser tromper par leurs commis et de tromper la nation? De Grave succombe sous le fardeau ; il donne sa démission dans les premiers jours de mai ; il avait si bien perdu la tète qu'il signait de Grave, maire de Paris^'. Servan, entraîné par la Gironde, songe à renverser la Constitution. Il propose de former un camp de ^0,000 bommes pour donner à son parti, et non à la France, une force capable d'intimider la garde nationale. Il laisse aux corps administratlb le soin de lever les nouveaux bataillons de volontaires, et lorsque la région de TEst appelle son attention sur le délabrement des places, je ne peux, écrit-il à Lafayette, que vous communiquer ces réclamations ; vous êtes plus à portée que moi de juger jusqu'à quel point elles sont fondées, et je vous prie d'user de tous les moyens pour tranquilliser ces déparlements'. Dumourlez reste tnns jours au ministère de la guerre et n'a que le temps de rédiger le rapport le plus décourageant; les bureaux, dit-il, sont au moins reprochables par la lenteur d€8 expéditions, le désordre des détails et l'espèce des marchés dont plusieurs, comme celui des chevaux de peloton, sont frauduleux ^ Lajard écrit à Luckner que Les événements de l'intérieur exigent impérieusement tout son temps et se retire, au bout d'un mois, en dédanint qu'il manque à la France la force la plus puissante^ Tunion des volontés, et que l'anarchie menace de toat engloutir \ D'Abancourt ne sait plus quelle est la limite des commandements de Lafayette et de Luckner; il Ignore les mouvements des troupes; il ne sait rien û^ioM armée postée à soixante lieues de Paris et n'en parle que par conjecture; ne semblerait-il pas, dit-il avec tristesse, qu'il s'agit de la marche d'une armée ennemie'? Aussi le territoire est ouvert à l'invasion. On sait

^ Dumont, Souvenirs, 1831, p. 383 : < je tiens ce fait de lai-mfltte •• Il est vrai, disait la marquise de Coigny, que pour avoir de cm ni-' Distres-là, il n'y a qu'à se baisser et a prendre. {Lettres, 1884, p. 123J

* Servan à Lafayette, juin (arch. guerre).

^ Rapport du 13 juin, Moniteur du 16.

* Lajard à Lucknw, 22 juin, et Moniteur du 12 iuillet.

* D'Abancourt à Luckner, !•' août (arch. guerre].

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d'avance que la guerre débutera par des échecs. On ne compte pas sur « la chance des premiers combats » . On n'ignore pas que la frontière éclatera sous le premier coup des aillés. On regarde Ghâlons comme le point où pourront se rallier « les débris d'une armée battue ». La plupart des places, dit publiquement Dumouriez, sont aussi démantelées qu'en temps de paix. Il faudrait, assurait Bouille dans une note confidentielle, dix à douze millions et au moins six mois de temps pour mettre en défense la frontière depuis Huningue jusqu'à Givet'.

Vainement les municipalités, les généraux, Luckner, Victor de BrogIie,Eellermann, avertissent le ministre que l'état des forteresses de la Lorraine, même de Metz, inspire les plus grandes inquiétudes. Les ouvrages étaient commencés» mais bientôt interrompus ou exécutés avec une lenteur désespérante; on n'avait pas d'argent pour payer les entrepreneurs. Lafayette s'eft'orçait d'armer complètement les points les plus importants de la région qu'il commandait; mais il passait de mauvais marchés pour Longwy et Montmédy. Il représentait qu'on ne devait épargner aucune dépense pour fortifier et approvisionner Verdun; mais les bureaux s'obstinaient à regarder Verdun comme une place de deuxième et même de troisième ligne. Au milieu de juillet, Avesnes n'avait pas encore reçu les fonds votés par l'Assemblée législative pour la défense de la ville, et sur 38,000 palissades qui devaient l'entourer, 40,000 seulement étaient faites, mais restaient ians les magasins. Gustine entrait à cheval dans Lanlau par une brèche où. quarante hommes auraient pu pénétrer de front. L'Alsace assurait à l'Assemblée qu'elle Saurait concourir à la défense générale de l'empire et ïu'elle serait toujours le boulevard de la France ; mais ses places, môme les plus importantes, étaient dépourvues le tout et n'avaient que des fortifications insuffisantes*.

* Rapport de Lajard, Moniteur du 12 juillet; Délib. du cons. cxéc. appelant Luckner à Châlons ; Rapport de Dumouriez, 13 juin ; aouillé, M^fm,, 417.

« V. de Broglie et Kellcrmann à Servan, 22 mai et 17 juin; La- ^yette à Lajard. 25 juin (arch. guerre) ; lettre de la municip. dAï'esnes, Monit. du 27 juillet ; lettre de Custine, Monit. du 18 août ; ettre des admin. du Bas- Rhin, Monit, du 20 juillet.

