‹ La première maitresseChapitre 4 sur 23 · CHAPITRE ÎV · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎV

Evelin, cette main sur sa manche, np disait mot, stupéfait. Il marchait, regardant droit devant lui; il avait l'apparence d'un être sans pensée. Pourtant vingt questions se mêlaient, se heurtaient dans sa tête. Qui était cette femme? Pourquoi lui avait-elle pris le bras, avec ce calme, avec cet air dhabitude? Avait-il affaire à quelque créature en quête d'un amant de hasard qui paira bien l'hospitalité d'une nuit? Il ne pouvait s'arrêter h cette idée; pour nouyelle (jue M fût la vie il lui était impo&-

sible de voir une fille dans cette personne si simplement, si discrètement distinguée; une femme « comme il faut », il le comprenait, en était certain. Alors que lui voulait-elle? Où allaient-ils, maintenant, en silence? Et dans quel sentiment avait-elle puisé l'audace tranquille de sa conduite? Est-ce que, très vertueuse jusqu'à ce soir, elle s'était éprise de lui, tout de suite, et l'emmenait, parce qu'il lui plaisait? A vrai dire, en sa vanité gamine, il inclinait vers cette hypothèse. Une conquête, mon Dieu oui; eh! qu'y avait-il d'étonnant à cela? Mais non, l'attitude qu'elle avait gardée pendant le dîner, les propos qu'elle avait tenus, rien — si ce n'est le regard que, deux ou trois fois, il avait cru surprendre, — ne légitimait un tel soupçon ; une femme amoureuse et désireuse d'être vite aimée aurait eu d'autres façons, ne se serait pas montrée à tel point indifférente et familière. En baissant les yeux vers elle, il la vit si paisible, dans le rythme égal des pas, si parfaitement convenable en tout point, — la fillette à présent marchait à côté d'elle, lui donnant la main, — qu'une autre pensée lui traversa l'esprit. Cette dame était une amie de M™* Gerbier, qui l'avait vu tout petit! Ce soir elle l'avait reconnu, lui ne la reconnaissant pas, s'était fait un jeu de le faire

parler, de lui prendre le Dras ; et, tout a l'heure, elle se nommerait, lui rappellerait les circonstances où ils s'étaient rencontrés autrefois, et elle dirait, en se moquant un peu : « Avouez, mon enfant, que vous ne vous attendiez pas à retrouver une vieille amie ! » Presque sûr de ce dénoùment et de la raillerie qu'il subirait, il se mordait les lèvres, avec une envie de planter là cette femme qui l'ennuyait à la fin. Il aurait voulu être bien loin, dans un théâtre, ou dans quelque café-concert, ou dans un bal ; il n'était pas sorti seul, — sa première sortie après la maladie si longue — pour promener une amie de sa mère I Des besoins de voir des cheveux roux, des épaules nues, des bras sans manches, des éclairs de jambes sous des jupes envolées exaspéraient son impatience. « Que le diable l'emporte ! » Mais il n'osait pas quitter discourtoisement la dame si polie, si aimable, qui lui donnait le bras avec une simplicité digne; il avait comme une peur d'être grondé.

Autour d'eux, se mouvait ce va-et-vient de groupes çà et là et de passants solitaires, qui hante dès le soir les promenades parisiennes; dans la tiédeur de l'air, sous l'immobilité lasse des feuilles, entre les massifs silencieux etconmie attentifs, des hommes rôdaient lentement, des

femmes se hâtaient; puis celles-ci et ceux-là, au moment d'arriver dans quelque lieu trop clair, illuminé d'un voisinage de café flambant, s'en retournaient vers l'ombre, comme par un instinct d'être non pas seuls, mais à l'écart; il y avait des échanges rapides de paroles à voix basse et des arrêts, deux par deux, avec des froissements, qui voulaient sentir la peau sous réioffe, de vestons contre des corsages, de pantalons contre des jupes; demandes et acceptations d'accouplement, sincères, qui se réaliseront tout à l'heure dans l'un des fiacres de l'avenue, ou bien pas sérieuses , pour rire : l'homme, après s'être frotté contre la soie doublée de peau, après avoir humé des nuques musquées et cette odeur qui sort du haut des manches, — c'était toujours ça de pris, — s'en allait en haussant l'épaule, suivi par une injure de la drôlesse se remettant en quête. Et ces allées et venues de filles maquillées et trop parfumées, ces glissements de jupes sur les cailloux, avec de brusques tours de hanches, qui faisaient virer toute la traîne et offraient soudain sous la dure lumière d'un réverbère le monceau soyeux d'un corsage et l'impudence d'une bouche trop rouge dans le fard blafard, ces tâtements de chair, ces presque enlacements, parodie obscène du plaisir offert et marchandé,

