‹ La première invasion prussienne:Chapitre 9 sur 26 · FUIS .^^H · texte numérisé non relu

FUIS .^^H

mot du commissdire Prieur, des bigarrures embarrassantes de composition. Un grand nombre de départements ne parvinrent pas à compléter le contingent fixé, et on voyait errer dans les villes de petites bandes de volontaires oisifs et inutiles qui prétendaient former un bataillon entier et se faisaient armer et nourrir au détriment des bataillons de la frontière. D'autres départements envoyèrent aux armées un nombre de volontaires suffisant, mais sans leur donner leurs efiets dliKbillement et d'équipement. Ils n'ont pas le sol, disait François WimpfTen, et ce n'est pas non plus de leurressort ; leur comptabilité me semble étrange, compliquée, propre à favoriser les gaspillages de toute espèce. Ils ne répondent pas aux réclamations, écrivait le maréchal de camp commandant à Boulogne, et ne paient même pas les premières fournitures faites d'après leurs ordres. Le h^^ bataillon de la Drôme n'avait que vingtrdng uniformes et ses hommes étaient déguenillés « au poini d^insr pirer le mépris ». Le département d'Eure-et-Loir, mandait le jeune Marceau à ses amis de Chartres, ne fournil aucun habit et ses recrues manquent du nécessaires En somme, sur ces 169 bataillons de la première lerrée, 83 seulement s'organisèrent à temps pour se rendre soit dans les places fortes, soit aux armées de la frontières Il eût fallu donner aux 83 bataillons déjà formés et prêts à combattre tout ce qui leur manquait et orgaoiset complètement les 86 autres. Mais l'Assemblée législativa ne recherchait que le nombre et croyait que les fonltf font des armées; elle décrétait, décrétait, et ne daignait môme pas, en appelant aux armes de nouveaux batailf Ions, dresser l'état estimatif de la dépense et assignerait ministre les fonds nécessaires. Le 5 mai 4792 elle décida d'ajouter aux 469 bataillons de 1794 45 autres bataillonSf

de Gàraot et de Cambon (Monit, du 21 iuillet| ; le Jura forma, èi l«r octobre 1791 au 12 août 1792, jusqu'à douze DataiUons de vmb* taires, eila Meurthe, dix.

^ Housset, Les Volontaires, 21, 43, 44; Doublet de Boisthibavlt, Marceau, 1851 1 p. 147 ; cp. le rapport de Dumouriez, 13 juin : c Vivtsieurs bataillons (de 1791) manquent encore des équipements les' plus nécessaires et sont à peine organisés > .

* 83 est le chiffre oinciel donné par Dumouriez (rapport du 13]ain]*

L*AR1CÉB FRANÇAISE 31S

et elle porta Teffectif de chacun de ces corps de 574 hommes à 800.

Naturellement les deux levées de volontaires, celle de 4792 (45 bataillons) et celle de 4791 (qui durait encore puisque la moitié des bataillons n'étaient pas formés et que tous sans exception devaient se renforcer de 225 hommes), se croisèrent, s'enchevêtrèrent, se nuisirent fort Tune à l'autre. Dans la Haute-Marne, les citoyens inscrits depuis l'année précédente refusèrent soit de compléter le bataillon de 4794, parce qu'ils n'avalent ni le droit de nommer leurs officiers, ni l'espérance d'obtenir un grade par l'élection, soit d'entrer dans le bataillon de 1792 parce qu'ils ne regardaient pas leur enrôlement comme un engagement véritable, parce qu'ils s'étaient mariés depuis leur inscription, etc. ^

Le zèle de la nation s*était évidemment refroidi. Il fallait frapper fortement les esprits et rallumer l'enthousiasme. L'Assemblée déclara la patrie en danger. Elle mit en état d'activité permanente tous les citoyens valides qui avaient déjà fait le service de la garde nationale et arrêta qu'ils se réuniraient par cantons pour choisir parmi eux, au prorata des contingents demandés, les hommes qui marcheraient au secours de la patrie (44 juillet). Elle ordonna la levée de 42 nouveaux bataillons de volontaires qui formeraient les corps de réserve entre les frontières et Paris (19 juillet). Elle abaissa de dix-huit à seize ans la limite d'âge requise pour le service militaire. Elle décida que les localités qui fourniraient, outre les levées décrétées, des bataillons, des compagnies, môme de simples escouades, auraient bien mérité de la patrie (17 juillet). Elle avait autorisé la formation de 54 compagnies franches, de 200 hommes chacune, qui a seraient habillées de drap gris, attendu la disette du drap vert ■ », et de légions étrangères, composées des patriotes de tous les pays : la légion allobroge, organisée par les patriotes savoisiens ; la légion belge et liégeoise, composée de réfugiés brabançons ; la légion batave, que tentèrent de créer des Hollandais

< Roasset, 68, le ministre au président de TAssemblée, 13 juillet* > Loi du 6 mai 1792 et décret du 7 juillet.