28 LA PRBMIÂRB IKVASION PRUSSIBNNB

II. L'armée de ligne, réorganisée par l'Assemblée constituante, et recrutée par enrôlements volontaires à prix d'argent, se composait, en temps de paix, de 150,000 hommes, dont 140,000 d'infanterie, 30,000 de cavalerie et 10,000 d'artillerie*. Il y avait 104 régiments d'infanterie, parmi lesquels 1 1 régiments suisses qui furent licenciés le 20 août. Tous ces régiments étaient désignés par éos numéros d'ordre. Chacun d'eux comptait 1,029 hommes, répartis en deux bataillons. Il avait à sa tète trois officiers supérieurs, un colonel et deux lieutenants-colonels qui commandaient les deux bataillons. Le bataillon, fort de 504 hommes, comprenait 9 compagnies, dont une da grenadiers et 8 de fusiliers*.

Aux 104 régiments d'infanterie s'ajoutaient 1i bataillons d'infanterie légère, chacun à huit compagnies.

La cavalerie comprenait 2 régiments de carabiniers, 24 régiments de cavalerie proprement dite, 18 régiments de dragons, 12 régiments de chasseurs, 6 régiments dfi hussards. Chaque escadron se composait de 142 hommes répartis en deux compagnies. Les régiments de carabiniers, de chasseurs et de hussards étaient formés da quatre escadrons ; les régiments de cavalerie et des dra* gons, de trois escadrons ; ceux-ci comptaient 580 hommes, ceux-là 439.

Le génie n'avait, comme sous l'ancien régime, que des officiers, au nombre de 334.

L'artillerie comprenait 7 régiments désignés par des numéros, 6 compagnies de mineurs et 10 compagnies d'ouvriers, chacune à 50 hommes.

La maréchaussée avait été remplacée par une çendsf' merie nationale qui formait 30 divisions, commandée chacune par un colonel.

Les sous-ofûciers — on ne les nommait plus les M officiers — étaient nommés de la façon suivante : lei sous-ofûciers du régiment présentaient chacun à lanr

1 En réalité, 164,269 hommes ; voir, pour ce chapitre, Grimoiri, Tabl. histor,^ I, 347-359 ; Poisson, L'armée et la garde nationale^ i8S8i W I, passim ; le Journ, militaire de Gournay, 1790-1*792, et le MoniUtf» ft

* Il y avait dans chaque compagnie : 1 capitaine, 1 lieuteniBti 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 1 sergent, 1 caporal-fourrier, k et* porauz, 4 appointés, 40 simples soldats et 1 tambour.

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capitaine le nom du sujet le plus capable, le capitaine dressait une liste de trois noms, le colonel choisissait. Une place de sous-lieutenant, sur quatre, appartenait de droit aux sous-officiers ; elle était donnée alternativement au choix et à Tancienneté. On ne devenait lieutenant et capitaine qu'à Tancienneté. Un tiers des places de lieutenant-colonel et de colonel et la moitié des grades de maréchal de camp et de lieutenant-général se donnaient au choix. Il y avait 60 maréchaux de camp, 34 lieutenants-généraux et 4 généraux d'armée. L'état-major se composait de 30 adjudants- généraux dont 17 colonels et 43 lieutenants-colonels, et de 437 aides de camp, dont 4 colonels, i lieutenants-colonels et 429 capitaines ^

Après la fuite de Louis XVI et son arrestation à Varennes, l'armée de ligne eut ordre de se former au complet de guerre et de porter ses bataillons à 750 hommes et ses escadrons à 470.

K côté de cette armée de ligne existaient les volontaires destinés à la soutenir. L'Assemblée constituante avait décrété la levée de 469 bataillons qui formeraient un effectif de 404,000 soldats. Chaque bataillon comptait 674 hommes, répartis en 9 compagnies, huit de fusiliers et une de grenadiers. Il était commandé par un lieutenant-colonel en premier et un lieutenant-colonel en second qu'il élisait lui-môme. Les officiers (deux capitaines, un lieutenant et un sous-lieutenant), et les sousofficiers étaient pareillement nommés dans chaque compagnie à la majorité des sufî'rages. Deux pièces d'artillerie pouvaient être attachées à tout bataillon. On avait dispensé les soldats ou, comme on les appelait, les volontaires nationaux, des conditions de taille exigées des troupes de ligne. Ils étaient libres de se retirer après chaque campagne, c'est-à-dire au 1" décembre de chaque année, en prévenant leur capitaine deux mois à l'avance. Ils pouvaient s'absenter par permission, lorsque des affaires urgentes les obligeaient à suspendre momentanément leur service. Le soldat touchait 45 sous par jour, le capitaine cinq soldes ou 73 sous, le lieutenant-colonel six soldes ou 90 sous.