et parfois un tiruît de lèvres sous des lèvres, et des échappées de mots sales, déshonoraient la mélancolie du soir, des arbres, du silence, sous le grand ciel qui bleuissait si purement, avec des éclosions pâles d'étoiles. On était dans un jardin qui était un mauvais lieu. La salissure de l'ordure humaine se répandait sur la candeur des choses, leur imposait une complicité de vices. A voir, si près de ces femmes, les géraniums, les jacinthes des parterres, l'idée venait que ces fleurs aussi se prostituaient; un jet d'eau, retombant dans la vasque, souillait l'oreille de la ressemblance de son bruit avec le son clapotant d'une autre eau remuée. Et, dans la moiteur de la soirée, les couples rapprochés, chuchotants , se faisaient plus nombreux ; un rut, mais un rut lent, fatigué, sans la simplicité de l'instinct, le rut des corps lassés par le métier l'amour ou le déjà connu de tous les libertilages, poussait ces hommes et ces femmes vers ^ennui du plaisir prochain, qui bâillera; là-bas, les musiques des cafés-concerts, avec le retour cinglant de leurs rythmes brefs, et l'enragement des cuivres, avaient l'air de fouetter cette débauche blasée.

Evelin haletait.

La jeune fougue de sa virilité n'était point dé-

couragée par les laideurs des joies offertes ; le sentiment du dégoût, le désir du choix, c'est le commencement de la lassitude; la délicatesse naît de l'expérience. Il était, lui, la fringale nouvelle, jamais rassasiée encore, affamée de tout! Ces femmes peinturées comme des enseignes , impudentes , bombant les mollesses sanglées de leurs gorges, sentant le patchouli au rabais, pas jolies, hideuses, et qui lâchaient des mots abjects, n'importe, c'étaient des femm.es, c'était la femme. C'était de quoi s'emplir les yeux, les mains, la bouche, de cette chair vivante, de cette chair que si longtemps, dans les nuits de son adolescence, là-bas, au fond de sa province, il avait convoitée, qu^il guettait, les matins, le long de la rivière, près du bateau des blanchisseuses, sous la jupe renflée des grosses filles qui se penchent ; qu'il avait mordue, un jour, exaspéré, dans le cou d'une chambrière surprise en camisole dans le couloir du second étage : il s'était enfui, après ce seul baiser, hagard, plein d'épouvante, et si éperdu de la peau un instant touchée, qu'il demeura deux jours sans parler, l'air d'un fou, se demandant comment il se pouvait faire qu'on n'expirât point d'effroi et de délice sous l'étreinte totale d'un corps de femme, nu! Puis, deux semaines après son arrivée à Paris,

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la maladie l'avait pris* et, plus d'une fois, M"* Gerbier s'était effrayée, les nuits de fièvre où il ne dormait point, des paroles qu'il disait à des inconnues, des bras qu'il tendait pour lei saisir. Mais aujourd'hui, tout à coup, dans le •oir tiède, dans l'enveloppement complice d§ la caresse nocturne, tant de femmes élaient là, «'offrant, pareilles à des boutiques ouvertes où l'on vend tout ce qui enivre. Et il réfrénait avec peine son furieux besoin de courir à elles, et de les prendre, et d'enfoncer sa tête dans leurs seins, entre le déchirement du corsage arraché! Mais cette concupiscence, parce qu'il était jeune et vierge, n'avait rien de vil; il gardait, en sa convoitise des basses joies, l'excuse de les ignorer; il voulait le péché, innocemment, puisqu'il n'en savait pas l'ignominie. Le mal n'est pas le mal, tant qu'il reste l'idéal; l'ingénuité des désirs n'est pas souillée même par la vilenie de leur objet. D'ailleurs, à sa brutale passion, se mêlaient des espérances de tendresse exquise, de mystérieux et délicieux hymens où les âmes se baisent avec des lèvres d'anges. Oui, la pureté qui était en lui, il la mettait, malgré lui, dans les impuretés conroitées; ces filles qui passaient, ces créatures que ,!on paye, que l'on jette sur le premier lit trouvé, c'étaient aussi des fiancées que l'on obtient an

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prix des plus glorieux sacrifices, et de qui on frôle en tremblant la petite . main frêle. Et , cette illusion, peut-être il l'eût conservée dans l'accomplissement de son mauvais désir. Telle est, même dans la plus immonde volupté, la candeur de certains adolescents qu'ils croient, malgré tout, à l'innocence de leur joie; la virginité de l'homme peut faire, d'une nuit de débauche, une nuit nuptiale. Sacrée, divine, elle consacre et divinise ce qui la pollue. Pour la faim d'un dieu, le panier à ordures serait plein d'ambroisie. Ou bien, au contraire, Evelin se serait senti horriblement avili après la réalisation du baiser; qui sait en quel trouble, en quel mépris, en quel écœurement de l'homme et de la femme l'eût plongé la révélation soudaine de la réalité sexuelle, cette réalité soupçonnée, devinée, mais encore embellie par l'enchantement du rêve?