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expatriés *. Elle décréta la formation de compagnies de chasseurs tolontaires nationaux, chacune de cent cinquante hommes (47 juillet), et de ligUms qui prirent le nom des armées ou des généraux : légion du Nord, légion du Centre ou de Luckner, légion de Kellermann, légion du Rhin, légion du Midi. Elle accorda, par un décret qui devait être imprimé dans toutes les langues, une pension viagère de cent livres et une gratification de cinquante livres à tout sous-ofâcler ou soldat qui abandonnerait le drapeau des alliés (2 août] ; ces déserteurs étaient Invités à s'engager dans Tarmée française et à défendre la cause des peuples et de la liberté ; ils obtiendraient les mômes récompenses et les mêmes retraites que les citoyens français.

Ce n*est pas tout. On se rappelle que Servan avait proposé la formation d'un camp de 20,000 hommes aux portes de Paris; chaque canton du territoire aurait envoyé cinq hommes armés ; ces nouveaux volontaires devaient recevoir le nom de fédérés, parce qu'ils araisteraient, comme délégués de toutes les gardes nationales, à la fôte du U Juillet et prêteraient le serment civique de la fédération. Ce décret demandé par Servan fut voté par rA.ssemblée, Louis XVI refusa de le sanctionner, mais le constitutionnel Lajard le présenta de nouveau. Il existait, aisait-il, à la frontière du Nord deux points vulnérables, Tun près de Maubeuge, l'autre entre Long^ et Montmédy; les deux routes qui menaient à ces deux trouées, se rejoignaient à Solssons ; c'était donc à Soissons^ et non à Paris, qu'il fallait placer la réserve destinée à couvrir la capitale L'Assemblée adopta ce projet le 2 juillet, en ajoutant que les 20,000 fédérés passeraient par Paris et prendraient part à la cérémonie du serment. Cette fois le roi sanctionna le décret. Mais déjà les fédérés s'étaient mis en route sans attendre une convocation légale; ils fraternisèrent le U Juillet avec, les Parisiens et prirent successivement le chemin de Soissons.

En môme temps l'Assemblée réquisitionnait une partie des compagnies de grenadiers et de chasseurs de la

^ Dumouriez avait eu l'idée de cette légion ; il forma un comité hollandais et lui douna 700,0u0 livres sur les fonds secrets.

, L'ARMÉÏ FRANÇAISE

garde nationale. Ces compagnies formaient l'élite de Ift population sédentaire armée; depuis le commencemenl; de la Révolution elles élaienl habillées, équipées, armées; elles avaient fait l'exercice. L'Assemblée divisa le royaume en quatre grandes circonscriptiuns qui correspondaient à chacune des quatre armées du Nord, du Centre, du Rliin et du Midi. Elle autorisa les quatre généraux d'armée Lafayette, Luckner, Biron, Monlesquiou, à requérir, dans chaque circonscription, la moitié des compagnies de grenadiers et de chasseurs de la garde nationale pour les organiser eu bataillons. Le premier, Biron, requit [19 juillet) les départements du Haut et du Bas-Rhin, du Doubs, du Jura, de la Haute- SaOne, des Vosges et de la Meurihe, de mettre en armes le sixième de leurs citoyens actifs. Quelques jours plus tard (< 1 août] il ordonnait aux départements de Sa6ne-et- Loire, de la Côte-d'Or, de la Haute-Marne, de l'Aube, de l'Yonne, de la Nièvre, de l'Allier, du Puy-de-Dôme, du Cher, de l'Indre et d'Indre-et-Loire, de former et d'envoyer immédiatement à Strasbourg uu bataillon de 800 hommes. Les trois autres généraux d'armée suivirent l'exemple de Biron et s'empressèrent de requérir dans la circonscription de leur commandement l'élite de la garde nationale sédentaire '.

En résumé, l'Assemblée avait approuvé ou décrété, pour soutenir l'armée de ligne, la IcTëc de 25G bataillons de volontaires, la formation d'un camp de 30,000 l'édérés à Soissons, la création de corps francs et de légions, la réquisition d'une partie de la garde nationale. Mais avaiton assez de provisions de bouche, assez de munitions et mSme assez d'armes pour celte multitude d'hommes'? Que de fusils avaient été donnés depuis trois ans à, la garde nationale et depuis quelques mois aux habitants des frontières I On passa des marchés de tous c6tés, on voulut acheter au prix de vingt-quatre millions cinq cent mille fusils; quelques milliers seulement

I BouBsel. 70-71 ! Monil. des 25 et 26 ,

* (Jp. le rapport de Dumouriez, t3 Jui

l'année avait encore la fusil du modèle

toutea les eueries de la RéTolnl

4! pouces, l'arme pesait 9 livces B oncea.