* Le roi seul nommait les maréchaux de France, au nombre de six.

On croj'ait opposer à TenvahisseuT près de 300,000 hommes de troupes réf;ulières et de yolontaires. Mais, eu réalité, lus garnisons déduites, les forces défensiTes de la France, de Duukerque à Bùle, ne se comx>osaieat^ au 10 août, que de 82,000 soldats ^

Tout d'abord, Tarmée de ligne n'était pas au com|M de guerre. Sur les deux bataillons de chaque régiment, le premier seul commandé par le lieutenant-colonel le plus ancien, avait été dirigé sur la frontière ; le second demeurait dans Tintérieur pour servir au recrutement du premier bataillon, à Tinstruclion des recrues et à la* défense des places. La cavalerie fut Tobjet de la mâme mesure. Ou fit partir deux escadrons sur trois ou trois sur quatre ; le dernier escadron restait au dépôt. Les généraux avaient protesté contre cette décision. Vous av» des troupes de ligne très inutiles dans Tintérieur, écrivait Kellermaun au ministre, il faut les remplacer par des bataillons de volontaires ou charger les gardes nationales de veiller au bon ordre ; 11 est sans exemple qoe Ton ait été réduit à ne faire entrer en campagne qu'un bataillon par régiment d*infanterie, et à peu près les^ deux tiers de la cavalerie \ On devrait, mandait le commissaire Prieur à Servan, porter dans les camps toutes les troupes de ligne qui sont actuellement dans les garnisons et suivre en cela Texemple de Washington, qm destinait les hommes d'un âge avancé à garder la défeasive, tandis que ceux qui étaient dans la vigueur de rage attaquaient lennemi '. Mais ni Kellermann ni Prieur ne furent écoutés.

Or ces premiers bataillons n'atteignirent jamais le chiffre légal de 750 hommes. Vainement on s'efforçait d» réparer les pertes que leur causaient les combats, les désertions, les maladies en puisant dans les batailloiiB de dépôt ; ceux-ci mômes, disait Lafayette, se réduiseot à rien et, si Ton ne prend pas des moyens vigoureux de recrutement, nous verrons fondre d'abord les deuxièmes bataillons, et ensuite les premiers ^. Vainement L^jacd

* 24,000 (Flandre), 49,000 (Sedan), 17,000 (Metz), 22,000 (EUun). ' Kellermann au mluistre, i*' juillet et 23 août (arch. gaen^* ' Monit, du 23 août, lettre de Prieur, ^ Lafayette à Liajard, 25 juin [arch. guerre).

L*AHMÉB FAAI«IQJlISB 34

t que la mesure la plus urgente était le complè-

de ces corps déjà exercés et aguerris, de cette

plus^ solide des forces françaises qui s'énervait

ooDsommalion *. On ne pouvait renforcer les

régulières que par le recrutement spécial à prix

ou par rincorporation des volontaires.

pots destinés à recevoir les recrues furent établis

[^iennes^ à Strasbourg, à Metz, à Nîmes. Mais

3 ne se présenta. Les racoleurs envoyés par les

ts ramenaient à peine quelques hommes. L'armée

envoyait de tous côtés des officiers et des sous-

; il n'y eut pas vingt recrues en deux mois*.

jeunes gens qui voulaient défendre la patrie

t dans les bataillons nationaux. Pourquoi se

-ils engagés dans l'armée de ligne? Ne trou-

3 pas dans les corps de volontaires une disci-

is indulgente et plus douce ? Ne touchaient-ils

solde de quinze sous par jour? N'élisaient-ils

s officiers 1 N'avaient-ils pas la faculté de s'ab-

)our affaires instantes et de se retirer à la fin de

campagne ?

emblée législative aurait dû décréter que l'armée pourrait se recruter parmi les volontaires. Tous Taux demandaient ce décret au ministre de la Si Ton donne seulement la liberté aux volon- I passer dans les troupes de ligne, écrivait Kel- , ce seul moyen suffirait pour les compléter*. e avouait à l'Assemblée qu'il manquait 54,000 à l'armée régulière, et il proposait de combler m incorporant les volontaires dans les vieux ré- « La formation des bataillons nationaux, disait- ;é vers ce genre de service la classe précieuse îs qui fournissaient le plus généralement aux Le travail du recrutement, suspendu partout, 6 aucun espoir d'être ranimé avec succès, à 3 se soumettre à des conditions ruineuses pour

rt de Lajard, Monit, du 42 jaillet.

er à rAssembLée, Monit. du 19 juillet.