La fièvre lui battait aux tempes; il pouvait à peine marcher, s'appuyant à sa compagne silencieuse; l'excès de son désir surmenait ses jeunes forces, exténuées par la maladie, à peine convalescentes.

Ils continuèrent à cheminer côte à côte, sans se parler, sans se regarder. Peut-être ne savait-il plus qu'elle était là. Elle considérait le sable de l'allée, devant elle. Quelquefois elle adressait

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; an mot à sa fille : « Ne vous écartez pas ; » ou bien : « Etes- vous fatiguée? » ou bien : « Vous me gênez avec votre cerceau. » Elle était une femme qui ne pense à rien, qui iait un tour de promenade après le repas du soir.

Mais, à un moment, une grande douceur, comme d'une défaillance dans l'extase, le pénétra tout entier. Ce fut quelque chose de comparable à ce qu'éprouvent les morphinomanes quand le délicieux poison insinué sous la peau y met partout un pigment de rêve, de délice et de paix. Et cette joie tranquille, en un bercement de l'âme, du corps , de tout l'être , cette langueur , l'endormant presque , l'annihilant exquisement, suspendant sa vie à un instant de paradis, lui venait d'un seul point de son corps, d'un seul point de son bras gauche près du poignet. C'est que, la manche de l'habit relevée par le mouvement de la marche, il avait senti, là, sur sa chair, la chair de sa compagne, par l'étroite ouverture du gant; et de ce contact, fraîcheur et chaleur à la fois, prolongé avec une insistance de baiser, s'épandait, comme le baume d'une douce écorce blessée, un infini de mélancolique ravissement. Il lui semblait que, par ce lieu de sa peau, venaient en lui, d'elle, des caresses, des pitiéis, de» attendrissements,

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des promesses de bonheur qui ne tarirait point; il lui semblait qu'elle fluait en lui, elle, par cette place touchée et comme ouverte, avec un liquide cortège d'enchantements, et qu'il l'avait toute, mêlée à son sang, comme une neige tiède et sucrée, fondue en lait...

Puis ce fut, au même point, une sensation cruelle de brûlure en un arrachement; et il sentit sous son épiderme, depuis la racine des cheveux et depuis la chair sous les ongles, une fuite, un retrait de toutes les délices; la dame avait écai-té la main : leurs peaux ne se touchaient plus.

Mais, c'en était fait, il avait compris, il savait qu'il aimait celle femme! Vers elle seule se ruaient toutes les ardeurs de sa neuve adolescence. Non, ce qui lavait troublé tout à l'heure, ce n'étaient point ces filles maquillées, insolentes, horribles, qui passent avec des bruits de jupes dix fois par jour levées; il avait cru être attiré vers elles, par elles ! allons donc, il voyait bien à présent que le désir dont il brûlait encore avait été allumé par la proximité de cette femme à son bras. Et, beaucoup plus grand qu'elle, il la considérait en se penchant un peu, silencieuse, recueillie en quelque pensée, la tête inclinée vers l'épaule, les yeux presque clos, Tair de se laisser

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guider. Il se disait qu'il avait été bien fou de ne pas la trouver, d'abord, parfaitement jolie. Il l'avait donc bien mal regardée, tout à l'heure, au restaurant? Adorablement belle, voilà ce qu'elle était. Aucun charme n'égalait le charme, si délicat et si grave, de ces traits fins, réguliers, de cette bouche un peu triste, de cette pâleur plus tendre dans l'ombre adoucissante. Puis il observait ardemment la noble largeur des épaules, la rondeur ferme, presque sans battement, du corsage, l'évasement des hanches; il devinait des blancheurs grasses, complaisantes à la passion des étreintes, propices aux délicieux ensommeillements; de dessous les étotfes il lui venait aux yeux d'aveuglantes splendeurs de neige ensoleillée. Mais, en même temps qu'ils s'exaspéraient, ses désirs s'épuraient, tant cette dame paraissait chaste, honnête. Il lui semblait que ce corps ne devait pas seulement être fait, comme celui des autres femmes, de chair réelle et vivante, mais de sérénité, de pudeur, de tendresse pensive ; il était convaincu de la spiritualité de ce corps; il avait, avec de sensuelles ferveurs, de la religion pour la pureté de cette beauté. S'il obtenait jamxais la joie infinie d'être choisi par cette femme, il aurait mieux en elle qu'une belle maîtresse ; elle lui serait aussi une amie véné*