38 LA. PRBMIÂAE IKYASION PRUSSIENNE

furent livrés ; les commerçants savaient le désordre des finances et craignaient de n'être pas payés. On établit une nouvelle manufacture d*armes à Moulins; on stimula les ouvriers des fabriques de TÉtat à Maubeuge, à Gbarleville, à Salnt-Étienne, à Tulle, en leur ofii'ant dos primes. Mais rien ne se faisait qu'avec lenteur. Avant 4789 la manufacture de Gbarle ville fournissait 25,000 armes à feu tous les ans; elle n'en donnait plus que 5,000 depuis le commencement de la Révolution ^ Des villes armèrent à leurs frais des volontaires ; elles furent trompées par des spéculateurs; sur dix fusils qu'elles reçurent, un seul faisait feu. On vit dans quelques gaT'nisous des volontaires monter la garde avec un bâton. Garnot proposa de fabriquer trois cent mille piques; il soutenait que le Français avait toujours Tavantage à Tarme blancbe et qu'il saurait assez bien manier la pique, cette a arme de la liberté », pour arrêter la charge des escadrons prussiens ^. Un ancien colonel de dragons, Scott, écrivit un Manuel du citoyen armé de 2s pique. L'Assemblée décida que la pique serait donnée à tout citoyen qui ne posséderait pas une arme à feu, que les municipalités feraient fabriquer des piques de six à dix pieds de long et en armeraient les citoyens dans le délai d'un mois; elle envoya partout une instruction sur le mode le plus favorable de disposer un bataillon de fusiliers et de piquiers. Mais que peuvent les piques contre le canon ?

Cette levée générale, comme Tavait dit Dumouries dans son rapport du 43 juin, ne pouvait opposer à Viûr vasion qu'une « tourbe sans ordre et sans force, qui» rassemblée tumultueusement, aurait le sort de ces im* menses armées indiennes que quelques bommes aguepris dissipaient facilement ». Heureusement, elle n*eut pas le temps de se rendre aux armées. Quelques corps francs arrivèrent et rendirent d'importants services ; ce furent, entre autres, la légion belge et la première compagnie franche ; la légion belge ou belgique, composée de 350 hommes et divisée en quatre compagnies, accompli-

^ Rapport des commissaires envoyés à Sedan, Monit, du 6 sept. « Monit. du 27 juillet.

l'akaiéb françmsb 39

gna Daval et Beurnonville en Champagne ; la première compagnie franche ou des Ransonnets était commandée I>ar le capitaine Ransonnet et fit la campagne de FArgonne à Tavant-garde de Tarmée de Dumouriez ^ . Les îataillons de grenadiers volontaires, formés des compagnies d'élite de la garde nationale, purent renforcer les garnisons. Mais ni les fédérés du camp de Soissons, ni les bataillons de volontaires que TAssemblée législative appelait en 4792 à la défense de la patrie en danger, ne prirent xwrt à la lutte. Deux armées, celle du Nord et celle du Centre, devaient tenir tête à l'invasion; au 40 août, la première ne comptait que trente- deux, et la seconde, que dix-huit bataillons de volontaires, et ces bataillons appartenaient à la levée de 4794 décrétée par la Constituante*!

III. En somme, au 40 août 4792, la France avait sur la fronlière que menaçaient les Austro-Prussiens trois armées kisuCfisantes en nombre : 1<> Tarmée du Nord, commandée en chef par Lafayette, et répartie entre Dunkerque et Montmédy, dans les camps de Maulde, de Famars, de Pont-sur-Sambre et de Sedan; les camps de Maulde, de Famars et de Pont-sur-Sambre, sous les ordres du lieutenant-général Arthur Dillon, contenaient 24,000 hommes environ; les troupes de Sedan, qu'on nommait plus spécialement Tarmée des Ardennes ou de la Meuse et qui devaient êlre l'armée de TArgonne, comptaient 49,000 hommes; 2** l'armée du Centre ou de Metz, de Montmédy à Bilche ; elle avait à sa tête le maréchal Luckner et comprenait 17,000 soldats; 3* l'armée du Rhin, entre Landau et Porrentruy ; elle était commandée par Biron et forte de 22,000 hommes, mais 45,000 seulement, détachés en observation vers Lauterbourg, avaient une valeur sérieuse. Il faut ajouter à ces trois armées Tarmée du Midi,, sous les ordres de Montesquieu ; il

> Cp. Tordre de bataille de l'armée du nord. Les Sansonnets firent^ avec Miaczynski, la pointe du !•' septembre sur Stonay {Moniti du 6 sept.) ; ils étaient, le 1-9 septembre, au Four-le-Moine (lettre d« Ransonnet à Herman, Annales patriot, du 2 octobre).

* Ordres de bataille du 10 août (arcb. guerre).

40 LA PR£1IIÀRB INVASION PRUSSIBMNB

ayaii fallu la créer pour réprimer les troubles du sud de la France et se défendre contre la Sardaigne.