DQann à Servan, 10 juin, et à Lajard, 21 juillet; q^. Victor à Narbonne, 9 janvier [arch. guerre}.

nos finances par un prix excessif dans les engagements. Renforcer les troupes de ligne par les volontaires serait un de ces moyens tout à la fois vastes et simples de maintenir au complet nos régiments. Les volontaires n'éprouveraient, dans cette destination momentanée, qu'une différence bien légère. Par leur dévouement ils sont engagés comme de véritables soldats de ligne et soumis au môme régime tant que la patrie réclamera leur secours » (rapport du 44 janvier).

L'Assemblée législative repoussa la proposition de Narbonne. Elle forma, il est vrai, deux nouveaux corps avec d'anciens soldats en ordonnant aux seize cents brigades de gendarmerie de fournir cbacune un gendarme monté ; ces cavaliers, dirigés sur Paris, devaient être organisés en deux divisions de 800 bommes cbacune. Elle invita les compagnies de vétérans et d'invalides à se transporter dans les places de guerre réputées en danger. Elle appela les anciens soldats et les militaires mutilés à se réunir à leurs anciens compagnons d'armes pour rendre encore un dernier service à la patrie. Elle autorisa tout citoyen, de dix-huit ans jusqu'à cinquante, à s'engager pour la durée de la guerre moyennant une prime de 80 livres dans l'infanterie, de 420 livres dans la cavalerie et l'artillerie. Elle rendit, le 47 juillet, un décret tardif et impuissant qui enjoignait aux quatrevingt-trois départements de fournir, suivant un tableau de répartition, 50,000 soldats destinés à compléter l'armée de ligne. Enfin, le 42 septembre, en pleine invasion, elle accorda par décret une prime de 30 livres pour chaque année d'engagement à tout volontaire dont le bataillon ne serait pas encore formé et qui voudrait entrer dans les troupes de ligne. Mais elle refusa obstinément d'augmenter les vieux régiments par l'incorporation des gardes nationaux en activité et, comme elle les nommait, des soldats de la liberté ; la formation des bataillons de volontaires par les municipalités et les corps administratifs leur imprimait, disait-elle, une sorte de naissance civique qui écartait les préjugés militaires; la discipline de l'armée affaiblirait leur patriotisme, leur inspirerait un esprit d'obéissance aveugle et absolue, les rendrait idolâtres de leurs chefs, les attacherait à la cause du

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royalisme; après uoe vive discussion elle décida que dans aucim temps et sous aucun prëlexte rioraDterie, la canlerie, l'artillerie ne pourraient se recruter parmi les [ Toloni aires *.

/armée de ligne s'affaiblissait donc de jour en jour, le cessait d'écrire que ses troupes rëgulièrea l^ent peu nombreuses, incomplètes, nullement recnita. II demanda même la suspension des cours mai^ : et proposa, pour augmenter son monde, de relfti six cents soldats qu'on détenait en prisoa pour Be d'indiscipline'.

1 ne restait qu'un seul moyen de remédier à la dimï-

tion de l'armée; c'était d'accroître le nombre des vo-

JBtBires nationaux. Déjà, comme on l'a vu, la Coustt-

inte avait décrété la levée de 169 bataillons. Un élaa

inéreux répondit à cet appel ; l'aflluence des volontaires

mbla surpasser un instant le cliiffre dclerminé par

IkBSemblée; un grand nombre de jeunes gens s'équi-

renl à leurs frais; les directoires des départements,

urgés de l'habillement, promirent d'employer sans

is fonds que leur envoyait le ministre et offrirent

Sprendre leur part de la dépense ; les villes donnèrent

fgeot dea caisses municipales, passèrent des marchés

(terme, contractèrent des emprunts. Mais, dit Grimoard,

l De crée pas des soldats à coups de plume. Si les

tartements du Nord-Est organisèrent promptement

B volontaires, si le Jura donna sept bataillons qui

beat prêts en six semaines, si la Meurttae, les Vosges,

B<Bttut'Rbin, la Gironde, l'Isère, rournireut cinq balaiU

'm, si les Ardennes, la Marne, la Meuse, la Moselle, la

mte-Safine, la Drôme, Seine-et-Oise, mirent ctiacon

t pied quatre bataillons dans les derniers mois de

Bée 1791, l'Ardèche, l'Aveyron, le Can!al, la Dor-

rne, le Gers, la Haule-Loire, le Lot, le Lotet Garonne,

KLozère, le 'Tarn, tie payèrent leur dette à la patrie

fc^ux mois de juin et juillet 179Î '. Paris qui devait six

lillons n'en donna que trois, qui offraient, selon le

■ Décret du 24 jsDTÎer. smcLiaciQé le 25, srt. I.

t MoHit. du 19 juillet.

* Cp. les • annexes • de Roussel, Zei Vokatairci, 307 329 1 discmus

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