‹ La première rédaction des Confessions (livres I-IV);Chapitre 48 sur 125 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

nous entraînent sans résistance, nous cédons à des tentations légères dont nous méprisons le danger. Insensiblement nous tombons dans des situations périlleuses, dont nous pouvions aisément nous garantir, mais dont nous ne pouvons plus nous tirer sans des efforts héroïques que nous ne voulons pas faire, et nous restons dans le gouffre du crime où nous nous sommes précipités, en disant, à Dieu : Pourquoi m'as-tu fait si foible? Mais, malgré nous, il répond à nos consciences: Je t'ai fait trop foible pour sortir du gouffre, parce que je t'ai fait assez fort pour n'y pas tomber.

Je ne pris pas la résolution de me faire Catholique, mais, voyant le terme encore éloigné, je pris du temps pour m'apprivoiser à cette idée, et en attendant je me figurois quelque événement imprévu qui me tireroit d'embarras. Je résolus, pour le laisser venir, de faire la plus belle défense qu'il me seroit possible. Bientôt ma vanité me dispensa de songer à ma résolution, et dès que j'aperçus que j'embarrassois quelquefois ceux qui vouloient m'instruire, il ne m'en fallut pas davantage pour chercher à les embarrasser tout-à-fait. Je mis même à cette entreprise un zèle très-ridicule, car, tandis qu'ils travailloient sur moi, je voulus travailler sur eux. Je croyois bonnement qu'il ne falloit que les convaincre pour les engager à se faire Protestans.

Ils ne trouvèrent donc pas en moi tout-à-fait autant de facilité qu'ils en attendoient, ni du côté des lumières ni du côté de la volonté. Les Protestans sont généralement mieux instruits que les Catholiques. Cela doit être. La doctrine des uns exige *la discussion, celle des autres ^la soumission : le Catholique doit admettre les

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