Ces troupes, numériquement faibles, avalent été désorganisées par rémigration des officiers et xwr Tlndiscipline des soldats. On peut assurer, sans crainte de se tromper, que sur 9,000 officiers de l'armée de ligne, près de 6,000 quittèrent leur emploi ^ Malgré les décrets de TAssemblée, Témigration était jugée avec indulgence dans les camps ; c elle avait encore un grand caractèret dit Gay de Vernon ; nous Ta vous plus tard traitée sévère^ ment lorsqu'elle eut dévoilé ses intrigues et ses baines, mais beaucoup de nous pensaient qu'elle avait été commandée par rbonneur, par le dévouement à d'anciens devoirs, par la sainteté des vieilles babitudes »•

L'avant-garde de Tarmée du Rbin devait être dirigée par quatre marécbaux de camp ; Tun d'eux, Pestalozzi, émigrait ; un autre, Dulac, donnait sa démission c parce que les choses allaient trop mal »; il ne restait au camp de Neukircb que Kellermann et l'Anglais Sbeldon. Lafayette ne trouvait à l'armée du Nord qat deux lieutenants généraux sur cinq et trois adjudantsgénéraux sur six. Le régiment de Berwick (88« de ligne), le régiment de Royal- Allemand (45« cavalerie), celui des hussards de Saxe (4® hussards), celui de Bercbiny (^•r husLsards) passaient la frontière et se rangeaient sous les drapeaux de iémigraiion. La défection du 4« bus* sards excita Pémotion la plus vive ; elle eut lieu dans la nuit du 9 mai, trois semaines après la déclaration de guerre ; pas un ofûcier, pas- un maréchal des logis ne resta au camp de Neukirch. Quelques soldats revinrent et 150 hommes de la garde natioD|ile de Strasbourg offri* rent avec un patriotique dévouement de combler le vide qu'avait fait cette désertion ; mais, écrivait Victor

^ 2,160 officiers émigrèrent du 15 septembre au !«' décembre 17^1, en deux mois et demi ; c'étaieot 46 officiers de Tétat-major, 190 officiers supérieurs, 1,294 officiers inférieurs (Bûchez et Roux, Afi. l^isl.. Il, 387). 187 officiers d'artillerie abaDdonnèrent leur einpld Bans douner leur démission, du 1*' septembre 1791 au 15 juillet 1792; 144 officiers de cavalerie et 398 officiers dMnfanterie quittèrent leur emploi « soit en donnant leur démission soit autrement » du 27 a^xil 1792 au 15 juiUet 1792. (Arch. nat., AA, 61.)

p l'ahmée française 11 I

de BrofillQ, dans d'autres circo as tances. la perle de iSO hussards mériterait peu d'atlealioa ; dans l'étal où doub sommes, ce qui peut aggraver les craintes, augmenter les défiances, me parait de la plus haute importance '.

Pour comble de malheur, cttte fatale émigration dura jusqu'au jour où les alliés envahirent le territoire; elle était pour le ministre, dit Rochambeau, l'ouvrage de Pénélope et défaisait le lendemain tout son travail de la veille. A loul instant, de nouvelles vacances se produisaient dans les cadres. Des officiers ne désertaient qu'au dernier moment ; ils étaient inscrits sur les regislres de Luxembourg et de Coblenz, mais ils restaient à l'armée pour envoyer leurs appointements aux camarades dont l'absence n'était pas encore ofËciellemenl constatée. Ils semblent, écrivaient les administrateurs du Bas-Rhin, s'être concertés pour abandonner successivement les postes aSn de multiplier les embarras de nos généraux et de communiquer à l'ennemi leurs plans de campagne. En vain Lafayelte priait au nom de l'honneur les officiers royalistes d'émigrer sur-le-champ. Le commandant de Longwy, Gaston, ne s'enfuit à l'élranger qu'après avoir reçu six mille livres destinées à l'espionnage. Lea offlciers de Royal-Suédois (89=) ne passèrent à l'ennemi que dans la nuit où le premier détachement de l'armôa , franchissait la frontière belge. I

Notre position, dit Lafayelte, était donc incertaine ' et pénible, et on comprend la trop juste méfiance des soldats â l'égard d'une grande partie des officiers '. Les soldais, écrivait Biron le 23 aoiït, sont si habituellement trahis et trompés par ceux qui les commandent et qu'ils voient journellement déserter à l'ennemi, que leur méfiance est bien naturelle '. On regardait la plupart des officiers comme des aristocrates, tout prêts à pactiser avec l'envahisseur. Quiconque avait la

' Vieusseux a BriEsol, 10 moi ; LsrajsUe à de Grave, SS Eatlermaun et V. da Brofilia à da (irava, 10 el 11 moi (arcli. puerre). , Ce fut alors que la lé^Ialure décréta que tout émigré Berajl répnld diierleur et, a'il passait à l'ennemi, puni de mort;

■ LaTayetle, ilita., III, 297; les admiaistrateura du Bas- Rhin i l'AcMmbiée, Il Juillet.

* fiiron à Servan, 23 BoQt (arch. gaeria).