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rable en sa jeune grâce, une conseillère attendrie de toutes les nobles pensées, de tous les grands desseins, une avertisseuse des choses médiocres qu'il ne faut pas faire, des bons chemins où il faut entrer. 11 oubliait les paroles banales qu'elle avait prononcées naguère, les idées étroites dont elle l'avait choqué. Son amour la transfigurait, la sublimisait l De ne pas être ressemblante à une fille, elle devenait pareille à une héroïne déesse. Et il s'enorgueillissait. Tandis que tant d'autres jeunes hommes s'abandonneraient en de vulgaires amours, lui, l'amant d'une vraie femme du monde, il aurait longtemps, toujours, une magnanime et hautaine compagne qui le suivrait dans la réalisation des rêves; il la voyait paisible et charmante, penchée vers lui, dans la chambre de travail, et récompensant d'un sourire ou d'un baiser la noble phrase ou l'admirable vers qu'il vient d'écrire ; il la voyait , au balcon, à côté de lui, parmi les enthousiastes acclamations des foules ; il partageait avec elle les gloires conquises pour lui plaire ; et, beaux, héroïques, illustres, ils resteraient dans la mémoire des hommes comme un de ces couples merveilleux, Dante et Béatrix, Pétrarque et Laure, hymen prodigieux, dans un immortel amour, du génie et de la beauté I Oh I

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il ne s'étonnait plus de la liberté avec laquelle elle lui avait parlé, lui avait pris le bras; elle avait compris tout de suite que leur rencontre s'était produite par l'ordre d'une providence, que , s'étant trouvés , ils n'avaient pas le droit de se quitter : ils avaient à remplir, à deux, une seule destinée de gloire et de bienfaisance universelle; ils étaient obligés à leur bonheur, puisque ce bonheur serait l'honneur de tout un siècle. Aussi, malgré sa réserve naturelle, malgré son sentiment si parfait des convenances, elle s'était résignée aux plus étranges audaces. Et, sans avoir proféré une parole décisive, sans s'être interrogés, mais s'étant devinés, s'étant pénétrés, ils marchaient ensemble, — pareils en apparence à des promeneurs qui profitent de la belle soirée — vers leur lumineux avenir, vers le trône et le dais de leur commun triomphe !

Mais, tout à coup, il eut froid dans son cœur qui cessa de battre comme si le sang s'y était gelé.

Dans la rue François P', — car, depuis un instant, ils avaient quitté les Champs-Elysées, — elle avait fait halte devant la porte cochère, fermée, d'une grande maison neuve.

Elle était arrivée.

EUe allait sans doute le remeT-cier de l'avoir

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accompagnée, entrer dans la maison avec sa fille, disparaître ; il ne la revenait plus, ne saurait même pas le nom qu'elle portait. Il éprouva en cette minute le déchirement d'une épouvantable ablation, comme si on lui eût retiré le cœur de la poitrine et la pensée du crâne, comme si on l'eût dénudé de toute sa peau en quelque barbare supplice. Oh! comme il serait seul, abandonné, dépourvu, (juand elle serait partie. Quoi? déjà, après les songes, plus rien? Et il tremblait, n'osait pas la regarder.

Cependant elle avait tiré à deux reprises le bouton de cuivre. Elle attendait, très calme, avec son air de réserve, natui-elle. L'un des battants, où elle appuyait la main, s'ouvrit.

— Vraiment, monsieur, dit-elle, je suis confuse de la peine que je vous ai donnée ; mais lei Champs-Elysées sont si mal fréquentés, le soir, que nous n'aurions pas pu rentrer seules, Renée «t moi.

Elle avait fait un pas aans rallie de la porte, poussant devant elle sa fillette. Elle allait saluer, légèrement, de la tête, en un geste tranquille. Tout serait achevé.

Non, elle s'était arrêtée, ne saluait pas, laissant le battant ouvert; et elle regardait Evelin ce ce regard, qu'il avait surpris déjà, violent et

tenace comme une prise de possession! Elle avait l'air d'attendi'e et de vouloir qu'il la suivît...

Une folie le précipita, ils se trouvèrent au delà de la porte refermée, Ils montèrent l'escalier, bien éclairé, lui derrière elle, la petite en avant; un escalier de pierre, large, divisé d'un tapis rouge, un de ces escaliers élégants, qui sont la fierté des habitations modernes. La rampe, très luisante, était d'acajou neuf. Il suivait passionnément cette femme. Et il était fou de joie, la poitrine gonflée de tumultes glorieux. Oui, par cet escalier, il s'élevait vers la magnificence des rêves ! Il aurait voulu s'agenouiller sur ces marches, comme sur celles d'un autel, baiser de ses lèvres religieuses le bas de la robe qui frôlait le tapis. Il n'osa point, à cause de la petite fille, qui, les précédant, tournait la tête quelquefois, son bras dans son cerceau, et à cause aussi de l'escalier, riche et simple, de bon goût, qui, avec son air de luxe bourgeois, le ramenait à la réalité, le rappelait au sentiment des bienséances.

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