4) LA PREMiKRK INVASION PRUSSIENNE

particule passait pour un traître. Le 6 septembre» un officier d'infanterie, député par le corps d'armée qui campait sous les murs de Huningue, se présentait à TAssemblée et la priait de nommer commandant un homme qui ne fût point noble ; « nous vous indiquons, disait Tofficier, M. Ferriëres; un sang corrompu ne coulô pas dans ses veines; il n'est pas de cette caste qui a produit tant de crimes et si peu de vertus. » La défiance, s'écriait Pastoret, voilà la source principale de nos maux : quoi qu'il arrive, on accuse et on égare; quand nos armées seront victorieuses, on dira : trembles, méfiez-vous de vos chefs ; si la victoire se refuse à notre courage, tremblez, dira-ton encore, méfiez-vous de vos chefs, ils vous trahissent, ils sont vendus aux ennemis de la patrie ^

Tous les liens de la discipline semblèrent un instant rompus. liCS comités qui s'étaient formés dans chaque régiment, les manifestations patriotiques des troupes, les offrandes qu'elles envoyaient à l'Assemblée de leur propre mouvement sans autorisation de leurs supérieurs, leurs adresses au corps législatif, leur contact incessant avec les gardes nationales, leurs fédérations avec les milices bourgeoises (comme celle de Royal- Étranger avee les milices de Franche-Comté et du régiment de Languedoc avec les légions toulousaines), leurs fédérations entre elles (comme celle des régiments de Beauce et de Normandie, et celle des sept régiments qui voulurent former un congrès militaire), Tintervention de rautorité civile dans leur police intérieure, la puissance des municipalités qui méconnaissaient fréquemment les ordres des généraux, les excitations des sociétés populaires et des journalistes qui, comme Marat, conseillaient

^ Monit. du 8 septembre (discours d'un officier), et du l«'jiiillflt (rapport de Pastoret). Voici, entre mille, un exemple de cette incurable défiance qui régnait partout. On avait établi dans l'église Saint* Jean, à Soissons, une boulangerie militaire. Les vitraux de réglise étaient dégradés ; des éclats de verre écrasé tombèrent dans la pâte du pain destiné aux volontaires. Trois jours après, la France apprenait que 170 soldats avaient péri empoisonnés et que 700 aotrei étaient à l'hôpital. Une députation se présentait à la narre de l'Assemblée pour dénoncer ce crime atroce et demander veDgaanoet (Séances des 2 et 3 août.]

l'armée FAAJNÇA.ISE 43

à Tarmée de massacrer ses chefs, les liaisons qu'avaient formées à Paris les soldats députés à la Fédération du U juillet 4790, tout avait semé l'insubordination dans les régiments. Lorsqu'éclata le terrible soulèvement de Nancy, T Assemblée constituante se contenta de licencier les régiments du Roi et Mestre de camp, et de donner aux deux corps qui les remplaçaient le dernier numéro de la série. Elle autorisa les soldats à faire partie des sociétés patriotiques. On vit la garnison de Lille protester contre le nouveau règlement qui « ne respirait que la tyrannie », et dénoncer à la Législative M. de Narbonne comme despote, prévaricateur et réfractaire à la loi ; le ministre de la guerre dut se justifier en présence des soldats auxquels TAssemblée avait accordé les honneurs de la séance. On vit les Suisses du régiment de Châteauvieux, qu'on avait condamnés aux galères après Tinsurrection de Nancy, reçus dans TAssemblée au bruit des applaudissements, fêtés par la populaj^on de Paris, acclamés dans les rues et les jardins publics. Le 48<^ cavalerie laissa massacrer, dans ses rangs, par une bande de séditieux, le maire d'Étampes, Simonneau. Des régiments se partagèrent la masse, mirent leurs officiers aux arrêts, conduisirent leurs chevaux au marché pour les vendre. Les soldats, dit l'auteur du Tableau kistoriquey aspirant tous à remplacer leurs chefs, ne négligeaient aucun moyen pour les dégoûter, et menaçaient même de les égorger s'ils ne quittaient pas de bon gré*.

Même indiscipline chez les volontaires. Quelques bataillons avaient mis à leur tète des intrigants et des braillards; les grands parleurs, et surtout les grands buveurs, écrivait François Wimpfen, l'ont emporté dans la concurrence sur les plus capables. D'autres commettaient des désordres en rejoignant leur garnison ou en se rendant aux frontières. Nos jeunes militaires, disait Narbonne, ont adopté la manière ancienne de se battre et d'inquiéter leurs hôtes . Ils brisaient les vitres des auberges comme au Pied de Bmify à Wasselonne. Ils faisaient des arrestations illégales, comme le i^*" de la

44 LA. PRBMIÂRB INVASION PRUSSIBNNB

Gorrèze, à Senlis et à Pont-Sainte-Mazence. Ils voulaient, comme le 3« de rYonne, à Dormans, mettre à la lanterne des prisonniers décrétés d'accusation par TAssemblée, et couchaient en joue leurs officiers ^

Ajoutez que les volontaires étaient en désaccord avec les vieux régiments. Ils se vantaient d'être les vrais soutiens et, comme disait le député Bruat,les enfants chéris de la Liberté. Ils avaient l'habit bleu; les soldats de ligne avaient conservé l'habit blanc. Ceux-là se distinguaient par les noms de leurs départements; ceux-ci neiK>rtaient plus ces noms de Champagne, de Navarre, d* Auvergne, de Bourbonnais, qui rappelaient de glorieux souvenirs, et ils regrettaient encore de n'être désignés que par un simple numéro d'ordre. Nos ennemis, écrivait Couthon, insinuent à la troupe de ligne que les citoyens aqnés la méprisent et se croient très au dessus d'elle, afin d'établir entre ces deux corps, qui ne doivent essentiellement en faire qu'un, une diversion utile à leur projet*.

L'armée du Rhin est peut-être celle que la correspondance des généraux et des administrateurs avec le ministre de la guerre nous fait le mieux connaître. Partout des querelles et des actes d'indiscipline dans les troupes de ligne comme parmi les volontaires. Un commencement d'insurrection éclate dans la garnison de Phalsbourg. A Lunéville, le 3o« régiment d'infanterie provoque le 45® de cavalerie. Le l^r bataillon du Haut-Rhin, excité par son lieutenant-colonel Ofifenstein, se soulève; il faut le changer de cantonnement et jeter Ofienstein en prison. Le SI* de Seine-et-Oise s'insurge pendant sa manhe de Belfort à Strasbourg. A Neufbrisach, le h^^ de l'Ain et le 6® du Jura se livrent à des désordres qui désespèrent le vieux Lamorlière. A Strasbourg, la garnison se divise en deux partis, l'un formé par l'ancien régiment de Normandie cavalerie et le régiment suisse éd Vigier, l'autre composé des volontaires nationaux, de l'artillerie, des chasseurs à cheval; le 8 juin, les deux

* Rousset, Les Volontaires, 53 ; rapport de Narbonne, 11 jtnyier ; W» de Blocqueville, le maréchal Davout, 1879, I, 295.

* Monit, du 31 août (lettre de Bruat) ; Qaj de Vemon, CuHinê i$ Bouchard, 1844, p. 39 ; Correèp. de Couthon, 1872, p. 180 aettre du 30 août), ^

L'aBUÊE française 45

partis en Tiennent aux mains dans une brasserie'. Pas une lettre de Luckner, de àcrn chef d'étai-major Victor de Broglie, de Lamorlière, de Custine, de Biron, qui ne retrace la faiblesse de cette armée. Noua n'avons plus de fusils, mande Broglie, pour armer nos volontaires; les 7,000 qui sont à l'arsenal de Strasbourg n'y suffiront pas. Lamorlière ne cesse de se lamenter sur la pénurie de ses moyens ; sa position, dit-il, devient tous les jours de plus en plus difficile ; il lui sera bientôt impossible de répondre de rien ; jamais armée, chargée de défendre la frontière de l'Alsace, n'a été aussi faible que la sienne. Broglie reconnaît le zèle et l'ardeur des troupes ; il lui semble qu'elles gagnent en instruction et en discipline, mais que de ch oses à faire encore I ■ L'émigration d'un grand nombre d'officiers, des vacances longtemps prolongées, des changements rapides et multipliés dans les officiers et sous-officiers, ia nécessité de morceler les troupes pour obéir aux réquisitions des corps administratifs et maintenir l'ordre, telles sont les prindpales causes qui ont relardé le progrès des troupes et surtout des volontaires nationaux; ils ont singulièrement besoin d'apprendre à servir sous l'œil d'un général qui prenne de leur instruction un soin particulier. > Le 19 juillet, Lamorlière, Custine, Biron, Broglie adressent un mémoire collectif au ministre de la guerre; ils exposent franchement leur situation. Ils ne disposent que de i7,7(}0 hommes, dont 33,000 dans les places et !!i,000 dans tes camps, et on ne leur promet d'autre renfort que huit bataillons! ■ Ils manquent de tout. L'habillement des troupes est dans un état de délabrement véritablement honteux et qui compromet essentiellement la santé du soldat. L'armée est dépourvue d'officiers généraux, d'officiers supérieurs, de subalternes, d'ingénieurs, de canonoiers, démineurs; sans ces officiers, sans ces soldats, on n'a ni armée, ni garnison capable de se défendre avec vigueur. » Le tOmai, l'adjudant-général Vieusseux écrivait à Brissot, son ami :

1 Aieli. guerre, Luckoer lu commandaDt de Pbalsbourg, 2 mai ; Imn de Defrinc, 23 avril i Cusline à Senaa, 9 Juin, et RouBBBt, BrtBT-Sg.

46 l'A. PREMiâRB INYA.SION PRUSSIENNE

Les tentes. les marmites, les bidons, les canons, les nninitions, les outils n'arrivent que saccessiyement et en petit nombre; quand on a une chose, l'autre manque.. • De pauTres officiers, à qui on ne fournit pas la viande comme aux soi*^ dats, ni des chevaux pour porter leurs tentes, sont obligés d'acheter tout cola et n'ont que des assignats dont personne ne veut ; ils manquent à la lettre du nécessaire et cet état de choses, en môme temps qu'il décide les gens fbibles à abandonner la cause commune, dégoûte les mieux intention* nés et finira par tout perdre. Le soldat est défiant, mutin et mal discipliné ; les plaintes sont inutiles, parce qu'il n^ t plus de moyens de punir et que les lentes fonnalités pre»* cri tes par la loi pour les délits majeurs sont impraticables en campagne ... A chaque instant, on croit voir des ennemis, et tout de suite les têtes se montent, on crie à la trahison et Ton fait circuler les contes les plus extravagants. Nous n'avons que des troupes très neuves, très négligentes et très peu accou* tumccs aux fatigues, qui font le service avec nonchalance et légèreté, qui n'écoutent pas les remontrances ni les instraC' tiens des officiers, qui murmurent quand on exige d'elles des choses qui leur paraissent pénibles. .. Ce n'est pas avec dm adresses, des pétitions, des fôtes et des chansons qu'on t6siste à des troupes aguerries, disciplinées, faites à la tactiqM et commandées par d'excellents ofQciers *.

lY. Aussi la guerre avait commencé par une honteuse déroule ; les soldats avaient lâché pied à la vue de adversaire et massacré leur général qu'ils accusaient de trahison.

Le 28 avril, une colonne, commandée par Théo&aM Dillon, marchait de Lille sur Tournay ; les hussards autrichiens parurent tout à coup; aussitôt la cavalerie ft'ançalse tourna bride en criant sauve qui peut et entraîna Tinfanterie. Dillon essaya de rallier les fuyards; ses propres soldats lui tirèrent deux coups de pistolet, l'arrachèrent de la grange où il s'était réfugié, le rame^ nèrent à Lille tout sanglant et regorgèrent dans la nÀl Le colonel du génie Berthois, l'ancien curé de la MadOr

* Arch. guerre; de Broglie à de Grave (11 mai), et à têjtti (23 juin) ; Lamorlière à Servan (7 et 10 juin) ; les généraux de l'annéB du Rhin à Lajard (19 juillet) ; cp. les deux lettres de Vieussenzi Brissot (10 et 15 mai) ; la lettre du 15 mai est reproduite en MB entier par Rousset, Les Volonlairet^ p. 54-55 ; on ne cite ici qae «& du 10 mai, qui est inédite.

L*ABMÉB FRANÇAISB 47

Leine et quatre prisonniers autrichiens furent pendus. Le même jour, Biron se porte de Quiérrain sur Mons et ebasse de Boussu quelques uhlans ; mais il voit les hauteurs de Jemmapes garnies de troupes. Il n'ose tenter Tattaque, et, sur le soir, après une canonnade inutile contre les avant-postes ennemis, il ordonne la retraite, n campe à Boussu. Mais ses soldats étaient épuisés par la marche, la chaleur et la faim ; ils avaient jeté leur pain sur la route. Soudain, à dix heures, le bruit se répand que la cavalerie autrichienne a pénétré dans le camp. Les dragons du 5« et du 6« enfourchent leurs chevaux et s'enfuient au grand trot sur le chemin de Valenciennes, en criant « nous sommes trahis I» Biron et Dampierre s'efiforcent de les arrêter : Dampierre ramàne la moitié du 6^ régiment, mais Biron et les officiers de son étatr-major parcourent plus d'une lieue sans pouvoir rallier les dragons du 6». Il faisait, dit Latour- Foissae, un beau clair de lune, mais sa lumière était horriblement obscurcie par les flots épais de poussière que la course précipitée des chevaux élevait loin audessus des têtes, on était emporté par le torrent, on ne se reconnaissait pas, on ne se voyait pas. Enfin, Biron parvient à se faire obéir; il reforme les dragons dans la plaine d'Orun et les reconduit au camp. Le lendemain, au point du jour, on se dirige dans le plus grand désordre sur Valenciennes et on laisse les uhlans s'emparer de Quiévrain. Vainement le maréchal de camp Fleury se met à la tête du 68® régiment et tente de reprendre le village ; blessé, jeté à bas de son cheval, il voit le régiment se débander en criant qu'il faut retourner à YaleneienneSk Vainement Biron mène le 49^ régiment à l'attaque de Quiévrain et refoule les uhlans ; deux autres régiments d'infanterie qu'il court chercher pour garder le village reconquis, refusent de suivre leur général. Biron abandonne Quiévrain et repasse la frontière un des derniers. Tout se confondait dans cette déroute, infanterie, cavalerie, artillerie ; les chemins étaient couverts de fusils, de sabres et de sacs ; plus de soixante soldats expirèrent de fatigue et de peur; quelques-uns, tourmentés par une soif ardente, se traînèrent jusqu^à des mares d'eau fétide et y moururent. On laissa sur la place

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les effets de campagne, les équipages, plusieurs pièces de canon ; on rentra et s'entassa pôle-môle dans Yaldnciennes ; on leva les ponts ; personne ne voulait regagner les cantonnements et quitter Tabri qu'offraient les murailles. Biron ne déblaya la ville que le lendemain '. La guerre ne pouvait commencer sous de plus tristes auspices, et cette double déroute trompa l'Europe sur la valeur de l'armée française. On crut partout qu'elle se débanderait dès la première bataille. Lies Autrichiens affichèrent sur les arbres de la Flandre les mots vaUien ou courir, a Français, s'écriait le poète allemand Bûrger, honte à vous qui cachez votre lâcheté sous des actes de tigres, qui égorgez votre général et vos prisonniers, qui fuyez comme des gredins 1 Je voulais être votre Tyrtée, mais je souhaite la victoire à quiconque vous portera des chaînes. Celui qui ne peut mourir pour la liberté, mérite que le prêtre et le noble le chaînent à coups de fouet de ses propres foyers 1 » On croyait en effet, dit Latour-Foissac, que pour vaincre ces himeux soldats de la Révolution, il n'y avait plus besoin que de fouets de poste *.

V. A l'indiscipline et aux défiances de l'armée se joignait la mésintelligence entre les généraux, les uns méditant une guerre d'invasion, les autres résolus à se tenir sur la défensive, les uns attachés à la GonstituUoa de 4794r les autres flatteurs du parti populaire, tous voulant n'en faire qu'à leur tète, aspirant à l'indépendance, regardant leur armée comme leur propriété, sans cesse préoccupés des événements de Paris.

Luckner avait, après la déroute du 28 avril, remplacé Hochambeau à la tète de l'armée du ^ord. DumourieSi sorti du ministère et nommé lieutenant-général, vint rejoindre le maréchal à Yalenciennes. L'état-major lui fit l'accueil le plus méprisant ; on ne lui envoya ni ordon* nance ni garde d'honneur ; on ne mit pas son arrivée à

^ Arch. guerre, Mém. de Latour-Foissac et lettres de Biioii. Remarquons, une fois pour toutes, qu'on nommait régiment le premitf bataillon ou bataillon de marche.

* Latour-Foissac ; Bûrger, Werke p. p. Bohtz, 1835, p. 102.

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Tordre du jour de l'armée, et pendant une semaine Tancien ministre des affaires étrangères se promena dans les rues de Yalenciennes comme un simple particulier. Luckner le traitait à la hussarde ; Dumouriez lui représenta qu'il valait mieux camper à Quiévrain; le maréchal s'emporta et déclara en jurant qu'il n'avait pas besoin de conseils et ferait mettre à la citadelle tout officier-général qui raisonnerait. Lorsqu'il fallut donner un commandement à Dumouriez, il lui confia le moins important, celui du camp de Maulde.

Ce fut alors qu'eut lieu ce mouvement singulier et dangereux que les contemporains nommèrent le chasséeroisé des deux années du Centre et du Nord. Lafayette^ alors à Metz, était trop loin pour marcher sur Paris lorsqu'éclaterait l'insurrection* jacobine que tout le monde prévoyait. Un jour, il quitte son camp et se rend à Yalenciennes ; il s'enferme avec Luckner et lui propose un échange : Lafayette défendra la frontière de Bunkerque à Montmédy, et Luckner, de Montmédy à Besançon ; le premier se transportera dans les Flandres avec ses troupes, et le second, sur la Moselle ; le ministre Lajard approuve tout. L'opération s'exécuta dans les dernières semaines de juillet. Mais elle alarma Topinion. En pleine guerre, à la vue des Autrichiens, on découvrait la frontière pendant quelques jours I On imposait aux soldats une marche inutile et fatigante de quatre-vingts lieues à l'intérieur du pays ! Si Lafayette et Luckner voulaient échanger leur commandement, pourquoi ne laissaient-ils pas leurs troupes dans leurs positions? Ne devait-il pas leur être indifférent de commander telle ou telle armée, pourvu qu'elle fût française*?

Dumouriez était compris dans ce mouvement. Il avait ordre de quitter le camp de Maulde et de rejoindre Luckner à Metz, le 20 juillet, avec Tarrière-garde composée de six bataillons et de cinq escadrons. Mais il ne voulait pas quitter la Flandre; il projetait Tinvasion de la Belgique et désirait, comme Lafayette, rester à portée de Paris. Il n'hésita pas à désobéir.

1 Dumouriez. Mém,, édit Barrière, 1878, I, 231 ; Monit., discours de Sers (20 juillet) et de Brissot (8 août) ; Monit, du 18 juillet, Lajard aux généraux.

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